Retour aujourd'hui sur une bien étrange épopée cinématographique mexicano-hollywoodienne qui marqua les débuts en fanfare de Robert Rodriguez dans la sphère de la Machine à Rêves californienne. Du petit film fauché au gros AAA qui tâche, le parcours de l'homme à l'étui à guitare ressemble à une véritable success-story...mais est-ce bien le cas?

EL MARIACHI (1992)

Au fin fond du Mexique un Mariachi itinérant arrive dans une petite ville écrasée par le soleil. Il entreprend une tournée des différents bars de la ville pour dénicher un tavernier qui acceptera de le laisser jouer dans un coin de sa salle.
Parallèlement, un baron de la drogue s'échappe de prison et se rends aussi dans cette même bourgade pour exécuter les traitres qui l'on amené derrière les barreaux. Alertées, les cibles de cet ancien parrain tombé en disgrâce lancent alors tout leurs tueurs à ses trousses.
Très vite une confusion d'identification s'installe entre le chanteur à la petite semaine et le dealer assoiffé de revanche, tous deux vêtus de noir et se trimballant avec un étui à guitare...

Le réalisateur et son acteur-producteur principal sur une route mexicaine au début des années 90

Réalisé littéralement avec 3 Francs 6 Sous (ou 3 Pesos et 6 Centavos pour faire dans le local), ce métrage à tout de l'expérimental fauché tenu à bout de bras par une bande de passionnés qui veulent aller au bout de leur projet un peu fou: Faire un Film. Et cela confère à l'ensemble une ambiance à nulle autre pareille à la limite d'un "cinéma-vérité" au plus près du trottoir j'ai envie de dire. Et surtout une sincérité et une forme de naïveté qu'il fait plaisir de voir.

Un homme assoiffé de vengeance et son étui à guitare très particulier

Alors oui, ce n'est pas un blockbuster de-la-mort qui envoie du pâté à chaque séquence d'action pétaradante. Oui il mise plutôt sur une mise en scène 'intimiste' (le mot et fort), une narration via une voix off et sur la mise en place de ses ambiances, parfois lourdes parfois plus légères. Oui certains plans tremblent un peu (involontairement j'entend) et la photographie est parfois un peu hasardeuse, sans parler de certains effets spéciaux. Mais on lui pardonne tout cela face au talent de tous qui vivent leur entreprise de cinéma à fond, à commencer par les comédiens.

Domino est une patronne qui sait mener les discussions

Au niveau du jeu d'acteur il faut distinguer deux catégories: les amateurs et les moins-amateurs. Une bonne partie du casting (en gros les rôles tertiaires) est tenu par des 'gens du cru' n'ayant aucune expérience de la caméra (et qui n'en eurent pas par la suite je pense), un trombinoscope de visages burinés, de moustaches viriles et de regards un peu perdu qu'il n'est pas courant de voir sur un écran. À cela s'ajoute donc des comédiens plus 'expérimentés' qui eux tiennent les seconds rôles, tel le chef des tueurs (et ses soleils de lunettes emblématiques) ou bien encore le rôle féminin. Mais bien entendu celui dont il faut parler c'est Carlos Gallardo, la tête d'affiche improvisée (ou presque). Originellement l'homme est plutôt affilié au travail de production et il endossa le rôle principal sous l'impulsion de son ami Robert Rodriguez. Et le bougre sans tire vachement bien avec sa bonne bouille du pauvre type embarqué dans une suite de carnage sanglant dont il ignore tout les tenants et aboutissants.

Peter Marquardt est le gros méchant de ce premier film. Il est malheureusement décédé en 2014 à l''âge de 50 ans. Et il à notamment participé à la production de quelques jeux vidéos, dont Deus Ex

L'évolution de ce héros sans nom au sein du film est fulgurante. D'un artiste de rue fauché possédant cependant un vrai talent de musicien/chanteur, il termine cette aventure en tant que légende mexicaine en devenir. Je ne conserverai pas plus longtemps le suspens, ce premier opus est pour moi le plus réussi de la trilogie. Malgré ses errances, malgré son manque de moyens, malgré son amateurisme tout relatif. Cela est dû en grande partie au charisme de Carlos Gallardo, parfait dans le costume de cet homme dépassé par les événements qui finit par embrasser sa destinée inattendue.

Carlos Gallardo entre ses deux vies

DESPERADO (1995)

Désormais légende urbaine, l'homme à l'étui de guitare écume toujours les bars pour éradiquer les menaces que représentent les dealers de drogues et autres trafiquants en tout genre. Son dernier acte sanglant le rapprochera à la fois d'une belle libraire et du baron du coin, un certain Bucho. Mais le Mariachi apprendra à ses dépends que le passé jamais vraiment ne s’efface...

Nouvelle tête pour El Mariachi mais même méthode

Du petit film amateur on entre dans la production hollywoodienne plus classique avec ce deuxième volet. Une série B honnête et efficace qui pullulaient alors chez les loueurs dans les années 90 (la belle époque...). Mais ce n'est bien entendu pas le plus marquant pour le spectateur qui enchaînent les deux films - bien qu'en vérité le budget x10 soit en vérité crucial dans la production - car le rôle principal est désormais tenu par rien de moins qu'Antonio Banderas. À l'époque la star est encore en devenir même si son visage commence à devenir célèbre (il à déjà tourné pour Almodovar et fut remarqué pour son incroyable prestation dans 'Entretien avec un Vampire'). Son arrivée permet cependant de franchir un pallier qui va servir la popularité du Mariachi à travers le monde.

Joaquim de Almeida dans le rôle du vilain à abattre, avec deux de ses sbires.

Notez cependant que Carlos Gallardo - qui tient toujours son poste de producteur - tient bel et bien un rôle dans le film. Celui d'un autre Mariachi-tueur du nom de Campa. Ce coté chaise-musicale des rôles desservira le premier film, que beaucoup prendront comme étant 'non-canonique', et une étrange rumeur ira même jusqu'à dire que Desperado est un remake de El Mariachi, ce qu'il n'est pas du tout. Il s'agit d'une suite pure et dure, dans la même veine évidemment, ou tout simplement le protagoniste est joué par quelqu'un d'autre.

El Mariachi à fondé une sorte de gang de musiciens-tueurs. Ici en compagnie de Quino (Albert Michel Jr.) et Campa (Carlos Gallardo, dans un autre rôle de Mariachi!)

Une fois mis au clair cette histoire de casting fluctuant, on ne peut que constater que le budget bien plus confortable de cette production permet une meilleure technique à tout les niveaux. Réalisation, lumière, cadrage, mise en scène etc... Et bien entendu aussi en ce qui concerne les affrontements les armes à la main. C'est bien simple, ça pétarade dans tous les sens, souvent jusqu'à l'absurde. Robert Rodriguez ne cache pas son attrait pour le Bis Douteux et cela se ressent dans sa manière de filmer ses scènes de bravoure. C'est hyper-chiadé pour paraître ultra-cool et nerveux, plein de Pep's et de plans qui se la racontent Over The Top. Mais au niveau de la cohérence on repassera! On frise bien souvent le Too Much, le surfait à la limite du ridicule, mais sans non plus jamais totalement tomber dedans. *Hum* ... quoique le coup de l'étui à guitare lance-roquette, je peux concevoir qu'on le place dans la colonne 'grotesque'...

Le charme du Mexique...

Il y a un énorme écart entre le premier film et le deuxième en terme de ton. Là ou El Mariachi osait - car pas vraiment le choix - d'être très cartésien et au plus près du sordide de la situation, Desperado met en place une ambiance bien plus enlevée et burlesque, à la limite de la fanfaronnade parfois. Il n'en reste pas moins un pur divertissement avec son lot d'action et de révélations qui relancent sans cesse le rythme de cet épisode plus calqué sur la méthode hollywoodienne, malgré ses séquences parfois en décalage, plus proche d'un Tarantino que d'un Spielberg (le réalisateur de Pulp Fiction fera d'ailleurs un caméo en début de bobine)

Steve Buscemi est aussi de la partie et sert de narrateur et de colporteur de la légende de son patron

IL ÉTAIT UNE FOIS AU MEXIQUE...DESPERADO 2 (2003)

Cette fois El Mariachi est aux prises avec les enjeux politiques de son pays. Il doit jongler entre la CIA, un baron de la drogue qui tente de se refaire une santé sous anonymat, un général qui tente un coup d'État et le président mexicain en personne. Au milieu de tout cela il devra surtout apprendre à guérir de ses douloureuses blessures, lui qui a absolument tout perdu. Mais ne dit-on pas que personne n'est plus dangereux que celui qui n'a plus rien à perdre ?

El Presidente y el Mariachi

Là on passe au niveau supérieur, à la fois dans le pire et le meilleur (du pire). D'un film fauché on en arrive maintenant à un film trop ambitieux, qui part trop loin, à bien trop de personnages, bien trop d'intrigues, bien trop boursouflé de toutes parts. On pourra arguer qu'il est généreux et jusqu'au-boutiste, sans concessions dans son concept de 'Neo-Western barré ' certes, mais on n'y ressent surtout qu'un sentiment d'overdose dans tous les domaines.

Nouveaux membres du gang susmentionné avec cette fois Fideo (Marco Leonardi) et Lorenzo (Enrique Iglesias, fils de Julio)

Là où le précédant marchait sur la ligne de crête qui l'empêchait de sombrer dans le ridicule, ce troisième métrage y plonge à corps perdu. Les chorégraphies se veulent tellement 'Méga Cool' qu'elles en deviennent bien souvent proprement inconcevables, certaines idées développés sont tout simplement risibles au plus haut degré (un gunfight opposant des dizaines de guérilleros à un aveugle tout récent) et on y sauve rien de moins que le Pays lui-même, en dézinguant une milice dans le palais présidentiel. Sans parler du coté 'téléphoné' qui se moque trop de lui-même...Le réalisateur se lâche dans le n'importe quoi décomplexé qui transforme ce film en une sorte de série Z de luxe. C'est particulier à regarder.

Johnny Depp dans un rôle un peu trop caricatural...mais avec une certaine dégaine

Pourtant le fond du propos à tout d'une tragédie et le même scénario traité au premier degré, avec une dramaturgie puissante et une mise en image plus impérieuse aurait donné un véritable chef d’œuvre de noirceur et d'héroïsme. Là on se retrouve quasiment devant un cartoon du dimanche matin tant le tout est sujet à désinvolture. C'est vraiment triste. Je ne doute pas qu'il y ait un public pour ce genre de spectacle mais cela aurait pu être mais tellement mieux...néanmoins la réalisation offre à de multiples occasions des plans absolument somptueux qui use avec ferveur de l'architecture mexicaine (ses couleurs, ses bâtiments...).

Il y a quelques plans qui sont vraiment très beaux

Pourtant il y a du lourd au casting, jugez plutôt: Antonio Banderas, Salma Hayek, Johnny Depp, Mickey Rourke, Eva Mendes, Willem Dafoe... On retrouve même Danny Trejo en antagoniste (qui tient un autre rôle que celui qu'il jouait dans le 2...oui faut suivre) et Enrique Iglesias en rôle de soutien de notre héros. Mais encore une fois il y a tellement à raconter que certains rôles se révèlent anecdotiques, pour ne pas dire inutile (Mickey Rourke ne sert à rien, il est là uniquement pour faire plaisir à Rodriguez).

Mickey Rourke, son chien (en vrai) et Willem Dafoe cabotinent à cœur joie

En résulte une bouillabaisse indigeste, qui oscille entre autodérision assumé et ridicule involontaire, entre plans magnifiques et d'autres superfétatoires. On en ressort presque groggy, entre fascination et déception, ne sachant pas trop quoi en penser. Un seul mot me vient à l'esprit pour résumer ce troisième et dernier volet de la trilogie: tout simplement 'Trop'.

Une dernière chansonnette et je m'en vais!

Voilà pour El Mariachi, qui aura connu le plus bas et le plus haut en terme de moyens de production au cours de sa carrière cinéma. Paradoxalement, c'est quand il était le plus sans le sou qu'il aura su donner le meilleur de lui-même, le plus sincère et authentique, avant de sombrer dans la complaisance de l'argent et de la surenchère jusqu'à l'absurde, le Too Much sans vergogne.
Une série dérivée existe et fut diffusée à la télévision Mexicaine, elle est inédite ailleurs et n'est pas produite par Sieur Rodriguez (le résumé Wikipédia semble indiquer qu'il s'agit d'une sorte de 'remake' du Fugitif à la sauce Rio Grande). Je serai bien curieux de pouvoir y jeter un œil, peut-être pas pour regarder ses 70 épisodes mais pour voir si cette dernière adopte le ton plus terre-à-terre du premier ou celui quasi-parodique du troisième...

L'avis d'Amidon, le chat de la maison:

El Mariachi

Desperado

Il était une fois au Mexique

Rendez vous mercredi prochain si tout va bien :)