Nous sommes en 1994. Internet ne s’est pas encore installé dans les foyers, Pulp Fiction remporte la Palme d’or à Cannes tandis que Serge Karamazov poursuit l’assassin à la saucisse de Morteau sur la croisette et que Kurt Cobain s’éteint non loin de Seattle. Le 14 décembre de cette même année sort un film qui marquera à sa manière le peuple de France, l’histoire d’un petit indien d’une peuplade isolée d’Amérique du Sud qui découvre Paris et le quotidien de son père, homme d’affaires qui ne vit que par et pour l’argent.
Réalisé par Hervé Palud, futur responsable de l’invraisemblable Mookie (qui voyait un Éric Cantona partageait la vedette avec un chimpanzé parlant…), Un Indien dans la Ville est un film de son temps, entre naïveté et nonchalance qui paraît absolument improbable vu depuis 2022. Malgré ses qualités toutes relatives il restera en mémoire de beaucoup de spectateurs pour son jeune héros intrépide plein d’enthousiasme aux répliques devenues cultes. Pour ma part je n’avais pas beaucoup apprécié ce métrage à l’époque car déjà les comédies françaises ne m’intéressaient pas (constat toujours valable aujourd’hui) et non je n’ai pas revu le film à l’aune de cet article, ma déontologie ayant ses limites. Je me suis contenté de revoir la bande-annonce et quelques extraits épars et rien que le fait qu’Arielle Dombasle soit présente dans ce cirque filmique constitue pour moi un motif suffisant pour ne pas m’infliger de nouveau ce truc.

En 1996 sort de nulle part une adaptation du film sur Game Boy qui nous voit incarner Mimi-Siku, et c’est sur ce jeu que nous allons nous attarder désormais.

  • Éditeur : Titus Interactive
  • Développeur :  Titus Interactive
  • Distributeur : TF1 Video
  • Joué sur Game Boy + émulateur
  • Article composé de 1603 mots


Scan de la jaquette du jeu que malheureusement je ne possède pas (jeu chopé en loose comme le dit l'expression consacrée). Lisez avec délectation le court texte de présentation tout à gauche. Du grand art de concision.


LA VIE EST UNE AVENTURE IL NE FAUT PAS AVOIR PEUR

Alors bon. Le scénario. Heu bah… Vous êtes Mimi-Siku et votre but est de rencontrer diverses personnes à la fin des différentes zones. Oui voilà, on va dire ça comme ça. Pour ce faire vous devrez traverser 5 niveaux, tous divisés en deux parties (donc 10 stages au total). Il s’agit d’un jeu de plate-forme classique qui reprendra vaguement le cheminement du film. Mais alors vraiment très vaguement.


Mimi-Siku est chez lui dans la forêt d'Amazonie et il s'y promène comme qui rigole !

Notre fier héros possède les mouvements de base du genre : il saute, il marche et il peut paralyser les ennemis avec sa sarbacane (dans les faits il s’en débarrasse définitivement). Mais attention ses munitions de fléchettes empoisonnées ne sont pas prolifiques et il faudra en user avec parcimonie. Il sera toutefois possible d’en dégoter en explorant les niveaux ou en récompense pour avoir occis un serpent en lui sautant 6 fois sur la tête… et oui il faut ce qu’il faut ! Autre moyen de défense à sa disposition, sa mygale qu’il pourra envoyer pour rendre inoffensif l’espace de quelques instants un empêcheur de se balader en rond. Mais l’usage de la bête à huit pattes possède quelques conditions, déjà il faut la dénicher dans le niveau et ensuite elle ne pourra servir qu’une seule et unique fois dans le stage où on la trouve. Là aussi il faut donc bien réfléchir avant de l’utiliser.


Des sauts, de la plateforme, des crocodiles prêts à vous avaler tout cru...pas de doute c'est la loi de la Jongle !!

Dernier point sur la jouabilité, il y aura tout un lot de collectibles à amasser au fur et à mesure de la progression dont je ne suis pas certain de l’utilité. Je crois qu’ils octroient en fin de stage des points qui permettent de gagner des vies mais je dis cela sans certitude. Et surtout la nature de ses objets me laisse profondément perplexe. Pourquoi des casseroles dans la jungle ? Pourquoi des tubes de dentifrice sur la Tour Eiffel ? Sans doute tout cela font références à des scènes ou dialogue du film mais je n’en ai pas le moindre souvenir…


Les deux stages sur la Tour Eiffel demanderont de la dextérité et de la patience, mais ne sont pas infaisables

On en vient au gros point positif du jeu : ses graphismes. C’est bien simple, pour un jeu Game Boy de production modeste, le résultat visuel est plus qu’honorable. Les décors sont corrects et  compréhensibles instantanément, on ne cherche pas son chemin. Les ennemis sont là aussi clairement identifiables et on comprend la nature du danger immédiatement (on peut sauter sur les serpents mais pas sur les hérissons, chose parfaitement logique dans le monde du jeu vidéo). Qu’il s’agisse de la Jungle, de la Tour Eiffel, d’une grotte sinistre, de la Seine ou de l’Amazone tous les environnements sont de bonne facture, on regrette seulement le ‘fond blanc’ lors de la grimpette sur la Dame de Fer mais c’est du chipotage.


Visuellement la Game Boy nous a proposé bien pire ! Une petite apparition surprise de Patrick Timsit "On est mal, on est mal !!"

L’animation de Mimi-Siku elle n’est rien de moins que parfaite. Il n’y a rien à redire sur ce sujet là autre que le travail est fait, et bien fait. Ses mimiques sont rigolotes, son design est bon (certains y voient une trop grande ressemblance avec Mowgli… ce qui n’est pas totalement un hasard non plus) et sa dégaine inspire de suite la sympathie. Question musique en revanche ce n’est pas la même limonade. Un thème musical par lieux et/ou niveau (jungle, wagonnet, Tour Eiffel etc…) qui ne sont certes pas des chefs-d’œuvre mais qui font leur boulot, sans zèle cependant.

 

À CHACUN SON MOVE, À CHACUN SA GALÈRE

Sur 10 stages, seule la moitié en fait constitue de la plateforme tandis que l’autre moitié propose soit de voyager en pirogue soit d’effectuer le classique des classiques parcours en wagonnet. Pour ce qui est des séquences en wagonnet (niveaux 3-1 et 3-2) il s’agit de sauter au bon moment pour passer les trous ou assommer les méchants. Pas aussi facile à faire qu’à écrire croyez-moi ! Déjà de base il faudra apprendre à connaître le bon chemin pour parvenir à la fin du niveau et ensuite il faudra gérer les sauts parfois au pixel près. La deuxième partie de ce passage (3-2) est particulièrement corsée et nécessitera de nombreux essais pour voir le bout du tunnel.


Une aventure guère longue mais assez variée. Et qui n'est pas vraiment une sinécure...

Les passages en pirogues - au nombre de trois (niveaux 4-1, 4-2 et 5-2 -> donc le dernier niveau) - eux seront plus complets. À bord d’une petite embarcation vous devrez éviter toute une horde de danger dont la plus menaçante restera les oiseaux. Pouvant circuler d’avant en arrière sur le plan d’eau vous aurez fort à faire car en plus des jets des volatiles sacrifiant leurs progénitures encore en coquille (ils doivent vraiment vous haïr !) il faudra éviter les mines, les poissons voraces et les crocodiles. Sans compter sur les skinheads (?) qui vous jetteront des projectiles (Haaa Paris !). Afin de contrer à tout cela vous pourrez compter sur vos fléchettes, au nombre de 100 quand vous débutez le niveau et qui vous aideront à terrasser les obstacles (dont les piafs car vous pourrez tirer en l’air à 45°) mais aussi sur les poissons qui redonneront des cœurs. Attention donc car il y a deux genres de poiscailles qu’il faudra distinguer : les vilains qui vont croqueront les fesses et les gentils qui vous redonneront un peu de vie.


Quelques écrans de transitions, qui sont loin d'être dégueulasses. Et au milieu un Thierry Lhermitte tout en pixels rigolos

 

LES CHEMINS OÙ TU RIS SONT LES MÊMES QUE CEUX OÙ TU PLEURES

En soi le jeu n’est nullement honteux, loin de là. Pourtant il possède aussi ses mauvais côtés avec le plus évident qui est le niveau de difficulté. Alors en soi le jeu est contrairement à d’autres loin d’être infaisable mais il faut pleinement s’y investir si on veut en atteindre le bout à la régulière (ce qui ne fut nullement mon cas). Un peu d’expérience et d’agilité seront indispensables pour les forçats de la Game Boy mais c’est hautement possible. Il est de bon ton de signaler quand même que le titre doit se faire d’une traite. Pas de codes de niveau ou de sauvegarde, vous pouvez oublier ce genre de truc. Heureusement il y a moyen de sauter les niveaux via le seul code valable sur la cartouche, ce qui pourra s’avérer une aide précieuse pour maîtriser l’aventure.


On trouve de tout dans la jungle amazonienne... des casseroles, des fléchettes empoisonnées, des serpents venimeux... et des mignonettes à tresses qui attendent leur héros tout sourire !

Mais là où il y a vraiment un problème de mon point de vue c’est sur ce que j’appelle le ‘contexte’. Là c’est service minimum. Par exemple des écrans fixes en guise d’introduction de niveaux, certes jolis mais pas très explicites. Les sorties de stage elles se résument en de simples personnages immobiles qui patientent les bras ballants et l’air guilleret (une jeune fille à nattes non-identifiée la plupart du temps, Thierry Lhermitte et Patrick Timsit les autres fois). Et une simple photo de fort piètre qualité en guise de conclusion. Pas de texte, rien. Juste une photo. Et qui en plus ‘bloque le jeu’, c'est-à-dire que vous ne pouvez rien faire d’autre qu’éteindre la console une fois atteint cette image finale, même pas de retour menu ! De toute façon il n’y en a pas de menu, alors bon. Non vraiment pour le coup là on est au ras des pâquerettes en ce qui concerne l’enrobage du soft. C’est un peu triste car un léger effort sur cet aspect-là aurait rendu le jeu encore plus sympathique qu’il ne l’est déjà.


Un simple écran de fin pas beau en guise de maigre récompense...

Acheté avec l’envie évidente de se moquer de ce titre Game Boy improbable, il faut bien reconnaître que le jeu n’est pas si ridicule que cela. Une difficulté mal dosée, un manque cruel de cadre structurant (menus, intrigue, sauvegardes…) et des facilités de programmation qui certes ne sont pas rien mais ne permettent pas d’occulter non plus les qualités de cette adaptation d’Un Indien Dans La Ville. Des graphismes de bonne tenue, une animation du protagoniste exemplaire et une aventure un peu étrange au vu du récit cinématographique dont elle s’inspire mais plaisante à parcourir si on accepte de s’y plonger pleinement. À chacun de voir à partir de là si il accepte de laisser sa chance au produit comme on dit. Chacun sa route, chacun son destin tout çà tout çà …

 


Les graphismes du jeu semblent s'inspirer de la Bande Dessinée tirée du film, réalisé par Vincent Deporter (dit 'Mike' Deporter), un auteur belge qui officie désormais aux États-Unis, notamment sur les comics Bob l'éponge ! Ici un lien vers l'une de ses vidéos Youtube, mais ses travaux sont visibles sur d'autres supports comme Flickr par exemple.