Tout beau, tout neuf,
après avoir lu les différents avis de bloggeurs qui s'enflammaient à son sujet,
je me suis jeté avec beaucoup d'intérêt sur le premier numéro d'Icare Mag. Et
je ne m'explique toujours pas cet engouement. Soyons déjà clairs : Icare
Mag #1 m'a plu, beaucoup, et je serais sans aucun doute dans moins de 3 mois en
possession du numéro 2. Seulement, loin d'une part de certains procès d'intention
(car c'en était bien un) qui l
ui ont aussi été fait, je m'étonne d'autre que certains
Gamebloggeurs avertis soient passés outre ses défauts
de la sorte. Je m'explique.

Icare Mag cherche à mettre en évidence et à analyser les
côtés artistiques du jeu vidéo, en s'intéressant tout Très belle couv' d'Icare Magd'abord à une saga, God
of War pour ce premier numéro. Le magazine s'ouvre ainsi sur l'un des articles
les plus intéressants de celui-ci : un autoportrait de Kratos (certains
préfèrent d'ailleurs préciser que cet autoportrait est réalisé à la première
personne :P ). Celui-ci arrive à tenir sur le fin bout de ficelle qui sépare le
très bon de l'exagération. Moult accumulations grandiloquentes viennent ainsi
ponctuer ce récit, dont l'approche du personnage de Kratos est très réussie, et qui parvient cependant étonnamment à éviter la lourdeur, même s'il oscille
parfois un peu trop vers l'excès.

Cet autoportrait a une autre qualité, celle de mettre en
évidence certains thèmes de la saga. On voit que l'auteur a bossé sur son
texte, a cerné ces points cardinaux, mais il oublie complètement de les traiter
en profondeur, ce qui donnerait un véritable intérêt à cet autoportrait.
Cependant, on comprend par la suite que cela est excusable, étant donné qu'Icare
se refuse à aller plus loin que la saga, dont on nous explique par la suite les
incohérences, les hauts et les bas dans la narration, etc. , nous montrant
ainsi que ce qui n'a pas été fait. Icare Mag tente de consacrer comme art l'intégralité
d'une culture qui n'a pas toujours la prétention d'en être.

On retrouve exactement la même chose dans la nouvelle :
la psychologie des personnages est simpliste et le vécu du personnage ne
transpire pas du texte. Ressent-on cette peur mêlée d'attirance pour la mort
qui anime le personnage, comme on vit les tribulations des plus grandes figures
de chaque art ? Non. Voila ce qui manque.

Un mot résume l'aspect littéraire du magazine :
plaisant. Et le mot est choisi. Plaisant parce que l'abondance et la richesse
du texte font qu'il nous accroche, nous intéresse et garde des qualités
littéraires, mais la grandiloquence cache un manque de fond réel à ces
histoires. Désir de ne pas dépasser ce qu'a instauré la saga, ou manque d'expérience
de la part de l'auteur ? (quand je parle d'expérience, je ne parle pas d'expérience
dans l'écriture). On me dira cruel de juger cela comme je jugerais d'un livre,
mais c'est bien l'une des ambitions que j'ai ressenti en lisant Icare Mag.

Enfin, petit avis personnel : Icare Mag utilise
fréquemment le récit à la première personne, sous des formes différentes
(autoportrait, lettre, journal, etc. ), mais je dois avouer que certaines
précautions oratoires (prisent à l'écrit) m'agacent. Je dis précautions
oratoires dans le sens où l'auteur tente de faire croire à la réalité de son
récit, comme quand il est expliqué que Kratos contrôle par télépathie la main
du journaliste. Mais cela n'engage que moi. Au contraire, l'avis du critique
dans le journal de Jason, faisant office de test pour Rise of The Argonauts,
est assez bien amené et m'a fait llargement sourire.

De l'autre côté, Icare Mag a également un intérêt informatif,
dans son analyse du jeu vidéo. Sur la saga God of War tout d'abord, qui
commence par un descriptif des différentes versions de l'épopée de Kratos à la
première personne. Bon, d'accord, bien rédigé, article informé et intéressant.
Suivent les critiques de chaque épisode de la série, très précises et pointues,
faisant presque oublier la passion du rédacteur pour GoW (heureusemnt qu'il la
réaffirme dans le courrier des lecteurs !), et qui permettent de suivre
pas à pas les circonvolutions de la série. Enfin, un long article est dédié à
la vraisemblance mythologique de GoW, dans laquelle sont critiquées les
ambitions du créateur (qui disait vouloir créer une « tragédie antique »),
le chara design des Dieux, la véracité des informations quant à la mythologie
antique, expliquant en quelque sorte l'autoportrait très limité. Seulement, même si
l'on en arrive à la conclusion que GoW ne cherche même plus à garder cette
véracité, on nous parle de tragédies antiques sans parler d'hybris, et de  mythologie sans évoquer, ou rapidement, leur
valeur didactique ... ? Section au final intéressante par le travail que l'on
ressent derrière, même si elle garde quelques défauts.

La seconde partie du magazine (enfin, on y arrive !
mais la première en occupe plus de la moitié) est consacrée à un thème, la
mythologie grecque (vous auriez du mettre antique, c'est plus passe-partout)
dans les jeux vidéo. Cependant, s'il est précisé dans l'un des articles que l'on
ne se contentera pas d'une liste ... et bien on se contentera d'une liste pour
les deux articles de fond, regroupant d'abord les jeux qui utilisent la
mythologie grecque, voire des noms issus de cette mythologie (et sans aucun
commentaire sur la pertinence de cette exploitation), puis d'un regroupement
des jeux utilisant la boîte de Pandore (et ce avec quelques remarques ... mais
aucun jeu n'a réutilisé cette boîte pour ce qu'elle était, le conteneur de tout
les maux).

Cependant, son intérêt est reQuant aux artworks ...levé par une batterie de tests
aux styles variés, ce qui égaye la lecture, et qui ont l'intérêt de tests
normaux, exception faite de celui de Rise of The Argonauts (écrit à la première
personne, déjà évoqué), et des amateurs de l'Antiquité (ou des sandales en
cuir). Une section pas franchement blanche, pas franchement noire, mais qui
tombe dans les mêmes pièges que certaines rétros d'IG Mag.

Enfin, l'Icareview, interview fleuve d'un artiste chez
Ubisoft ayant entre autres travaillé sur Assassin's Creed, Prince of Persia ou
encore le dernier opus de Splinter Cell, nous en apprendra beaucoup plus sur le
travail personnel ainsi que le parcours qu'a effectué Xavier Thomas, que sur
les entrailles de la création de jeu vidéo, ce qui personnellement m'intéresse
beaucoup plus, et je dois dire que cette interview m'a comblé. Quant aux
questions, ne vous attendez pas à quelque chose de fantasmagorique, mais le
travail est là aussi bien fait.

Allez, quelques derniers petits points et je me tais !
mais vous aurez compris que si j'en parle aussi longuement, c'est que le
magazine m'a passionné.

Second paragraphe qui n'engage que moi : l'humour. Les
prévisions sur le futur de la série (qui tiennent autant du sérieux que du
trait d'esprit), ainsi que le courrier des lecteurs, pour ne prendre que ces
deux exemple, ne m'auront fait rire que de façon très espacée, et je ne parle
même pas de la critique de Spartan Total Warrior (c'était pas la peine d'en
faire n'importe quoi, un peu de finesse n'aurait pas été de trop ^^). Mais ici
aussi, il n'y a qu'une seule personne que ces propos engagent, et il s'agit de
la mienne.

L'orthographe : si les quelques fautes ne gênent pas la
lecture, on les remarque tout de même assez fréquemment. En plus de quelques
virgules qui manquent à mon goût, on croisera un @ se baladant en plein texte,
un « bas » qui blesse (les femmes sont plus vicieuses que l'on ne le
croît)(au passage, c'est bien un « bât » qui blesse), et encore
quelques fautes d'accord. Ce sont des petites erreurs, très espacées et peu
nombreuses, surtout dans un magazine aussi long (130 pages et c'est écrit
petit), mais il y en a assez pour qu'on le note.

Enfin, le magazine se clôture sur un court paragraphe
parlant d'une libraire fréquemment attaquée. Si je n'ai pas trouvé le passage
critiquant la rumeur parlant d'un acteur africain incarnant Kratos, et si le
fait de parler de cette pauvre dame ne me gêne pas tant, c'est la mini-diatribe
aux accents politiques très prononcés qui me gêne. Que je sois d'accord avec
elle ou non (et en l'occurrence, je ne le suis effectivement pas), je pense que
sa place n'est pas dans une revue consacrée au jeu vidéo, laissée seule ici, sans
rien pour la contrebalancer.

En me relisant, je me
sens assez cruel envers Icare Mag, mais c'est un peu ce qui leur est arrivé
dans la rétrospective God of War : je l'aime bien, je m'y attache, et je n'en
vois que plus les défauts. Je n'ai pas ressenti cet engouement que décrivait
Skywilly dans son blog (je ne le vise pas personnellement, c'est simplement le
premier à en avoir parlé) qui lui faisait passer outre tous les légers défauts
du trimestriel, peut-être parce que la dimesion littéraire du mag n'a pas réussi à me transporter d'un bout à l'autre : littéralement plaisant mais littérairement limité, sa lecture
vous fera tout de même passer un (très) agréable moment et enrichira grandeme
nt
votre culture générale. C'est juste bien dommage que quand la passion transpire
autant d'un objet, ne serait-ce que par sa mise en page, qu'Icare Mag ne soit
pas distribué sous forme de mook, ce qui rajouterait à la collectionnite aïgue
dont la jolie maquette pleine d'artworks inédits rappelle chez moi.

Qu'est-ce que je dis,
moi ? Non non non, 7 €, c'était très bien, c'était rond, c'était
beau, 7 ...