Encore une petit pépite du côté de chez FX ! Après deux saisons, je vais revenir sur ce qui fait de Justified une des séries les plus prenantes du paysage audiovisuel.

Tout d'abord il faut préciser que Justified est un pur produit FX. La série n'aurait pu voir le jour sur aucune autre chaine. Elle transpire en effet la virilité et force la créativité en n'offrant pas des moyens dantesques. Mais Justified c'est aussi une série inspiré d'une nouvelle d'Elmore Leonard, auteur qui avait déjà inspiré Jackie Brown de Tarantino. Malgré tout, on ne retrouve que le nom du héros, Raylan Givens et l'expression favorite de Boyd Crowder "Fire in the Hole" qui était le titre de la nouvelle originale. On retrouve néanmoins un certain style Leonard avec des gangsters peu ou pas idéalisés qui vivent normalement malgré leur rôle d'anges exterminateurs. Cette mise en place étant faite, revenons sur les qualités principales du show.

My sweet Kentucky

Justified raconte l'histoire de Raylan Givens, un Marshall old school à la gâchette efficace mais facile. Il travail à Miami, il est heureux mais ses plans de carrières sont quelque peu bousculer lorsqu'il abat un criminel puissant en public. Il est alors muté dans son Kentucky natal, région à l'opposé du clinquant de Miami. Il y retrouve son passé, sa famille et Boyd Crowder, un voyou Neo-Nazi qui est un des rejetons de la famille Crowder, clan ennemi de ceux des Givens. Il va donc devoir gérer les rancunes du passé, retrouver ses marques et récupérer son ex-femme Wynona dont il est toujours amoureux. 

La principale force de Justified c'est son univers. On voyage littérallement dans ces régions reculées d'Amérique où les gens vivent modestement, à l'ancienne, en jouant de la guitare et de l'harmonica sur leurs porches. Une vraie ambiance de western se dégage de la série et on est transporté dans une parcelle du monde un peu hors du temps. Pour autant, les scénaristes ne tombent pas dans la caricature en balançant tous les poncifs du western mais incorpore un peu de pittoresque dans une histoire qui prend bel et bien place de nos jours.

Le Kentucky est donc une région magnfique et Justified la retranscrit parfaitement. Mais c'est une série, pas un documentaire, il faut donc plus que de beaux paysages. A ce niveau aussi Graham Yost et son équipe sont au top niveau. Car si dans l'absolu les intrigues ne sont pas fondamentalement originales, les dialogues sont par contre formidablement écrits. Je mettrais d'ailleurs les scripts de la série dans le top 5 des meilleurs de la télévision actuelle. C'est drôle, intelligent et bien sûr tous les personnages ont leur lot de petites phrases pleines de sagesse populaire. Voilà donc les deux plus grandes forces du show, son écriture et son ambiance.

 

Une structure très voyante mais efficace

Justified c'est aussi une galerie de formidables personnages. Raylan Givens, joué par un excellent Timothy Olyphant, est un marshall qui vient d'une famille de petits malfrats sans grande envergure qui a dépassé sa condition pour être un représentant de la loi. Pourtant, tout au long de la série, des indices indiquent clairement que son atavisme "criminel" est toujours proche de le rattraper, ce qui explique qu'il soit si expéditif dans ses méthodes. Il faut être efficace, car être efficace c'est courir un peu plus vite que les gênes de gangster qui le guettent. Le meilleur personnage est tout de même Boyd Crowder, incarné par Walton Goggins le Shane de The Shield. Revoir le visage de l'acteur m'a donné des frissons de plaisir et je suis heureux de voir qu'il n'a pas perdu son formidable talent. D'abord tueur et raciste répugnant, il se transforme en chrétien légèrement fanatique après avoir frôlé la mort en prenant une balle de Raylan. Raylan qui est d'ailleurs une sorte de Nemesis de Boyd. Les deux s'attirent autant qu'ils se répulsent et même s'ils sont souvent amenés à collaborer, la tension est toujours palpable et il est évident qu'au vu des derniers évènements de la saison 2, tout cela va finir par péter. Personnage à double couche et à double jeu, Boyd balade autant le spectateur que ses proches. C'est pour cela aussi que je considère la première saison un peu supérieur à la seconde.  Bien que moins riche et profonde, elle développe beaucoup plus son aspect "lutte de clans" entre les Crowder et les Givens tandis que finalement les Bennett qui sont la famille principale de la saison deux, font plutôt leur chemin de leur côté sauf vers la toute fin où tout s'imbrique et où tout le monde est mêlé de façon plus ou moins tragique.

Ces passionnantes histoires de famille pourraient malgré tout finir par désservir la série. Car plus que n'importe quelle autre show, Justified a un squelette narratif extrêmement voyant. Un famille-Ca dégènere-Raylan est au milieu-bain de sang et/ou partie de flingues. Mais je suis quand même mauvaise langue car dès la fin de la deuxième saison, les scénaristes ont commencé à s'éloigner de leur structure de base et l'intrigue développée cette année devrait se poursuivre l'année prochaine. Mais le danger guette tout de même. Si le déroulement des saisons sont assez similaire, un des exploits de la série est d'avoir réussi a complètement changer son ambiance entre deux saisons. Entre Lexington et Harlan, la photographie se réchauffe, les couleurs se font plus jaunes et selon les périples dans la nature du Kentucky, l'atmosphère change. On en revient à ce voyage qu'offre la série qui fait qu'en plus du suspens savemment dosé on a toujours envie de voir la suite au plus vite.

Justified est donc une superbe série signée FX, remplis de trognes charismatiques (Dickie Bennett semble tout droit sortie d'un jeu Rockstar), de personnages passionnants et d'histoires de familles parfois violentes, parfois déchirantes. Sans manichéisme dans sa peinture des méchants et des gentils, l'écriture est brillante et d'une qualité qu'on ne peut qu'apprécier en ces temps de disettes créative. La série est donc un indispensable pour tous les sérievores qui veulent suivre une bonne série qui ne daterait pas du début du siècle. Prenez un billet pour le Kentucky, vous ne regretterez pas le voyage.