Il est des expériences de gamer qui restent, de celles qui marquent au plus profond notre mémoire. Il est vrai que le jeu vidéo, comme le cinéma à ses débuts, se cherche et se définit généralement en terme d'art qu'en quelques rares occasion, lorsque le médium s'emplit d'une profondeur artistique qui fait défaut à bon nombre des productions de cette industrie.

Heureusement, il est de moins en moins rare de voire le jeu vidéo prendre les allures qu'il mérite : celles d'un ambassadeur de l'art, véhicule de la pensée créatrice d'individus au talent indéniable pour trouver de nouvelles façons de raconter une histoire, de nouvelles formes de représentation visuelle. N'en déplaise à ses détracteurs , le jeu vidéo est en train d'atteindre une maturité artistique hors du commun depuis quelque peu, et ce grâce à la réduction drastique des couts de production d'un jeu vidéo et de la multiplication des supports et plateformes sur lequels ce médium est  "consommé ". J'entends par là qu'un jeu vidéo peut être développé sous tout support et que , au même titre que le cinéma indépendant, un jeu vidéo développé avec de faibles moyens peut très bien se montrer l'égal (voir plus!) d'un blockbuster en terme de puissance émotionnelle et de profondeur  de la « mise en scène » vidéo-ludique.

 

Si je vous fait part de mes réflexions sur le sujet aujourd'hui, c'est parce que j'ai pu m'essayer à un jeu qui va dans le sens de ce progrès, qui invente sa propre forme de représentation : But That Was

 

Que dire ? Ce petit jeu flash, qui ne vous prendra pas plus de 10 minutes de votre temps, est un pur chef d'œuvre à mettre au compte de son génial inventeur Michael Molinari. Car c'est aussi ça le jeu vidéo d'aujourd'hui : l'émergence croissante de la place de l'auteur et de son rôle fondamental à la création d'un univers ludique : Peu à peu le jeu vidéo sort de son statut de « jeu-jouet » dédié au monde de l'enfance et s'engonce un peu plus chaque jour vers une (petite) porte de sortie, et intéresse même parfois les plus réticents des médias généralistes... Même si la route à faire reste  très longue pour une reconnaissance totale du jeu vidéo en tant qu'art et non plus seulement industrie.

 

En attendant, retour sur But That Was

 

 

Splendeur vidéoludique donc, qui à l'aide de simples animations nous fait ressentir de puissantes émotions, ce qui est plutôt rare lorsque la représentation est faite de « bouts de ficelles » en flash ! Il faut dire que l'élégance visuelle est de mise : superbes décors pastels et colorés, et transitions visuelles d'un univers à l'autre sont très bien pensées .Entendez par la que le jeu n'est en rien « réaliste » au sens Next gen du terme, mais son approche originale et immersive dans la journée de cet homme nous fait ressentir quelque chose de fort, et qui est aussi du à la très bonne musique accompagnant l'expérience. Ce choix de l'auteur de nous faire vivre une journée dans la peau d'un quidam ordinaire, nous renvoie aussi à notre propre perception de la vie, et par extension à notre histoire personnelle. C'est en ce sens que le jeu se veut une formidable évocation de la mémoire et l'imagination : Un voyage ordinaire en somme, qui nous rappelle à notre condition d'humain. L'expérience sensorielle prend le dessus sur les "bas instincts" habituels et les réflexes conditionnés de joueurs de jeux vidéo que nous sommes.

 

Selon moi il s'agit bien d'une expérience de vie racontée à travers le médium du jeu vidéo. Belle, triste, parfois rayonnante et souvent injuste... mais qui vaut le coup d'être vécue.