Qu’il est bon parfois de se poser un peu dans ce monde vidéoludique plein de bruit et de fureur. De faire un pas de coté et de tout simplement se laisser aller à une bucolique balade, sans ‘ennemis’ sans ‘scoring’, sans ‘prise de tête’. C’est ce que propose Abzû, du studio Giant Squid: un jeu calme et serein dans un environnement tout sauf hostile. Une vraie bouffée d’air frais.

ÉCHO

C’est sans aucune introduction que nous voilà aux commandes d’un petit nageur à l’aspect chétif en plein milieu d’un océan. Un léger tutoriel pour nous apprendre les bases et nous voilà parti pour de la pure exploration sous-marine. Dès les premiers instants, nous sommes saisi par l’atmosphère cotonneuse du jeu: visuels colorés et chatoyant, aisance des mouvements (après réglages des habituelles inversions ou non des différents axes) et musique zen.

La musique d'Austin Wintory n'est pas sans me rappeler celle de Tomb Raider 1, autre jeu d'exploration pur et dur.

Notre parcours nous amène vite à comprendre le fonctionnement global de l’aventure: de grandes zones à visiter de fond en comble pour résoudre des petites épreuves pas compliqué du tout reliées entre elles par des couloirs qui font office de transition. Au fur et à mesure de notre avancée nous découvrirons des vestiges et autres fresques qui nous en apprendront plus sur l’histoire des lieux. Avec son lot de surprise qui ne manqueront pas de nous interloquer.


Le récit passera entièrement par une narration muette mais pourtant compréhensible. Jolie réussite!

Inévitablement Abzû nous rappelle un autre périple aqueux, qui lui nous plaçait dans la peau d’un mammifère marin un peu plus malin que la moyenne: Ecco. Cependant l’aventure du petit plongeur se révèle bien plus agréable en terme de jouabilité et de plaisir de jeu, car bien moins compliqué à parcourir. Par contre la durée de vie de trois heures est loin d’atteindre celle du chemin de croix de ‘Defender of the Future’. Mais en soi ce n’est pas vraiment un mal: Abzû est un jeu que l’on prendra plaisir à parcourir d’une traite de temps en temps entre deux parties d’un jeu plus ‘hardcore’, histoire de se reposer les neurones…


Une scène entre une Maman baleine et son baleineau qui en évoque une autre...

LE GRAND BLEU ET LES PETITS POISSONS

Malgré l’évidente petite production qui se cache derrière ce titre, il y a une grande ambition sur tout ce qu’il propose en son sein. Et ce qui frappe tout d’abord c’est l’incroyable diversité d’animaux marins qu’il nous permet de côtoyer. Un bestiaire impressionnant qui peuple les fonds océaniques et qui émerveille par sa qualité d’animation. Qu’il s’agisse des animaux solitaires, des bancs de poissons virevoltants ou des créatures marines gigantesques, toutes laissent pantois d’admiration.
D’ailleurs l’équipe de développement ne s’y est pas trompé et place dans des emplacements idoines des ‘stèles d’observations’ qui permettent rien de moins que de contempler les différentes espèces qui nous entourent.


Vous serez loin d'être seul au cours de vos pérégrinations...

Outre ces espaces de méditation (tel que nommés dans le jeu) il y a tout un tas de menus détails qui confèrent à l’aventure une résonance particulière. Citons par exemple le fait de pouvoir communiquer avec les petits robots qui nous accompagneront par un système de fréquence sonar, ce qui en soi ne sert à rien mais permet d’insuffler un peu de ‘vie’ aux petites machines rigolotes (et permet en vérité d’installer subtilement une future révélation) ou bien encore le fait de pouvoir s’agripper aux créatures sous-marines pour une petite virée à deux (si elles sont suffisamment imposantes bien sur…inutile de s’accrocher à une sardine). Sachez aussi qu’un animal ‘Totem’ sera à vos cotés tout du long, nous n’en dirons pas plus pour ne pas gâcher la surprise mais la relation entre les deux êtres (le plongeur et l’animal ‘guide’) dans le dernier tronçon est une belle ode à une certaine forme de ‘Nature Sauvage’.


Quel secret se terre aux fonds des Eaux?

Il y a aussi plusieurs petits collectibles à débusquer, comme les ‘récifs-prisons’ qui relâcheront de nouvelles espèces dans les biomes ou bien les coquilles - au nombre de 19 - qui elles aussi permettront de débloquer une autre créature mythique des profondeurs.
En parlant de çà, sachez qu‘Abzû’ est le second jeu que j’ai ‘platiné’, selon l’étrange expression consacré (après le premier Life is Strange). Étant peu enclin à ce genre de challenge que je juge superfétatoire, inutile de préciser que l’obtention de cette récompense de platine n’a rien de bien compliqué et que cela se fait assez naturellement sans qu’on est besoin de ‘forcer’.


Cette pièce à l'aspect fantômatique est le noyau central dans lequel vous reviendrez souvent. On distingue ici et là quelques Nautiles qui sont à collecter dans les 6 niveaux qui composent le jeu.

EAUX PROFONDES

Me voilà bien embêté quand vient le moment d’évoquer les petites contrariétés qu’auraient pu apporter cette promenade océanique car en soi il n’y a aucun défaut majeur à relever. Certes les graphismes ne sont pas à la pointe mais ils se révèlent précis et efficaces, et  surtout n’enlèvent en rien à la beauté et à la poésie de l’ensemble.


Un véritable catalogue zoologique marin est à découvrir tout au long du parcours

La durée de vie est courte (une fois qu’on connaît le jeu, on peut le faire en une petite heure en ligne droite) et le prix se doit d’être à la hauteur de ce temps de jeu. Mais personnellement y ayant joué sur le PS Now cela ne m’a pas choqué (j’ignore quel est son prix usuel). La maniabilité peut parfois être un chouia capricieuse, mais c’est très léger. Il ne faut pas se perdre dans la direction à 360° de notre nageur de l’extrême.


Parfois il vaut mieux prendre la voie rapide pour se rendre en un lieu précis. J'en profite pour signaler que notre anonyme héros possède trois 'cran' pour sa vitesse de nage, mais que le rythme à adopter pour la super-vitesse n'est pas évident à choper...

On pourra pointer du doigt, histoire d’être pointilleux, deux ou trois passages un peu plus tortueux où il faut chercher son chemin…mais sincèrement c’est du pinaillage car en deux-deux on comprends de quel coté se déroule la suite des événements.

D’une envoutante beauté, d’une facilité bienvenue et surtout d’un calme reposant, Abzû se découvre l’esprit apaisé, idéal après une journée de tension. Aucun challenge à relever ou de score à battre, juste de l’exploration dans des environnements enchanteurs qui fascinent comme seuls les fonds marins savent le faire. Une parenthèse de zen et de cool qui fait du bien dans un média qui à trop souvent tendance à mettre en avant la violence et la compétition…