Bonjour,

Aujourd'hui, je souhaite rebondir à une interview donnée récemment par Jonathan Blow au journal français Libération. L'article est paru sous le titre « Ces jeux détériorent la qualité de vie » et rédigé par Erwan Cario. Il est paru dans Libération du 7 avril 2011.

Vous pouvez le retrouver sur le site du journal à l'adresse suivante :
http://www.ecrans.fr/Ces-jeux-deteriorent-la-qualite-de,12446.html

Pour rappel, Jonathan Blow est à l'origine du jeu multi-récompensé Braid. Depuis quelques temps déjà, il donne régulièrement son point de vue sur la création de jeux et se bat plus précisément contre les jeux tels que FarmVille et CityVille. Ils dénoncent leur pauvre système de récompenses servant à attirer et conserver les joueurs. Ce type de jeux lui semblent contraire à l'éthique.

 

Pour ceux qui n'auraient pas le courage ou l'envie de lire son interview, je me permets de vous en extraire quelques phrases clefs. Il s'agît d'une sélection subjective :

« Le raisonnement qui a abouti au mécanisme de Farmville n'a jamais pris en compte ce que le jeu pouvait apporter au joueur, que ce soit en terme de plaisir ou d'expérience, il a simplement cherché à optimiser les rouages pour diriger le comportement des joueurs et profiter au maximum de leur temps libre. Et ce temps-là est précieux. L'utiliser pour une activité aussi vaine ne peut être une bonne chose. »

« Dans mon cas personnel, je crois au fait de vivre ma vie d'une façon raisonnable et éthique, que ce soit dans mes activités personnelles ou professionnelles. Et si je gagnais ma vie avec un jeu comme Farmville, je serais déprimé et je me sentirais coupable tout le temps. »


Maintenant je souhaite partager avec vous mon point de et mes doutes. J'ouvre le bal en espérant que vous serez nombreux à suivre en donnant à votre tour votre avis. Cet article me semble une bonne occasion de parler des jeux Facebook et autre Free2Play.

1° Qu'est-ce qu'un jeu éthique ?

J'avoue ne pas m'être foncièrement posé la question avant de lire cette interview. Il existerait donc des jeux éthiques et des jeux qui ne le sont pas... Jusqu'à maintenant, je me posais plus la question de savoir si le jeu qui est entre mes mains répond ou non au besoin qui a motivé mon acte d'achat. Par exemple quand j'achète GTA ou SHIFT extended, je n'attends pas la même chose. Tous deux répondent à des besoins personnels différents (s'évader, me distraire, me faire vivre une vie exceptionnelle, m'obliger à réfléchir...). Dans ces conditions, GTA « pourrait » me décevoir et non pas « SHIFT extended) même s'il est impossible de nier que ce dernier est nettement moins riche et poussé que le 1er. Ils ne sont pas censés m'apporter la même chose et j'en ai conscience lors de l'achat.

A cette réflexion, le concepteur de Braid m'invite à réfléchir sur la motivation des concepteurs de jeux. Que cherchent-ils ? Me faire plaisir et/ou me faire dépenser le plus possible ? Honnêtement comment imaginer qu'un développeur/éditeur puisse décider de financer la conception d'un soft sans espérer au moins rembourser les frais qu'il aura engagé. Même les petits indés ont besoin de vendre pour manger et financer de futures créations. Dans ces conditions, je trouve normal que les créateurs d'un AAA ou d'un jeu conçu dans un garage disent qu'ils doivent le vendre et gagner de l'argent.

Si je pousse la réflexion, je peux en déduire qu'un jeu non-éthique est un titre conçu uniquement pour générer de l'argent le plus longtemps possible et sans prendre en compte le plaisir du joueur. En effet Jonathan Blow  associe un jeu comme FarmVille à une sorte de drogue qui vous donne artificiellement du plaisir. 

« Sous des dehors sympas qui semblent rendre le joueur heureux, c'est finalement un produit qui détériore sa qualité de vie. »

Selon cette optique, l'essentiel des jeux intégrant un univers persistant ou quasi-persistant pourraient être considérés comme « non éthiques ». Je parle des softs demandant aux joueurs de revenir régulièrement car le système et leurs amis influencent à chaque instant leur propre partie. Seraient donc concernés des jeux comme WoW, Guild Wars et même Call Of Duty. Le côté persistant et addictif de ce dernier réside dans le système de classement en ligne. Certes le joueur ne revient pas récolter du blé, mais il revient pour assurer sa place, voire en gagner, dans le classement en ligne.

Je trouve donc cette manière de classifier les jeux trop simplistes. Il y aurait les gentils petits jeux et les gros méchants avec des fonctions en ligne. Un système de pensée totalement manichéen auquel je n'adhère pas.

Dans un studio ou chez un éditeur, certains sont plus orientés sur la création et le plaisir à procurer aux joueurs (équipe de développement et marketing) et d'autres sur des questions de rentabilité (service financier et administratif). Je ne voie donc pas comment dire au final si un projet est éthique ou non selon la classification de Jonathan Blow.

En tant que joueur, je préfère en revenir à mon postulat de base : est-ce que le jeu que j'ai acheté répond à mes attentes ? Petit jeu, grosse production, MMO, Free2Play, appli iPhone... la question reste selon moi toujours la même. Je veux en avoir pour mon argent quel que soit le montant dépensé.

 

2° FarmVille, un jeu nocif ?

J'ai du mal à comprendre pourquoi FarmVille serait plus nocif que n'importe quel autre MMO. Comme expliqué précédemment ce titre fonctionne de la même manière que WoW et Guild Wars. Leurs créateurs ajoutent régulièrement du contenu afin d'en augmenter l'intérêt et de proposer du contenu original aux joueurs qui ont atteint les niveaux les plus élevés. Le joueur qui en a assez peut décider d'arrêter de jouer. Rien ne les oblige à continuer. 

Forcément le fait d'être solliciter par le système et ses amis va nous pousser à continuer à jouer. Mais il en est de même pour beaucoup d'autres choses. Nos amis peuvent aussi nous pousser à jouer au poker, sortie au cinéma, participer ensemble des soirées bien arrosées... C'est un effet d'entrainement qui n'est pas spécifiquement propre aux jeux de Zynga. Le parallèle est d'ailleurs très simple à tirer avec les guildes de joueurs de MMO.

Si l'on souhaite approfondir cette réflexion, on peut s'appuyer sur la pyramide de Maslow et les besoins auxquelles répondent les jeux vidéo en général et ces titres, plus spécifiquement. On peut globalement dire que les jeux comme FarmVille permettent aux joueurs d'être reconnus comme appartenant à un groupe et pour certains, de sortir du lot et de gagner la reconnaissance des autres grâce à leurs performances de joueurs. De leurs côtés les jeux offline et solo comme Bread permettent surtout de gagner en estime de soi quand on parvient à terminer un niveau et/ou le jeu complet. On retrouve globalement de même mécanisme avec les jeux dits old-school où le plaisir réside avant tout dans le fait de se surpasser. Les jeux actuels avec des fonctionnalités on-line se basent quant à eux sur une tendance à se montrer et à revendiquer que l'on est meilleur que les autres.

En résumé pour moi, les jeux en ligne tels que CityVille répondent à des besoins spécifiques qu'on ne peut pas comparer avec des jeux aussi atypiques tels que Braid. Ce n'est pas parce que ce genre de softs ne nous plaît qu'il n'a pas le droit d'exister. 

Personnellement je n'y trouve pas d'intérêt. Cela ne m'empêche pas pour autant de comprendre que d'autres catégories de gamers prennent du plaisir avec. C'est une question d'empathie. Il n'est pas toujours évident de se mettre à la place des autres et de comprendre ce qui peut les motiver ou non. 

J'ai l'impression que le créateur de Braid s'attaque à FarmVille et CityVille parce qu'ils sont destinés à un public de joueurs occasionnels, essentiellement féminin. Ils me semblent plus faciles à attaquer que WoW face à des gamers et des journalistes spécialisés. Surtout que les jeux de Jonathan Blow visent certainement plus l'auditoire de WoW que celui des softs de Zynga.

Bref, FarmVille ne constitue pas selon moi un jeu nocif. A contrario, America's Army est un jeu dangereux à cause de son idéologie (recruter des soldats et faire la promotion de l'armée américaine grâce à un jeu vidéo). L'idéologie qu'il véhicule me choque et me semble en décalage avec le but premier des jeux vidéo. Dans le cas de soft, je pourrais considérer être face à un soft non-éthique. Il ne cherche pas forcément à plaire ni à se vendre. Il répond à une stratégie qui va bien au-delà du jeu. Il se sert du jeu vidéo pour toucher les joueurs et les amener vers quelque chose qui n'a rien à voir.

 

3° Comment faire des jeux Facebook selon les critères du créateur de Braid ?

En lisant son interview et en s'intéressant à ses précédentes productions, j'ai le sentiment qu'il faudrait créer des jeux avec une durée de vie prédéfinie et ne permettant pas de rajouter de contenu additionnel ultérieur. Il s'agît d'une déduction personnelle.

Je trouve cela dommageable pour les joueurs qui souhaitent s'inscrire durablement dans un univers. Je ne comprends pas pourquoi il faudrait limiter la durée de vie d'un jeu et ne pas proposer occasionnellement du nouveau contenu à condition que les apports soient réels.

Par contre je souscris à l'idée qu'il faudrait savoir à l'avance si un jeu a été conçu pour accueillir ultérieurement du contenu additionnel. J'en veux pour exemple Prince of Persia sur XBOX360 et PlayStation3. Il fallait acheter l'épilogue du jeu en téléchargement pour découvrir la véritable fin. Il me semblerait plus logique de prévenir les joueurs de ce parti pris avant la sortie du jeu d'origine. Je ne pense pas qu'il soit « éthique » de laisser le joueur face au fait accompli.

J'ai ouvert le débat en donnant mon avis. C'est maintenant à vous de réagir ! Qu'en pensez-vous ? Quel est votre avis sur les propos de Jonathan Blow ?

 

@+
David de la Team Zallag 
http://www.facebook.com/zallag
Un dernier petit message pour les amateurs de BD:
http://fr.ulule.com/gods-vs-humans-la-bd-en-vrai-sur-papier/