Et voilà, encore une saison d'écoulée pour un des plus grands show de tous les temps. Le Lundi aura désormais moins de saveur et l'impatience se mêle à la tristesse de se dire que la prochaine fournée sera la dernière. Mais ne nous laissons pas aller à l'émotion et revenons sur cette quatrième saison qui aura inquiété, bouleversé, réjouit et surtout fait table rase du passé de la série.

Passer derrière la Saison 3 était une entreprise ardue. Plus encore que la Saison 1 et 2, la troisième année à Alburquerque fut absolument magistrale de bout en bout. Et dès Juillet la reprise a décidé de donner le ton de cette saison. Avec une ouverture en quasi huis-clos, d'une incroyable férocité, Breaking Bad revenait dans une forme Olympique. Pourtant déjà on sentait que les scénaristes ne nous indiquaient pas vraiment la direction dans lequelle se dirigait l'histoire. Et toute la première moitié de saison suivra ce même principe. Il faut être clair et honnête, les premiers épisodes ont été décevant. Trop lent, ne donnant pas de réelle boussole narrative, les Américains pourraient dire que tout cela était un peu pointless. Sauf que ce jugement se basait sur un visionnage en temps réel, au coup par coup. Quand arrivera la seconde moitié, ce démarrage un peu terne prendra une ampleur nouvelle et remontera un peu en intérêt. Bien sûr cela n'excuse pas tout et clairement les scénaristes ont un peu abusé des qualités reconnues du show. Rythme lent mais cette fois mal maitrisé, personnages complexes mais trop mouvants et trop présents pour certains etc...

La principale tendance qui se dégagait était un constat clair. Walter restera en retrait, enfermé dans une paranoïa vis à vis de Gus et laissant sa place à un Jesse qui s'intégrait peu à peu à la garde raprochée de Fring. Ce changement majeur rejoins de façon cohérente l'esprit d'une saison qui tirait un trait sur les habitudes du passé. Déjà l'année d'avant, la destruction du Camping-Car était une étape symbolique, mais cette fois la série révolutionne même sa structure. Plus sombre que la précédente, le duo principal étant moins soudé qu'avant, avec un ennemi effrayant mais presque invisible, Walt perd ses repères et le spectateur aussi. Il y'a un vrai courage dans cette démarche qui semblait toutefois mal maitrisée au début.

Si la seconde moitié rattrape la première, tout n'est pas parfait même lors d'un revisionnage. On ne peut encore une fois pas excuser le rythme qui se cherchait mais surtout cette saison a recentré son intrigue de manière drastique. La quasi totalité des personnages secondaires ont été mis au placard et même Hank qui va pourtant jouer un rôle majeur à quelques moments clés ne semble pas déterminant dans l'enchainement des évènements.

Depuis son divorce d'avec Skyler, toute la dimension familiale de la série, qui rajoutait à la tension, a disparue. Et dès qu'elle réapparait en toute fin de saison elle offre des moments magiques. Comme cette discussion entre un fils et son père complètement changé depuis quelques temps. Puis évidemment cette scène inoubliable durant laquelle Walt découvre que Skyler a donné une grande partie de leur argent à Ted provoquant une quasi crise de démence chez lui.  Cette dissension dans sa sphère familiale rajoute à la mise à l'écart du personnage. Marie de son côté est invisible et ne bénéficie que pendant quelques minutes d'un retour à sa storyline sur sa cleptomanie. Ca n'a tout bonnement aucun intérêt. La saison aurait gagné a fouiller plus les autres personnages pour peut être mieux diluer son intrigue et justement gagner en rythme.

Le grand gagnant de cette saison est Jesse. Après le meurtre de Gale, le jeune homme sombre totalement. On découvre alors sa déchéance et sa maison transformée en hybride d'asile de drogués et de baisodrome à domicile. Le personnage prend de l'épaisseur et petit à petit reprend pied pour se rapprocher de Mike, l'homme de main de Gus, et rentrer définitivement dans le système de Gus. Ce n'est que lors des derniers épisodes qu'il retrouve sa place d'origine d'élève sous la coupe d'un maître, dominé à nouveau par un Walter retrouvant sa vigueur et son génie diabolique.

La relation entre les deux hommes a été particulièrement bien traîtée cette saison et rejoint la liste des changements couillus effectués. Se dirigeant petit à petit vers une séparation inévitable et très émouvante, les deux compères finiront par se retrouver pour unir leur force contre l'ennemi qu'ils pensaient leur être commun. Seulement Walt a manipulé Jesse, en empoisonnant Brock, et il pourrait bien le payer très vite.

Car cette quatrième saison prend la forme d'un véritable Puzzle. Et c'est là que réside tout son génie. Toutes les intrigues développées dans la première partie dont celle de Ted et Skyler, qui semblaient si confuses finissent par se rejoindre pour créer une seule et même image et pousser Walt de nouveau au firmament. Il y'a une maitrise incroyable de la narration qui laisse pantois. Alors qu'il semblait acculer, fini, sur le point de perdre sa bataille avec Gus et surtout dépourvu de toute idée pour s'en sortir, Walter prouve une nouvelle fois qu'il n'est jamais aussi génial que lorsqu'il est en danger. Que dire si ce n'est que les frissons sont au rendez-vous.

Pour finir, il faut aussi noter que les scénaristes ont eu le courage de terminer cette saison de manière propre et définitive alors qu'on pouvait s'attendre à un Season Finale en forme de trait d'union menant à l'explosif dénouement de l'année prochaine. Non, Gus est mort, Walt a gagné, sa chute viendra d'ailleurs. De son Cancer ? Car étonnamment sa maladie est complètement ignorée tout au long de ces 13 épisodes. Il ne tousse plus, il ne se soigne plus (sauf au début d'un épisode) et quand on voit comment rien n'est laissé au hasard par Vince Gilligan, la possibilité d'une guérison est à envisager. Sinon l'oubli est étonnant et fâcheux. Autre intrigue laissée en suspend, le passé de Gus. Maintenant qu'il est mort on voit mal comment ce passé pourrait s'insérer dans la narration, mais clairement cette phrase lancée par Don Eladio qui affirme qu'il laisse Gus en vie parce qu'il sait qui il était au Chili ne peut laisser indifférent. 

L'ultime saison aura tant de choses à raconter qu'on se demande si 16 épisodes seront suffisant. Pour une fois on ne termine pas l'année sur un twist qui nous fera compter les jours jusqu'à l'année prochaine comme pour la saison 3, mais quand même, le Lundi aura été un beau jour pendant 13 semaines.