par Bokurano

Assassin's Creed : La solitude du prédateur
J'étais repéré, la brebis égarée que j'avais prise en filature
venait d'ameuter le troupeau.
J'aurais pu m'enfuir, trouver une cachette comme à mon habitude,
j'étais un Assassin avant d'être un guerrier. Pourtant à cet instant
précis, la fièvre du combat s'empara de moi ! N'étais-je pas assimilé
aux faucons ? Altair, le Roi des cieux n'a aucun adversaire à craindre.

Sans même que je ne m'en rende compte, j'avais troqué ma lame
d'assassinat pour une grande et puissante épée. Ils m'encerclèrent en un instant, ce qui aurait dû m'inciter à la prudence mais je voyais bien
qu'ils n'oseraient pas s'en prendre à moi en même temps. J'étais amusé,
c'était comme si la peur leur commandait de tenir la distance mais seule ma mort aurait pu calmer l'angoisse qui se lisait dans leurs yeux.
J'avais devant moi une véritable légion aussi agressive qu'effrayée,
leurs mouvements trahissaient une puissante détermination mêlée à une
handicapante hésitation.

Moi on m'avait élevé pour faire de la peur un sentiment étranger
et au fond, je savais que ce combat ne serait pas le dernier. 

Assassin's Creed : La solitude du prédateur
J'attaquais ces courageux poltrons, je ne voulais pas leur laisser le temps de se construire une stratégie. Mes premiers coups sonnaient
creux, je frappai et frappai encore jusqu'à voir mon assaillant mourir à mes pieds ! Il tenta de se défendre mais très vite, la force de mon
assaut eut raison de lui. Je découvrais mes capacités, j'alternai des
coups plus ou moins rapides et des coups puissants, ils ne pouvaient se
défendre longtemps et bientôt un second garde rencontra la Faucheuse...
mais déjà un sentiment d'insatisfaction m'envahissait.
Et c'est avec appréhension que j'attaquai le troisième garde, je
rangeai rapidement mon épée pour utiliser ma dague ! Si mes coups
étaient bien plus rapides, je n'arrivai pas à faire fléchir la défense
de ce troisième adversaire. Ma lame heurtait la sienne presque
automatiquement et le combat semblait durer une éternité. Ennuyé par cet affrontement absurde, je tentai alors un mouvement plus complexe.
Lorsque le fer de ma dague rencontra de nouveau son épée, je brisai sa
garde dans un timing parfait, et j'éventrai alors l'homme avec la
rapidité et la froideur qui m'étaient propres.
Le dernier garde me regarda avec effroi, je voyais la panique
prendre possession de son corps. La distance m'interdisait tout espoir
d'élimination et je m'étais fait une raison. C'était sans m'apercevoir
que j'avais par instinct lancé un couteau, l'homme s'effondra dans une
râle... et seul le silence semblait témoin de mon geste meurtrier. Cette tuerie ne me donna aucune fierté, j'avais tué des ennemis de mon
maître, mais j'avais cette hideuse sensation de n'avoir fait qu'une
simple boucherie, j'étais bien trop puissant... Roi des cieux pitoyable
qui, seul dans l'azur, ne peut plus rien apprendre si il n'a pas
lui-même de prédateur. Dès lors, je savais que je ne pourrai que
m'abrutir, perdant le peu de respect qu'il me restait pour mes ennemis
et donnant la mort par habitude.

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Au cours de mes périples, j'affrontais d'autres gardes, et j'étais à chaque fois plus efficace.
Personne ne semblait avoir une chance contre moi : je contrais
inévitablement chacune des attaques que mes opposants me destinaient.
J'esquivais aussi très facilement. Mais quel intérêt cela a-t-il lorsque l'on peut anticiper et éventrer son ennemi avant même que celui ci ne
termine son geste ? C'est alors que je rencontrai mon premier Templier ! C'est sans une once de prudence que j'essayai de l'empoigner, mais à ma surprise, c'est ma main qui fût saisie et à l'homme en armure de
m'envoyer dans les roses ! La stupeur se mêlait à l'excitation , enfin
le défi que j'attendais ! Je me relevai et j'échangeai quelques coups,
j'étais en mauvaise posture et j'endurai quelques éraflures... pour me
sentir très rapidement au mieux de ma forme, ma vie ne semblait jamais
pouvoir s'épuiser. Encore une fois, j'étais un tueur immortel, ça
n'avait plus de sens, je tuai mon ennemi par un contre bien placé. Si
chaque garde avait sa puissance, peut-être pourraient-ils me mettre à
mal mais en m'attaquant les uns après les autres, ils n'avaient aucune
chance.

J'étais ivre de rage devant ma propre lassitude, je tuais comme
une machine ! C'est alors qu'il me vint une idée pour apaiser ma
culpabilité. Ce ne fût pas long pour trouver mes futures proies , je ne
prenais plus la peine de me cacher lors de mes missions, il n'y a rien
qui ne justifiait la peine de se déplacer furtivement.

Devant moi s'avancèrent soudainement quatre nouveaux gardes, à
croire qu'ils se reproduisent sans cesse. Je fis alors un geste qui dû
les surprendre, je rengainai mon épée pour reprendre ma courte et
discrète lame d'assassinat.
Je ne pouvais plus me protéger, ni simplement croiser le fer. Je
voyais les choses d'une toute autre façon, attentif et aux aguets du
moindre mouvement. Pour la première fois, je n'imposais pas mon rythme
mais je m'adaptais au leur, enfin je pouvais vivre ce combat !
Les gardes quant à eux, bien loin d'imaginer mes intentions,
commencèrent à s'enflammer. L'un d'eux me montra du doigt et se détourna l'air moqueur, j'étais seul contre quatre hommes, que pouvait-il
craindre ? Un sourire se dessina sur le coin de mon visage et en un
instant je m'agrippai à lui, enfonçant le dard mortel dans sa nuque. Les trois gardes reculèrent devant ce spectacle morbide et l'un d'eux
semblait se cacher la vue. Était-ce un ami que je venais de tuer sous
ses yeux ? Je ne perdis pas de temps et sautai sur l'homme que le
chagrin avait diminué, sa peine aura été courte. Cette fois les deux
gardes restant s'avancèrent, je fondis sur l'un d'eux qui me repoussa
tout aussi vite. J'avais été stupide, je devais de nouveau m'adapter à
leurs pas, évaluer la distance et deviner l'instant qui les trahira !
Ils n'avaient plus aucune flamme, plus de courage, seulement de la
colère, c'était bon signe. L'un d'eux leva son épée et s'avança vers moi en criant « Dieu est avec moi », j'étais surpris de cette soudaine
invocation, il était évident qu'il pensait être dans son droit et du
côté de la justice alors que je m'efforçais moi-même d'éliminer la
corruption de cette ville. Je ressentis soudain l'absurdité de la
situation, sans doute nous combattions pour les mêmes raisons sans même
le savoir.
Sous l'effet de la surprise, je ne pu éviter l'attaque et son ami
vint lui prêter main forte.


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L'assaut des deux comparses faisait son effet, je tentai de les
contrecarrer mais ma lame était bien plus difficile à manier qu'une
épée, le rythme devenait plus serré et je savais que je n'avais plus
droit à l'erreur. Ma vie ne tenait bientôt qu'à un fil, ma vision
devenait trouble. Voilà ce que je recherchais, le grand frisson de la
mort, je sentais la main froide de la Mort me caresser... la prochaine
attaque me serait fatale. Je fis mine de reculer mais un rapide petit
pas en avant surprit l'un des gardes enragé. Je l'empoignai pour le
jeter sur un mur à proximité, le choc le fît tomber à terre et je
profitai de sa vulnérabilité pour l'achever avec ma lame. Il n'en
restait qu'un. La pauvre âme qui s'avançait maintenant vers moi ne
devait plus avoir toute sa tête, il m'attaqua avec toute sa rage et je
récompensai sa témérité en creusant sa tête avec ma lame.
J'étais entouré de quatre dépouilles. J'avais encore une fois ôté
la vie, je retrouvai mon honneur... la sensation d'avoir vécu au rythme
de mes ennemis me rendait plus proche d'eux. Que de paradoxes dans ma
mission, ces combats en sont une preuve de plus.

Plus tard, je fus surpris de voir que ma nouvelle façon de
combattre devenait elle aussi mécanique. Si je ne trouve pas ce que je
cherche dans cette vie, peut-être le trouverai-je dans une autre ?

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