Si vous suivez ce blog depuis quelque temps vous commencez probablement à savoir ce que nous pensons de Justified. C'est donc avec une impatience fébrile que l'on attendait cette troisième saison qui allait devoir déjouer mes pronostics de fin de saison 2.

Car en effet, malgré ses immenses qualités, la série de FX avait pour défaut principal une structure narrative très voyante qui faisait planer la menace d'une répétitivité sur la longueur. Et bien mes chers amis rassurez-vous, les talentueux scénaristes du show se sont rendus compte comme nous de ce détail et livre une fournée changeant radicalement la narration. Finies les histoires de familles et les batailles à échelle humaine, cette fois la menace se fait plus pesante et vient de l'extérieur.

Le grand méchant de la saison, Robert Quarles, vient en effet de Detroit et souhaite s'implanter dans le Kentucky. Il va évidemment se heurter aux locaux, avec en première ligne Boyd Crowder et sa bande et Ellstin Limehouse. Deux nouveaux personnages et deux figures menacantes extrêmement réussies. Vous l'aurez donc compris, Rylan est mis un peu de côté cette saison pour laisser s'épanouir cette affrontement entre gangs.

Robert Quarles est un formidable méchant. Terrifiant mais humain.

Le premier effet de ce changement de squelette narratif est la multiplication des personnages, anciens et nouveaux, et donc une complexification de l'intrigue générale. Depuis deux ans Justified se suivait relativement simplement et développait des enjeux compréhensibles sans trop se forcer. Cette fois c'est différent. Les ramifications de l'intrigue et les connexions entre personnages sont nombreuses et il est parfois réellement ardu de bien tout comprendre. Voilà donc le défaut majeur de cette troisième saison. L'histoire est trop riche, trop multiple, et on se retrouve au final avec une mise en place trop longue. D'autant que durant une grosse majorité de la saison, les scénaristes développent leurs arcs et posent des bases trop peu explicites pour qu'on puisse comprendre l'étendu de ce qui se prépare. On passe donc plus de sept épisodes à se demander ce qu'on nous raconte et pourquoi.

L'histoire n'en est pas inintéressante pour autant. Mais l'attrait principale de cette fournée réside avant tout dans ses personnages et dans son ton, plus affirmé que jamais. Il semble clair que les scénaristes ont été dépassés par leur entreprise quand on voit à quel point la fin a été expédiée, malgré une note douce-amer très belle en toute fin de saison.

Au delà de ce simple échec scénaristique relatif, on peut regretter le virage offert au personnage de Rylan Givens, héros de la série. Enfin jusqu'à maintenant. Il n'est définitivement plus le centre de gravité du show et même son intrigue personnelle avec son futur bébé et le départ de sa femme Wynona n'est pas réellement creusée outre mesure. La figure même de ce qui était jusqu'ici un cowboy invincible et courageux et remise en cause. Raylan se fait plus désabusé, moins investis dans son boulot. En gros il est plus fonctionnaire qu'avant. Il y'a bien un sursaut en fin de saison qui laissait présager un dérapage mais rapidement le personnage retourne sur ses rails. Avoir un héros plus humain est n'est pas fondamentalement une mauvaise chose, mais quand celui-ci est entouré de trognes comme Boyd, Quarles ou Limehouse, il est moins fantasmatique, moins réjouissant.

Ellstin Limehouse le boucher est encore un cran au dessus. Tout aussi effrayant mais symboliquement fort.

Car si cette saison s'est cherchée scénaristiquement sans jamais vraiment se trouver, elle a au moins le mérite d'avoir développé jusqu'à l'extrême le ton de la série. Le niveau d'écriture est très impressionnant et l'univers se fait plus stéréotypique que jamais. Le monde de Justified est un monde dans lequel on garde son calme même avec un pistolet sur la tempe, un monde où les phrases trainent et sentent le passé, comme le ton et les accents de ces voix uniques. On ne retrouve nulle par ailleurs cette atmosphère qui comme les années précédentes nous fait voyager, géographiquement et temporellement. 

Enfin un petit mot sur les nouveaux personnages majeurs introduis cette saison. Robert Quarles, gangster venu de Detroit pour conquérir Lexington et Harlan, est un méchant fabuleux avant tout grâce à l'interprétation mystérieuse et effrayante de Neal McDonough. Ellstin Limehouse est encore un niveau au dessus dans l'echelle de la terreur avec ses méthodes assez barbares et ses manières de boucher. C'est aussi le personnage qui fait le plus ressortir le thème sous-jacent de la saison qui n'est d'ailleurs pas assez abordé : La défense de sa terre face à des envahisseurs venus d'ailleurs. C'est un natif du Kentucky qui veut à tout prix protéger sa communauté, noire, persécutée pendant longtemps. Il n'est pas fondamentalement mauvais, il veut juste qu'on foute la paix à lui et aux siens. Il prendra alors de l'ampleur au fur et à mesure et restera au final une figure extrêmement profonde et intéressante de l'histoire de la série.

Cette troisième saison de Justified est donc clairement décevante mais peut ressembler à un laboratoire scénaristique pour le futur. On reste toutefois sous le charme de cet univers et de ses personnages. On regrettera tout de même la trop grande complexité de l'intrigue et le manque d'indication sur les enjeux de la saison. Il y'a eu un raté et une ambition trop grande. Le changement est au moins radical et on espère qu'à l'avenir, l'originalité ne se fera pas au détriment de l'intérêt. Justified garde quand même une place particulière à la télévision et un capital sympathie immense dans nos coeurs.