Dans la grande famille des séries comiques deux clans se sont toujours plus ou moins affrontés. D'un côté nous avons les sitcom type Friends, tournées en décors cheaps, avec des gags soutenues par des rires enregistrés et surtout un quota de blagues/seconde souvent disproportionné. De l'autre nous avons les comédies un rien plus sophistiquées, tournées en décors naturels et en studio avec un humour plus diffus, plus subtile et souvent de meilleur qualité. Si chaque forme de comédie à ses qualités et ses défauts, il faut tout de même avouer que pour rire intelligent, il faut se tourner vers la seconde catégorie. Et dans cette catégorie il y'a un maitre étalon, une référence absolue qui est Arrested Development. Nombreux sont ceux qui considèrent cette série comme la plus drôle jamais créée. Et je ne suis pas loin d'être d'accord avec eux.

Arrested Development raconte l'histoire de la famille Bluth en se concentrant sur le destin de Michael, un des trois fils qui est aussi le plus équilibré et le plus responsable. Car dans cette famille d'entrepreneurs immobiliers autrefois très riche, plus rien ne tourne rond. Le père, George, est accusé de trahison et se retrouve en prison et il est du devoir de Michael de reprendre l'entreprise en main. Mais la tâche sera rendue très difficile par une famille complètement déjantée et son obligation de s'occuper de son fils, George Michael. La famille Bluth se compose de quatre enfants. Michael donc, mais aussi Gob le magicien de pacotille, Buster le fils à Maman névrosé et Lindsay la mère irresponsable mariée à un gay refoulé. Outre les enfants de George et Lucille, d'autres personnages graviteront dans l'univers de Michael avec entre autres Tobias, le mari de Lindsay qui a quitté son boulot de psy pour se lancer dans une carrière d'acteur et Maeby, la fille de Tobias et Lindsay qui part en vrille à cause du manque d'attention de ses parents et que George Michael aime secrètement.

Cette galerie de personnages est de loin la force principale de la série. C'est simple, du personnages principal au dernier des guests, toutes les personnalités sont attachantes, réussies et surtout hilarantes. Chacun ira de sa préférence mais Arrested Development peut se targuer d'avoir un casting parfait. Car outre des personnages magistraux et inoubliables, les acteurs qui les campent sont eux aussi au top de leur forme. Avec en premier lieu Jason Bateman, qui incarne Michael, et qui offre la subtilité de son jeu et sa maitrise parfaite de la rythmique comique à un personnage complètement dépassé par les évènements. Car le show arrive souvent à tirer son comique des regards, des temps morts, des expressions de ses acteurs, en plus de la "simple" maestria de son écriture. Il serait long et pesant de tous les citer mais il faut tout de même faire une mention spéciale pour un Michael Cera jeune et tout mignon, qui n'avait pas encore céder aux sirènes de la fadeur et qui est vraiment parfait dans son rôle de gamin un peu paumé dans la valse délirante de sa famille et de ses soucis.

Arrested Development c'est donc avant tout des personnages. Mais le show développe (hahaha) aussi un humour relativement inédit et incroyablement efficace. Mélangeant l'absurde plein de finesse, le gag cartoonesque dévastateur et parfois même la bonne grosse blague potache complètement irréaliste, Arrested est vraiment la comédie parfaite car couvrant un spectre comique assez large pour plaire à tous les publics. Personnellement c'est l'absure qui m'a le plus touché, avec un rythmique basée sur des dialogues balancés à cent à l'heure reposant surtout sur une mécanique de duo et tirant son efficacité de la réalisation du show qui pour rendre une répartie plus drôle fera un plan très rapide sur un personnage après un long plan de monologue. S'il est difficile à expliquer, l'humour de la série partage un code génétique très proche de celui de Community qui repose aussi sur l'absurde et la rapidité du montage. N'oublions pas aussi l'inventivité et la construction des scénarios des épisodes qui développent des intrigues séparées pour chaque personnage avant de toute les regrouper pour des finals en forme de feux d'artifice. Car la série a vraiment le don pour terminer ses épisodes de manières magistrales

En plus de son intelligence et de la précision de sa construction narrative, Arrested Development se constitue plein de petites qualités presque insignifiantes mais primordiales une fois mises bout à bout. Déjà, il est extrêmement agréable de constater que les évènements et les actes des personnages ont une réelle conséquence sur la suite des épisodes. Alors que la plupart des comédie n'auront pas le courage de changer leurs habitudes, les scénaristes de la série osent considérer chaque épisode comme un passé acquis et inaltérable. Si un personnage se marie sur un coup de tête, il le restera d'un épisode sur l'autre, si un autre à une obsession tenant du TOC, la série fera constamment référence à celle-ci tout au long de la série. Par conséquent le show se crée une véritable mythologie et peut même se permettre l'auto-référence qui loin d'être de la facilité renforce l'attachement que l'on a pour lui et permet quelques blagues a posteriori vraiment drôles. C'est bien simple, la série n'a pas de limite scénaristique et pousse même le vice jusqu'à blaguer sur son annulation prématurée lors de sa dernière saison. Car la Fox, fidèle à sa réputation, a annulé cette merveilleuse comédie après seulement trois saisons, nous laissant avec l'envie d'en voir plus et avec le regret de quitter cette famille si singulière. Mais point de fin hative cependant. Le dernier épisode conclue plutôt bien l'histoire et jusqu'au bout les scénaristes n'auront pas bâclé leur bébé. Du premier au dernier épisode, Arrested Development restera parfait, cultisimme et hilarant.

S'il ne fallait choisir qu'une comédie en prenant le vol 815 d'Oceanic Airlines ce serait donc Arrested Development. Drôle, intelligente, attachante et proposant des personnages fabuleux (avec en prime des guests comme Ben Stiller, James Lipton ou Charlize Theron), la série est peut être la comédie parfaite. En trois saisons seulement elle aura réussie à se construire une identité, une mythologie et une histoire cohérente, parfaitement maitrisée et se concluant efficacement. Il n'y a rien à redire et rien à jeter et il ne me reste plus qu'à vous conseiller de vous ruer sur ce défunt chef d'oeuvre qui devrait néanmois renaître de ses cendres sur Netflix en 2013. Et là je dis oui !