Les magasins de jeux vidéo d'occasion sont déjà de moins en moins nombreux à Akihabara. La politique des codes à usage unique aura-t-elle raison de ce marché de passionnés?

 

Bonsoir à tous,

Ma petite visite quotidienne des news jeux vidéo m'a amené ce soir vers un article paru sur les sites 20minutes.fr et pockett.net et beaucoup moins anodin qu'il y paraît. Vous savez tous, sans doute, que le principe du code à racheter pour accéder aux fonctionnalités multijoueurs de titres acquis en occasion est devenu une désagréable habitude chez certains éditeurs tiers. L'objectif, vous n'êtes pas non plus sans l'ignorer, vise clairement à "taxer" ce marché qui nous fait de l'oeil et nous permet de suivre l'actualité des sorties sans totalement nous ruiner. 

En soi, que les éditeurs veuillent une part du gâteau de ce business qui leur échappe pour l'instant très largement est compréhensible. Je dirais même, en me faisant l'avocat du diable, que cela peut être assez légitime puisque ce sont les fonctionnalités online, synonymes de frais pour les éditeurs, qui sont concernées. De plus, la possibilité de payer quelques euros suplémentaires afin de disposer d'un jeu totalement fonctionnel a le mérite d'exister, car elle garantit au final une certaine durabilité du titre, quand bien même il passe de main en main.

Dans cette news (http://www.20minutes.fr/article/755877/psn-pass-sony-vise-shooter-marche-jeu-video-occasion), l'on apprend cependant que Sony projette de se lancer lui aussi dans la pratique. Le constructeur japonais prévoit d'ici la fin de l'année de lancer son PSN Pass -pour la première fois avec le jeu Résistance 3-, qui  associera pour chaque jeu du constructeur un code lié au titre et le compte d'utilisateur du joueur. Rien de bien nouveau, vous me direz, ce à quoi je répondrai que si, justement: le fait qu'un acteur majeur du marché comme Sony se fasse le promoteur d'une telle stratégie a de quoi inquiéter sur l'avenir de la pratique du retrogaming. Pour une raison simple: Sony légitime et cautionne la démarche lancée prudemment par les éditeurs tiers, qui pourront donc aller plus loin encore dans leur logique de guerre contre l'occasion ces prochaines années.

Comprenons-nous bien sur ce point: ce que je vois, à terme, dans cette stratégie, c'est rien moins que la suppression de ces codes d'activation pour les jeux achetés en occasion -ils se vendent de toute manière assez mal, apparamment- ainsi que des restrictions d'usage de plus en plus massives pour ceux qui continueront à économiser quelques euros en achetant le jeu de leurs rêves en deuxième main. D'où deux interrogations. Primo, les petites enseignes qui font notre bonheur encore aujourd'hui ont-elles de l'avenir, la stratégie des éditeurs-constructeurs visant assez clairement à faire revenir le client vers l'achat de logiciels neufs? Secundo, qu'adviendra-t-il d'ici quelques années de ces titres, amputés de certaines fonctionnalités, lorsque des collectionneurs comme ceux qui ne jurent aujourd'hui que par les Neo Geo et autres Nec voudront à nouveau s'y adonner? Les trouver, sans magasin d'occasion, n'aura déjà rien d'évident, et profiter de leur contenu intégral sera tout bonnement impossible, à moins de passer par le hack du jeu et du support... A condition que la répression style GeoHot n'ait pas décimé la communauté des "pirates" bien intentionnés. Pour faire court, c'est toute l'Histoire future du jeu vidéo qui est menacée.

Il y a bien une troisième voie qui me vient à l'esprit, lorsque je regarde d'un peu plus près les pratiques commerciales actuelles: la remise sur le marché, en version soit-disant réactualisée, de certains de ces logiciels qui seront passés à la postérité. Mais là encore, certains, pas tous. Nuance fondamentale, car l'Histoire, quelle qu'elle soit, ne peut pas être le fruit d'une vision unique et monopolisée par un seul narrateur, en l'occurrence le marché. Le jeu vidéo n'est pas uniquement jalonné de ses grands succès commerciaux, il a aussi su forger sa culture dans la confidentialité de certaines productions à dimension artistique -j'ose employer le terme- qui n'auront sans doute pas la moindre chance de passer à la postérité, rentabilité oblige.

Je force sans doute un peu le trait, et je peux aussi me tromper. Mais en tant que rétrogamer convaincu, je redoute l'éventualité de la disparition de ce marché de l'occasion qui fait mon bonheur, ici et au Japon, depuis bien des années. Une simple piqûre de rappel, donc, et un appel à la conscience des joueurs: si vous décidez d'acheter certains des titres concernés par ces nouvelles pratiques commerciales, essayez de vous rappeler que c'est peut-être bien la mort d'une certaine culture du jeu vidéo que vous êtes en train de cautionner...