Double Dragon III sur NES. Voilà bien un jeu qui aura su nous tenir en haleine lors de notre lointaine jeunesse mon frère et moi. Nous n’étions pas très doués du haut de nos 10 ans et ce fichu combattant chinois nous aura tenus en échec à chaque partie. Cela ne nous empêcha pas de passer des heures de pur plaisir sur cette cartouche qui doit toujours traîner quelque part dans un de mes placards. Jusqu’à ce que l’on découvre Street of Rage sur Megadrive.
Mais trêve de nostalgie car le jeu qui nous intéresse ici est un lointain descendant des aventures des frangins Lee, sorti en 2019. À la fois modernisation et hommage à l’incommensurable série des Kunio-Kun, River City Girl procure t-il autant de plaisir au joueur que ses modèles ?

RIVER CITY STORY

A l’origine il y eu la série des Kunio-Kun, des studios japonais Technōs. Toute une armada de jeu dont pour être sincère je n’avais jamais entendu parler, ou très peu. Tout au plus le jeu de foot sur NES et le design des personnages principaux qui ne m’était guère inconnu. Mais apparemment la série est très populaire au Japon et aux États-Unis (et oui certainement aussi par des joueurs en France qui n’hésiteront pas à me brocarder sur mon inculture). Moi, ce que j’ai connu de plus approchant, ce fut donc les Double Dragon, du même studio, et qui eux surent parvenir jusqu’à mes petites paluches de jeunes joueurs de jeu vidéo. Une série à laquelle je n’ai pas joué depuis fort belle lurette. Et c’est donc totalement par hasard que j’ai appris la sortie de cette espèce de suite un peu bizarre, qui se targuait d’être le renouveau du genre. Ce qui a su me titiller…

Une vidéo (en anglais) retracant l'histoire de Kunio-Kun, très instructive pour ceux qui comme moi n'en avait guère entendu parler...

Les décors sont à savourer avec les yeux et fourmillent de détails. C BÔ !

Dire que je fus séduit dès les premiers visuels est un doux euphémisme. C’est graphiquement superbe, avec une palette de couleurs chatoyante du plus bel effet. Le Pixel-art, devenu presque un cliché pour les jeux indépendants désormais, est ici justifié par ses aïeuls mais sans pour autant en faire un copier-coller sans imagination. La technique actuelle au service d’une série qui entre de plein-pied dans la modernité, tout en conservant son essence et ses bases. L’animation elle aussi à été grandement revue, plus rapide, plus souple, permettant des enchainements bien plus fluide. Pour finir, l’ambiance sonore qui est juste à tomber, entre balade pop-électro et morceaux bien punchy pour  bien mettre dans l’ambiance de la castagne en continu.

Extrait de la mirifique Bande Originale du jeu. Toute la musique est à l'avenant. Une merveille.

Les fameuses 'Girls', celles que l'on incarne et leurs rivales

 Le scénario est simplissime, et amène à une suite de développements tous aussi absurdes qu’inattendus. Kyoko et Misako apprennent que leur petits-amis Kunio et Riki on été enlevé. Ni une ni deux, elles se lèvent et partent à leur rescousse. On débute l’aventure dans la salle de classe et elle se poursuit à travers toute la ville, afin de retrouver les amoureux manquants. Six zones et tout autant de boss qu’il faudra vaincre. Précisons-le tout de suite, nous avons affaire là à un titre qui mise plutôt sur l’absurde et le non-sens en terme de récit. Mais également sur le cool et le fun pour tout le reste.

La variété des décors permet une vraie balade enchanteresse dans ce pays de pixels

DOJO & DRAGON (punch)

Alors concrètement, comment ça se passe ? Et bien c’est un Beat’em All assez classique dans le fond, avec une légère notion de RPG. Notre héroïne est munie de quatre actions (saut, coup de poing, coup de pieds, chope) qui combinés aux différentes directions peuvent fournir des coups spéciaux plus ou moins puissants.

Vous aurez souvent l'occasion de dépenser vos deniers chez les commerçants. De nombreux caméos d'ailleurs vous attendent derrière les comptoirs...

Ces coups spéciaux sont déblocables au Dojo des Frères Lee contre monnaie sonnante et trébuchante. Chaque adversaire vaincu lâche en effet une petite somme d’argent qui permet l’achat dans les nombreux magasins qui parsèment les différentes zones. Ceux-ci se divisent en trois catégories: les dojos, les boutiques d’objets et les boutiques de soins. Chaque échoppe offre des mets ou des accessoires aux prix et effets variables. A vous de repérer les bonnes affaires des arnaques. Le personnage possède un inventaire pour les soins et un autre pour les objets. Celui des objets est non limité mais celui des soins augmente dans une limite de 10 emplacements en fonction de votre niveau. Car oui il y a la notion de niveau présente dans le jeu. 30 pour être exact et qui bien entendu s’engrangent au fur et à mesure des victoires accumulées.

L'inventaire des soins augmente en adéquation avec le niveau du personnage tandis que celui des objets permet d'accumuler toutes les babioles possibles. Ces accessoires aux différentes propriétés (dégats améliorés, vitesse accrue etc...) peuvent s'équiper par paires. Ce qui est peu. On passe beaucoup par ce menu pour toujours avoir sur soi le matériel idoine en fonction de la situation.

Il y a présence également d’une capacité de recrutement. J’explique. Parfois lorsqu’un dernier adversaire est défait, il implore votre pardon à genoux et il y a possibilité par l’intermédiaire d’une touche (L1 sur PS4) d’en faire un personnage d’appui. Celui-ci sera disponible pour vous prêter main-forte dès que vous le convoquerez via la gâchette dédié. Son aide consistera en un coup spécial qu’il faudra employer judicieusement. Quelques contraintes sur l’utilisation de cette feature: une barre qui se doit d’être complète avant d’invoquer la recrue (mais elle se remplit rapidement), cette dernière ne possédant seulement que quelques cœurs de vies qui pourront s’épuiser rapidement si vous ne faites pas attention. Chaque personnage secondaire est pourvu d’une attaque spéciale qui lui est propre, plus ou moins efficace et puissante. Choisir avec discernement quel sidekick saura le mieux vous correspondre.


Il y a de plus un coté 'Attrapez-les Tous!' car un trombinoscope des ennemis est présent et se remplit à chaque nouveau type de recrues alpagué.

Parmi la pléthore d'apparitions surprise, on retrouve toute la clique de Double Dragon. Des Frangins Jimmy et Billy Lee (lequel est le bleu, lequel est le rouge?) qui tiennent les dojos, à Abobo qui fera également ici office de boss....à Marian, qui était donc la 'demoiselle en détresse' à secourir dans la trilogie. Elle à bien changée...

Comme dans tous les jeux du genre, divers objets ou autres ustensiles pourront servir d’arme pour mieux défaire les racailles qui s’en prennent constamment à vous. Outre les traditionnelles caisses, poubelles ou chaine de vélos pourront aussi être trouvé des poêles, des ballons, des yo-yos ou même des épées-laser ! Chacune de ses armes de fortune pourront soit frapper soit être lancé, jusqu’à ce qu’elle soit réduite à néant.
Et c’est donc avec tout ce panel de mouvements et de possibilités que vous devez vous frayez un chemin jusqu’à la fin du jeu, en tabassant au passage des centaines de bougres et bougresses…

Petite description de l'écran de jeu: Kunio se sert d'une poubelle pour terrasser ses assaillants. La barre rose 'en case' c'est la vie, la barre verte la stamina qui permet de sortir les super-coups. A coté on distingue la recrue disponible ainsi que son nombre de cœur. Aussi l'argent amassé et le niveau actuel du personnage. Rien que du classique et de l'efficace. Notez l'arrêt de bus qui permet de se rendre rapidement d'une zone à l'autre via une carte de trajet.

INVERSION D RÔLE

Tout n’est cependant pas parfait en ce joli royaume de la Cité de la Rivière. À commencer par cette incompréhension en ce qui concerne la touche multitâche…Servant à la fois pour frapper avec le poing, à ramasser les objets…et à changer de tableau ! Il arrive fréquemment qu’au cours d’un combat, si on est trop près du bord de la zone signifié par une icône de porte verte, on change de tableau sans le vouloir ! Car c’est la même touche pour deux fonctions bien différentes ! Pareil quand on se trouve sur l’emplacement d’un objet…au lieu de frapper le malandrin, elle va ramasser l’objet, ce petit laps de temps permettant au susdit de vous en mettre plein la chetron. N’y avait-il pas moyen de mettre les fonctions ‘attraper un objet/changer de zone’ sur une autre touche ? Comme une gâchette par exemple ? Car je vous assure qu’au bout d’un moment cela devient véritablement agaçant, tant est si bien qu’on apprend très vite à combattre en milieu de zone, pour éviter la gaffe.

Exemple typique d'une situation problématique. Ici la touche à trois fonctions! Frapper l'adversaire, ramasser l'objet au sol ou changer de zone. Vous n'avez qu'à espérer qu'elle fasse ce dont vous avez besoin. Ha et bien sur si vous passez dans le décor suivant et revenez, les ennemis auront rebooter...misère...

Il y a aussi les ennemis qui vous foutent un pain dès que vous arrivez sur une nouvelle zone, sans que vous ne puissiez rien y faire, n’ayant même pas encore repris le contrôle de votre protagoniste. Heureusement ce n’est pas souvent mais quand ça arrive c’est très frustrant. Un mot sur la garde, très exigeante et qu’il faut savoir placer au bon moment pour parer l’adversaire lorsque celui-ci vous enchaîne. Vous pouvez aussi bien sur en user avant de vous prendre le premier coup mais si vous vous loupez, casser un enchaînement se révèle extrêmement difficile. Cela reste possible, j’y suis arrivé quelque fois mais sans vraiment comprendre le truc (je me contentai de marteler la touche en espérant que ça marche…et dans 98% des cas, ça marche pas). Il y a clairement une histoire de tempo à adopter, mais ce n’est franchement pas mon point fort…

 

Quelques  lieux que vous croiserez en traversant les bas-fonds de River City

J’aimerai pour finir faire une petite analyse de ce qui se déroule dans ce jeu, car à bien y réfléchir je me demande si on ne se trouve pas là devant une œuvre bien plus subversive que ne le laisse présager ses atours enjôleurs. Pour se faire je vais devoir spoiler un brin, je passe donc sous le sceau du secret immédiatement. Kyoko et Misako, qui pendant toute leur Odyssée répètent à l’envie être les petites amies de Kunio et Riki se révèlent au final n’être que de vagues connaissances des dits garçons. Ces derniers ne connaissant même pas leurs prénoms ! Au vu de ce rebondissement de dernière minute – et de tout ce qu’on a traversé pour en arriver là ! – on pourrait en déduire que les deux lycéennes on eu envers leur ‘crush’ un comportement de ‘stalkers’* depuis un moment (*anglicisme voulant signifier le 'harcèlement passif' envers une personne précise). Les épiant, les suivant et allant même jusqu’à prétendre sortir avec eux. Alors c’est traité sous le puissant bouclier de l’humour mais c’est une lecture qui ne laisse pas indifférent je trouve. Dans la continuité de cette idée, il est évident que les deux nénettes on de graves problèmes psychologique et un attrait évident pour la violence, celle-ci leur servant à résoudre leur moindre problème. Mais songez donc à comment débute leur périple : dans un lycée, elles tabassent des dizaines d’étudiants pour leur piquer leur argent de poche…ne serait-ce pas là purement et simplement…du racket? Encore une fois c’est une appréciation tordue d’un titre qui se veut simplement Funky mais cela à le mérite de laisser entrevoir en sous-texte le fait que les deux soi-disant héroïnes ne soit en fait que deux Loubardes qui se refusent à l’admettre. Et je trouve cela amené assez subtilement, sans que l’on s’en rende compte.

Les filles d'apparences bien sages seraient elles moins polissones qu'elles ne le laissent paraître?

On joue en fait deux gamines perturbées qui se font respecter dans la rue à coup de batte de baseball et de genou dans les parties, rackettant les écoliers, se battant contre les autres gangs, savatant les agents de sécurité en clamant haut et fort faire tout cela au nom de l’Amour…pour des gars qui ne les on jamais véritablement calculé. Alors je ne connais pas les jeux Kunio-Kun et leur ambiance, qui apparement on tous cette notion de 'petites frappes' mais en tout cas par rapport au Double Dragon qui voyait les frères Lee se battrent dans les ruelles obscures contre des ravisseurs pour aller sauver leur dulcinée (notez qu’il la partage), on est un peu aux antipodes de la morale.
Pour préciser ma pensée cela n’altère en rien mon immense sympathie pour ce jeu, que j’aime beaucoup au demeurant. Au contraire même, cette double-lecture ajoute au coté farfelu voulu et accrédite la théorie (que je partage) qu’en fait les 'Méchants' n’existent pas. Il n’y a que des points de vue différents.

Oui l'humour est une forte composante de cette aventure. Parfois à la limite du burlesque.

~€~

River City Girl est une formidable mise à jour des jeux Kunio-Kun d’antan (ou Double Dragon si comme moi vous connaissez plus cette série là). Coloré, enjoué, rempli de détails et de petites astuces de mise en scène qui font plaisir. Un humour parfois déstabilisant, des rebondissements absurdes, une progression scénaristique qui n’a ni queue ni tête mais qui tient la route par son coté délibérément décalée, non sans conserver son statut d’Hommage aux sagas dont le titre s’inspire. Duo d'héroïnes attachantes quoiqu’un brin foldingues (on adore) et une aventure qui sait se réinventer visuellement à chaque tableau, offrant un panel de décors de toute beauté. Un véritable petit bonbon sucré qu'on ne peut que fortement conseiller en cette période troublée.

Et pour finir petite précision: Kunio et Riki ne sont disponible qu'une fois le jeu fini avec Kyoko ou Misako (ou les deux en coop').