Hello tous,

En ces jours de canicule, rien de tel qu'une petite séance de cinéma dans une salle climatisée pour échapper deux heures durant à la moite torpeur qui nous étreint. C'est , en somme, la raison principale qui m'a amené à (re)voir Only God Forgives (dont j'ai déjà parlé ici même), mais aussi Pacific Rim et Wolverine, le combat de l'immortel. Or, si les longs métrages de Refn et de Del Toro suscitent une certaine adhésion des spectateurs, il n'en va pas de même pour la dernière sortie solo du X-Men griffu incarné par Hugh Jackman. Ceci alors même que le réalisateur James Mangold (3h10 pour Yuma, Walk the line...) est aux manettes. Ce qui devrait être un gage de qualité.

Evidemment, c'est un brin circonspect que je m'en suis allé découvrir la chose, échaudé comme il se devait par une critique parfois assassine, mais aussi par des retours spectateurs peu élogieux. Car j'ai dû lire à peu près tout et son contraire - quoique uniformément négatif - concernant le film : ici "mou du genou", là "succession décérébrée de scènes d'action", ou encore mal interprété, mal écrit... Le pompon, c'est un commentaire facebook qui m'a été adressé : "J'ai trouvé le film incroyablement mauvais", a écrit un de mes contacts visiblement furibard de la direction empruntée par le long métrage.

Deux heures et six minutes après le début de la projection, je restais interdit face à déferlement de critiques acerbes. Je venais de prendre mon pied comme jamais devant un film de la franchise Wolverine. Et je pense pouvoir en expliquer les raisons, à présent que je me suis un peu repenché sur le sujet.

 

Un scénario pas si bébête

Wolverine : le combat de l'immortel se veut différent des autres adaptations de l'univers X-Men au cinéma. Plus intimiste, plus réfléchi, il est aussi une transition importante dans la méta-histoire de la saga, comme nous l'allons voir. Il s'agit en effet ici de se concentrer sur le personnage interprété par Hugh Jackman et de lui offrir une aventure en stand alone qui s'inscrit paradoxalement dans la trame scénaristique de la franchise. Pas question de préquelle : Le combat de l'immortel prend place après les événements tragiques narrés dans X-Men 3. Jean Grey est donc morte des mains de Logan, et ce dernier est resté brisé à la suite de cette tragédie. Désormais, il vit en ermite dans le Grand Nord, sans doute au Canada, et ne goûte plus guère la compagnie des humains. A défaut, il leur préfère celle des ours.

C'est son passé qui l'amène à revenir auprès des hommes. En 1945, Logan a en effet sauvé un soldat japonais de l'explosion de la bombe A à Nagasaki (scène incroyable, d'ailleurs). Or, ce dernier, devenu vieux, souhaite à présent rendre hommage à Wolverine, et lui faire une offre très particulière : lui rendre sa mortalité.

Petite pause à cet instant : j'ai pu lire nombre de critiques faisant état d'une erreur de pitch dans le film, en ce sens que Wolverine est censé avoir perdu la mémoire. Je n'en suis pas si sûr. De fait, Logan est bel et bien amnésique, mais il se rappelle tout ce qu'il est advenu suite au programme Weapon X, qui lui a valu son squelette en adamantium. Or, arrêtez-moi si je me trompe, l'on sait du projet expérimental qu'il a été mené dans les années 1940, sans autre précision. A priori, rien n'empêche donc Logan d'avoir rencontré Yashida APRES avoir eu la mémoire effacée. Mais ceci nécessiterait un second visionnage, ou un complément d'info d'un gentil lecteur : je ne souviens plus si les griffes de Logan sont en métal ou en os lors de la scène inaugurale du film. Si les griffes sont en os, alors il faudra peut-être envisager l'hypothèse qu'il y ait eu, hum, une petite imprécision dans la chronologie X-Men (ce qui n'est pas bien méchant), ou alors que Le combat de l'immortel fait partie d'un autre espace-temps que celui dans lequel évoluait jusqu'ici la saga cinématographique, ce qui pourrait être bien plus intéressant. Et la thèse pourrait être justifiée, précisément, par Days of future past, le prochain X-Men qui devrait justement aborder cette thématique de dimensions parallèles et de voyages dans le temps... Et avec lequel Le combat de l'immortel doit justement faire le lien. Tiens, tiens...

Mais revenons à nos moutons. Wolverine finit par accepter, convaincu par la jeune Yukio (celle qui deviendra Wild One), de faire le voyage jusqu'au Japon pour rendre hommage au vieux Yashida et écouter sa proposition. Logan, bien que tenté, décline, et se rend alors bientôt compte que la disparition de son ami laisse un empire économique à l'abandon. La petite-fille de Yashida est menacée, son propre père - qui n'a pas bénéficié de l'héritage - étant décidé à prendre de force ce qu'il pensait lui revenir de droit. Mais les choses semblent complexes, plusieurs factions s'affrontent dans cette bataille dont on ne saisit d'abord guère les tenants et les aboutissants. Et qui se cache derrière la neutralisation des pouvoirs de régénération de Logan, à quelles fins ? C'est alors que ses facultés sont mises en sommeil que le glouton doit se battre pour sauver celle qui, peu à peu, prend la place de Jean dans sa tête et dans son coeur. Plus inquiétant encore : si la belle Mariko Yashida (Tao Okamoto) a trouvé son chevaliser servant, ce dernier pourrait bien être la véritable cible des poursuivants.

Les choses ne sont donc pas si simples qu'on pourrait le croire dans Le combat de l'immortel. En réalité, deux complots distincts s'entrecroisent, et le film met en scène - assez habilement à mon sens - les alliances de circonstance entre les différentes factions en fonction des enjeux de l'instant. Deux lignes directrices sont à suivre dans l'oeuvre, ainsi : une première trame met en scène la question de l'héritage de l'empire Yashida, opposant le père à la fille, tandis qu'un second fil directeur s'intéresse à la raison de la venue de Wolverine et à ce qui a justifié la perte partielle de ses pouvoirs (spoil : il s'agit en réalité de l'affaiblir afin de pouvoir mener à bien le transfert de ses pouvoirs vers Yashida-san, qui a intégré l'armure du Silver Samurai avec la complicité de la mutante Viper. La transmission du patrimoine du clan Yashida à Mariko est d'ailleurs ici justifiée : il s'agissait de laisser les rènes à une personne faible pour préparer le retour de Yashida san au pouvoir). Le personnage de Viper, dans cette perspective, se cantonne à un simple statut d'exécutant, ce qui justifie sa place relativement subalterne dans le film. Quand au Silver Samurai, il apparaît essentiellement vers la fin du long métrage, lorsque les véritables enjeux du complot sont révélés. C'est alors, et alors seulement, que l'action prend une dimension réellement spectaculaire. Le combat de l'immortel, en ce sens, peut dérouter, car il s'agit sans doute de l'adaptation X-Men la plus sereine qu'il nous ait jamais été donné d'apprécier. Les adeptes du "ça pète à tout-va" pourront être déçus.

 

Du Japon et de l'introspection

Et de fait, c'est parce que Le combat de l'immortel veut se concentrer sur les blessures de Wolverine. Important, car il y va de la méta-histoire de la saga X-Men. A la fin d'X-Men 3, Wolverine fait en effet défection. Il est détruit, psychologiquement parlant. Logan, pendant une grande partie du Combat de l'immortel, refuse d'ailleurs de porter son surnom. L'homme renie sa nature, ne peut plus assumer ce qu'il est. Il y a de la tristesse, de la colère, de la culpabilité. Et ce fardeau, Logan le porte depuis trop longtemps désormais. C'est pour cela qu'il est déstabilisé, presque tenté, lorsque Yashida lui propose de le soulager de son pouvoir. La promesse d'une mort douce, d'un suicide à petit feu, que lui sussurre l'image fantasmée de Jean. Le souvenir de Phoenix est devenu vénéneux.

Le combat de l'immortel se préoccupe donc de raconter ce moment de la vie de Logan dans lequel les choses vont enfin changer. Doucement, il découvre que la vie peut continuer, que sa nature, c'est de sauver, de protéger. D'abord par simple réflexe, puis parce que Mariko, avec sa sagesse toute nippone, l'invite à travailler sur lui-même, à formuler le mal qui le ronge de l'intérieur. Il y a une romance, évidemment, dans cette affaire - elle est d'ailleurs présente dans le comics également -, et force est de constater qu'elle fait mouche, aérienne, gracieuse et joliment interprétée. Il y a de la naïveté et de la candeur, c'est vrai, et Mangold n'échappe pas à quelques images d'Epinal en évoquant l'exotisme de la culture nippone, mais la chose est agréable, et surtout cohérente avec le personnage de Wolverine, que le comics dépeint depuis toujours comme un admirateur de l'Asie. Cet aspect de la personnalité de Logan, qui parle japonais, n'avait jamais été porté à l'écran. C'est chose faite, et à mon sens assez habilement.

 

L'autre avantage de ce choix scénaristique, c'est que Mangold peut s'arrêter à des détails dont ne s'embarrassent d'ordinaire guère les blockbusters de ce calibre. Qu'elles s'installent à Tokyo, à Osaka ou à Nagasaki, les différentes scènes du film font du Japon un acteur à part entière. Les rues d'Akiba, le métro d'Ueno, le centre d'Osaka et les superbes points de vue depuis le mémorial de Nagasaki rappelleront immanquablement quelques souvenirs à ceux qui ont déjà la chance de faire le voyage là-bas. Le combat de l'immortel, s'il fait le choix par moments de reconstitutions en studio pas forcément très heureuses, s'offre quelques superbes virées dans le monde réel, et témoigne de la fascination que Mangold porte à ces environnements urbains ultra-modernes et à ceux, plus naturels et riches de culture, qui font du Japon ce qu'il est. Vrai que ces moments signifient des latences dans l'action, des moments de contemplation superflus. Ils n'en restent pas moins, de mon point de vue, les signes que l'oeuvre est moins lisse, moins balisée que ce que les studios hollywoodiens ont l'habitude de produire pour les salles de ciné. On ne peut qu'être reconnaissant à Mangold d'avoir su rendre ainsi hommage au pays dans lequel il tournait.

 

En attendant Days of the future past

Toujours est-il que Le combat de l'immortel termine sur un Logan rasséréné, et prêt à reprendre du service. La boucle est bouclée, et elle permet d'amener la fabuleuse scène post-générique, qui aura le mérite d'éveiller la curiosité de tous les spectateurs, quoiqu'ils aient pensé du film lui-même : alors que Logan s'apprête à franchir un contrôle avant de prendre l'avion, les métaux alentour se mettent à trembler, puis à léviter. Logan se retourne brusquement pour croiser le regard de Magneto, qui engage la discussion et sollicite l'aide de Wolverine pour contrer une arme humaine qui pourrait bien constituer une menace terrible pour les mutants. Alors que Logan demande pourquoi il devrait apporter son soutien à son ennemi, tout se fige en arrière-plan. Et surgit le professeur Xavier, disparu dans des circonstances tragiques (du moins juqu'à la scène post-générique de X-Men 3). C'est évidemment enthousiasmant, et l'on a hâte d'en savoir davantage sur cette menace si terrible qu'elle motive la réunion des deux mutants les plus puissants de la galaxie X-Men. Le voyage dans le temps et les dimensions peut commencer...