Extrêmement attendu depuis son annonce et ses premières bandes-annonces très alléchantes, Hell on Wheels avait depuis suscité quelques craintes à cause de premiers retours très médiocres. Et c'est avec tristesse qu'on découvre le premier vrai raté d'AMC qui respire pourtant la poudre, la sueur et les hommes virils. 

On pourra m'objecter tous les arguments du monde, je reste convaincu qu'aujourd'hui encore on ne peut pas faire une série Western sans être comparé à Deadwood. Oui, fondamentalement Hell on Wheels pioche dans des références plus cinématographiques comme There Will Be Blood ou Impitoyable, mais au final on regarde les premiers épisodes en repensant à la merveille d'HBO. Si la comparaison est fallacieuse elle est en plus mortelle pour la série d'AMC. HoW a pour lui une photographie plus froide, moins sépia que celle de Deadwood, ce qui lui confère un aspect inconfortable qui sied relativement bien à l'univers développé. L'univers, parlons en. L'histoire prend place à la fin du XIXème siècle alors que les premiers chemins de fer font leur apparation en Amérique. Evidemment, ces rails percent le coeur de la vaste nature de l'Ouest sauvage et attisent en outre la cupidité des hommes politiques et d'affaire. Au milieu de ces considérations historiques, la série rajoute une lichette d'histoires personnelles à l'Histoire de l'Amérique. Il y'a donc un héros, Cullen Bohannon, ancien propriétaire d'esclaves qui a combattu durant la guerre de Sécession fraichement terminée. Il est mué par l'envie de venger le viol et le meurtre de sa femme. Evidemment.

Dans le pilot (l'article ne reviendra que sur le pilot), les scénaristes balancent leurs intrigues pour commencer la saison sans avoir à faire de mise en place trop longue. On a donc le héros, l'homme d'affaire crapuleux, le noir esclave qui veut sa liberté, une mystérieuse carte, une femme fraichement veuve et des Indiens. S'il ne ressort pas un sentiment de joyeux bordel de ces multiples branches scénaristiques, il faut tout de même avouer qu'elles n'intéressent pas toutes de manière égale. La faute à un enchainement de clichés assez navrants qui rejoignent la longue liste de défauts sur lesquelles nous reviendront. Si Bohannon est charismatique, il est le cliché ultime du héros solitaire en quête de revanche. Il a le regard sombre, il parle ou plutôt baragouine en avalant ses mots, il n'a pas vu l'ombre d'une douche depuis une décennie et il fume son cigarillo en le gobant presque. Les personnages dans leur ensemble sont grossièrement dessinés et archétypaux dans le mauvais sens du terme. Au delà de cela, l'univers et la réalisation respirent trop la posture et il semble que les créateurs du show n'aient eu pour culture western que la caricature que l'on en fait. S'il fallait donc nommer un seul et unique défaut qui gâche l'expérience Hell on Wheels, il faudrait citer la caricature ambiante.

Voilà qui est dommage car la reconstitution est plutôt réussie. On sent bien l'élan du Progès et la douleur des hommes dans ces chantiers qui accueilleront le train de l'Histoire. Certes la radinerie d'AMC oblige les réalisateurs a utiliser quelques fonds verts mal incrustés mais dans l'ensembre on y est. Au fond, ce dépaysement est la seule chose qui nous retient durant ces 45 minutes d'histoires ennuyeuses, bavardes et sans force dramatique. Mais ce voyage dans le passé ne peut effacer quelques tares majeures avec tout en haut de la liste la post-production tout simplement calamiteuse. Le mixage du son est le plus mauvais que j'ai pu voir depuis bien longtemps, de sorte que certaines scènes mélangent dialogues captés pendant le tournage et d'autres réenregistrés en post-prod. Cette pratique relativement courante passe comme une lettre à la poste quand le mixage est bon. Ici on a des différences de ton et de volume des voix dans la même phrase et même quelques pistes comme des souffles ou des complaintes que les acteurs (pourtant filmés en plan large) ne prononcent pas. Il en ressort un sentiment extrêmement désagréable de travail bâclé qu'il est impossible d'expliquer par la pingrerie d'AMC.

Hell on Wheels est donc une déception pure et simple. Certes il fallait bien qu'AMC se plante un jour ou l'autre (surtout vu son karma) mais on ne peut que regretter de voir cet échec se produire avec une série qui promettait tant. Il y'a pourtant peu de choses à sauver de ce pilot qui tente de mêler la petite histoire à la grande mais qui ne diffuse que des intrigues sans finesse et trop classiques. Aucune tension dramatique, aucun enjeu majeur ne ressort de ces débuts ratés. Il est aussi scandaleux de voir à quel point le travail de production et surtout de post-production ont été bâclés. Entre une attaque d'Indiens (joués par des blancs) ridicules et un mixage audio abominable, l'abscence totale de polissage de l'oeuvre rend le visionnage désagréable. Enfin, les personnages sont un peu caricaturaux et réunissent à peu près tous les poncifs d'un genre qui n'en manque pas. A part un voyage de toute beauté dans des contrées lointaines, Hell on Wheels n'offre rien si ce n'est de l'ennui et même de l'embarras. Alors n'osez même pas la comparaison avec le mythique Deadwood, la production d'AMC a définitivement...un train de retard.