Devant la célèbre entrée de l'Asile d'Arkham, Clark Kent tient à me mettre en garde :

"Certains de ceux enfermés là-dedans sont de vrais malades mentaux, au sens strict du terme. Ils ne voient pas les mêmes choses que nous. N'ont pas les mêmes notions de ce qui est bien et mal, bon ou mauvais. Certains sont cannibales. D'autres assassinent par pur plaisir. Les plus dangereux sont ceux qui savent entrer dans votre tête. Ayez des propos clairs et concis, qui ne laissent pas la moindre place à l'interprétation. Répondez fermement s’ils vous posent des questions, soyez sûr de vous. Ne leur apprenez rien de personnel sur vous, ne dites votre prénom uniquement si ils s’y intéressent et rien de plus. N'hésitez pas, n'hésitez jamais devant eux. Et dernier petit conseil, restez le plus possible au milieu des couloirs, ne longez pas les cellules !"

Le journaliste du Daily Planet en connaît visiblement un rayon sur les habitudes des résidents de l'institut psychiatrique. Il ajoute alors que nous franchissons le seuil:

"Et ne rêvez pas, vous n'aurez pas accès au Joker."

Le reporter de Metropolis use de certains de ses privilèges pour nous faire entrer 'un peu plus loin' que le traditionnel parcours visiteurs. On croise quelques figures célèbres mais j'en cherche une en particulier, et je la trouve très vite. Accompagné de Clark qui ne me lâchera pas d'une semelle, je m'approche et demande à l'ancien procureur Harvey Dent s’il est possible de lui poser quelques questions. Son point de vue est doublement intéressant, il a été des deux côtés de la barrière et fut un témoin privilégié de la transition entre le monde criminel à l'ancienne et les Métas-Crimes. Il lâche l'un de ses deux pistolets factices et lance sa fameuse pièce fétiche en l'air. Je sens un mouvement d’air rapide venant de Clark quand la pièce retombe dans la paume cramée du criminel. Pile. L'entretien s'annonce sous de bons auspices.

"Si vous voulez me faire dire que le monde a radicalement changé en une quinzaine d'années avec l'apparition des 'Super-débiles', et bien voilà, je vous le dis ! Est- il mieux qu'avant ? Certainement pas ! Est-il pire ? Sans doute pas non plus. Mais on ne joue plus dans la même catégorie. La criminalité 'd'avant' (il mime les guillemets) se contentait des coffres de banques, des malversations diverses, de fraudes fiscales... En gros d'accumuler du pognon et par là même du pouvoir. Cette forme de délinquance existe toujours mais a largement été relayée au second plan. Il faut dire que quand le monde est menacé chaque semaine ou presque par une bande de cinglés en costume qui ne souhaite que de tout faire péter, ça relativise l'échelle du danger. Et je ne parle même pas des fondus qui viennent des étoiles et amènent avec eux leurs problèmes... comme ce martien ou ce boy-scout en bleu et sa planète en miettes. Je reste persuadé qu'a terme ce sont ces 'types' là qui causeront le plus grand risque pour notre planète, et ça a déjà commencé. Vous imaginez un peu, on a eu droit à une tentative d'invasion martienne et un général kryptonien très en colère qui a arraché le toit de la maison blanche comme on ouvre un yaourt ! Au vu de l'explosion fulgurante du phénomène méta, allez savoir où tout cela va finir... je crains que cela ne nous mène tout droit à l'Apocalypse..."

Constat extrêmement déprimant et peu enthousiaste pour la suite. Clark entre dans la danse en rétorquant que la fondation de la Ligue de Justice a justement été faite pour parer aux futurs éventuels dangers venus de la galaxie. L'ancien procureur répond.

"en Justice - la vraie, pas cette parodie de carnaval - on connaît le concept dit de 'l'escalade'. Plus vous vous protégez contre des risques de plus en plus grand, plus ceux-ci ont de chance de vous arriver. On attire ses ennemis en faisant tout pour les tenir éloignés. Vous captez leur attention en vous prémunissant d'eux. Demandez donc aux riches de Gotham... mieux vaut vivre avec discrétion que de se cacher derrière des systèmes de sécurité ostentatoire. Un peu dans le même ordre d'idée et pour faire montre de ce que j'avance, imaginez-vous quelques minutes dans la peau d'un flic avec 20 ans de carrière. Oui je sais c'est difficile de se projeter dans une telle engeance mais faites un effort. A votre entrée dans les forces de l'ordre, votre boulot consistait principalement à courir derrière des voleurs de sac à main, faire détaler les casseurs de voitures et empêcher Papa de taper trop longtemps sur Bobonne. Si vous étiez doué et avec une bonne promotion vous pourriez espérer faire tomber quelques gros bonnets de la pègre locale... Pas les gros poissons mais les petites frappes qui tiennent les quartiers. Au final, le travail cumulé de vous et vos collègues finissait par tomber sur le bureau d'un proc' général, qui réunissait le tout pour constituer un dossier et amener les Big Boss derrière les barreaux. C'est typiquement comme cela que j'y ai mis Maroni et Falcone.
Le même flic aujourd'hui se retrouve confronté à chaque coin de rue à un Méta doté de pouvoirs qui le dépasse de loin et a bien souvent droit à une fin atroce. Les casseurs ne se limitent plus aux caisses mal garées mais détruisent des immeubles entiers. Et comment voulez-vous vous interposer quand les deux belligérants sont dotés d'une force herculéenne qui en un seul coup de poing peuvent littéralement vous dévisser la tête. Et demain ce même poulet aura en face de lui des extra-terrestres de toutes les couleurs et de toutes les formes, qui le menaceront de choses bien pire que la mort. En 20 ans de temps! Je veux bien vous croire, Monsieur Kent, vous et votre Ligue d'Injustice mais moi je crois que notre bonne vieille Terre est sur le point de basculer sur une pente sans retour. Un changement j'irai même jusqu'à dire civilisationnel et universel. Un nouveau paradigme ! Sur ces bonnes paroles je vous laisse messieurs, c'est l'heure de mon club de lecture avec Scarface et Gueule D'Argile. On va encore bien se poiler !"

Clark ronge clairement son frein tandis que nous regagnons tranquillement l'entrée. Jimmy en profite pour me montrer certaines de ses rencontres. Poison Ivy, Killer Croc, l'épouvantail... Comme pour Double-Face, je suis surpris de les voir en 'costumes' et avec une certaine liberté de mouvement.

"Il s'agit d'un asile psychiatrique, pas d'une prison. Mais il est vrai que c'est assez choquant de les voir se balader ainsi. Cependant certains sont enfermés à double tour au sous-sol, comme le Clown."

En attendant d'autres font un peu ce qu'ils veulent dans ce qui est censé être un établissement cloisonné. Arrivé sur le pont amenant au parking, voilà t-y pas que l'on tombe sur L'homme-Mystère en personne. Ce dernier nous sort son numéro auquel je ne comprends rien et finit par une devinette que je n'ai même pas écoutée. La fatigue de cette longue soirée commence sérieusement à se faire ressentir... Heureusement Clark - une fois de plus - à la bonne réponse et nous sort un magnifique "Une souris à laquelle il manque une oreille". J'ai l'impression d'être sur le plateau de Jeopardy. Edward Nygma (qui n'est pas sa véritable identité) s'en repart alors tout penaud à l'intérieur d'Arkham, déçu comme un enfant à qui on refuse un bonbon.

Cette visite à Arkham achève cette nuit à Gotham City. Je prends mes dernières notes à l'arrière de la camionnette qui nous ramène au centre-ville en remerciant mes guides pour leur précieuse contribution quand Clark tient à faire un petit détour vite fait chez un ami qui vit dans le coin. Vu l'endroit où l'on est, la seule propriété dont il peut parler c'est le grand manoir austère que l'on aperçoit au travers des bosquets…