Rares sont les séries au potentiel aussi fort que celui de Platane. Tout était réuni pour obtenir un petit bijou de comédie, lorgant quelques fois vers le doux-amer. Une chaine déjà, Canal + étant peu ou prou les seuls à livrer des séries valables dans notre cher Hexagone, mais aussi un casting mené par un Eric Judor que j'apprécie vraiment et qui a eu l'intelligence de se séparer un peu de son insupportable siamois Ramzy pour prendre son envol. Enfin il y a un concept derrière Platane. Un concept qui emprunte tout autant à la série Extras de Ricky Gervais qu'à Louie de Louis C.K. Je ne sais pas ce qu'il en dit, mais je mets ma main à couper que Judor a vu ces deux séries avant d'écrire la sienne. Il y a ce désir de se moquer à la fois du monde, de la vie et de soi tout en plaçant l'intrigue au coeur du monde du cinéma et donc égratigner ce milieu mesquin, supeficiel et rempli de requins. Il y a donc un mélange savoureux à la base même de cette série et pourtant, elle échoue dans sa démarche. Les raisons sont multiples et la déception immense.

Pour contextualiser cet article, je vous livre un pitch du show. Celui-ci raconte donc l'histoire d'Eric Judor dans son propre rôle, qui s'apprête à tenir le rôle principal du remake de H intitulé HP. Malheureusement, après une peine de coeur causée par Lana, son ex, il va un peu forcer sur la bouteille et rentrer chez lui en caisse. Le drame attendu arrive alors, Eric se plante lamentablement dans un platane et passe un an dans le coma. A son réveil son "ami" Ramzy a pris sa place dans HP, la plupart des gens l'ont oublié, Lana ne veut toujours pas de lui et il a une société de production à faire tourner. Sans compter Flex, son beau-fère, qui vit chez lui. En vous passant les détails, il va finir par monter un projet de film sérieux, intitulé La Môme 2.0 Next Generation et la série nous raconte ses mésaventures lors du développement du film.

La comparaison est peut être mauvaise, fallacieuse ou malhonnête, mais elle sera toutefois récurrente. En effet, je ne peux pas m'empêcher de placer Platane comme étant un cocktail entre Extras et Louie. Peut être est-ce ce désir de comparaison qui me pousse à ne pas apprécier la série outre mesure tout en lui trouvant des qualités évidentes. Mais peu importe, la critique est subjective. Platane est donc avant tout le projet d'un homme, un homme sympathique, talentueux, plutôt marrant et qui comme son vrai-faux personnage dans sa série veut se payer une crédibilité.

Car si Eric Judor se moque de ces artistes comiques qui courent après leur Tchao Pantin et qui pense que légitimité rime avec sérieux, il n'en est pas moins qu'il adopte cette même démarche avec Platane. Il y a ce désir de ne pas faire que de l'humour, et d'enrober cela d'une couche de cynisme, d'auto-dérision mutilatoire et d'une analyse d'un milieu peu aguichant. Au fond, Eric rappel que l'humour est la politesse du désespoir.

C'est en cela qu'il se rapproche de la démarche d'un Louis C.K. Lui aussi met un point d'honneur, depuis sa sitcom Lucky Louie, à se foutre de sa propre gueule tout en rappelant bien que s'il est un aussi gros raté, c'est avant tout parce que la société est idiote et montée à l'envers. Mais cette comparaison n'est qu'un potentiel. Dans les faits, Platane n'atteint jamais le niveau de la comédie de FX. Déjà parce qu'elle est moins drôle, même si elle s'autorise quelques fulgurances comiques de toute beauté, mais surtout parce que Judor se concentre presque exclusivement sur sa propre personne, oubliant au passage de taper sur le monde du cinéma et la société. Le point commun entre Extras et Louie est que si elles sont d'un rare cynisme, elles mettent au centre des héros loosers certes, mais intelligents, lucides, ecrasés par un système, un milieu ou peu importe ce qui peut frustrer le développement d'un homme. Ici la balance est complètement inversée. Eric est un imbécile, mythomane, incompétent, dans un monde parfaitement terre à terre et lucide qui tente constamment de le ramener sur le plancher des vaches. Même les patrons ou représentants de chaines et sociétés comme TF1 ou EuropaCorp sont des types courtois, qui savent faire leur métier de faiseur de films de prime-time et qui ont dans les pattes une énergumène qui tente de monter un film idiot et sans avenir. Certes l'auto-dérision est une excellente chose, mais pour passer de la vile moquerie à la charge acide, il faut paradoxalement avoir le courage de se moquer d'autre chose que de soi.

Car l'autre aspect de Platane, c'est sa peinture des coulisses du monde du cinéma. Pour faire cela bien, Judor a appelé tous ses petits copains stars et offre à sa série une esquade de guests assez ahurissante. De Cotilde Courau à Monica Bellucci en passant par Guillaume Canet et Vincent Cassel, quasiment chaque épisode contient son lot de têtes d'affiche. Mais là encore, la comparaison est inévitable. Le saut de l'autre côté de l'écran a déjà été fait par Ricky Gervais avec Extras. Cela n'interdit bien évidemment pas à Eric Judor de retenter l'expérience, mais il faut y mette les moyen et le talent, talent qu'au demeurant il a. Mais le génie d'Extras tenait dans son cynisme et sa méchanceté vis à vis des stars invitées. Une actrice aussi immense que Kate Winslet était une nymphomane, Patrick Stewart était un crétin obsédé, Daniel Radcliff un petit merdeux. Gervais n'hésitait pas à se mettre le pif dans la tarte à la crème, mais il n'oubliait jamais de reserver leurs parts de cake à ses camarades stars. Ici Monica Bellucci est évidemment belle mais aussi compréhensive, écologiste, Guillaume Canet est un mec génial, pareil pour Gilles Lellouche.  Judor s'autorise bien sûr quelques folies comme un Pierre Richard opportuniste ou un Vincent Cassel barré, mais dans l'ensemble, la charge est trop faiblarde. Le monde du cinéma est alors peint positivement. C'est le personnage d'Eric qui est un con qui gâche tout ! Oui mais encore ?..

Enfin il faut aussi parler de l'aspect purement scénaristique de la série. Les personnages secondaires hors guests sont dans l'ensemble très réussis et sont incarnés par de talentueux acteurs et il faut reconnaitre que leur personnalité n'est pas mouvante comme souvent dans les comédies et qu'ils sont en plus bien intégrés dans le cours des intrigues. Au niveau comique, le constat est un peu moins glorieux. Encore une fois la série touche parfois au génie, dans ses dialogues et dans ses situations, mais un problème majeur émerge selon moi. Eric voulait avec Platane crée une série touchant presque à la comédie dramatique, encore une fois comme peut le faire un Louis C.K, mais l'arme la plus dramatique que puisse utiliser un comique pur jus reste et restera selon moi la mélancolie. Ce rire presque nerveux qui traduit autant l'hilarité qu'une certaine tristesse. Le problème de Platane, c'est que les épisodes suivent une structure extrêmement mécanique.

Tout commence souvent bien, le déroulement donne de l'espoir pour le personnage et son film mais quoi qu'il arrive, l'idiotie d'Eric et des quiproquos vont faire s'écrouler la fragile construction pour remettre tout et tout le monde à la case départ. Quand un personnage caricatural dans sa bêtise et des quiproquos sont les éléments principaux de l'humour d'une comédie, le comique ne tient plus de la mélancolie douce mais du gag. Platane est drôle parce qu'elle enchaine les gags et là encore la série touche mais la mauvaise cible. La série voulait raconter l'histoire de la déchéance d'une ancienne gloire comique qui est en réalité un looser, elle est en fait la chronique d'un Pierre Richard qui n'a pas de bol et qui nous fait rire autant qu'il nous gêne comme peut le faire un Michael Scott dans The Office. Il y a encore un manque de courage ou une mauvaise construction du plan de bataille scénaristique qui fait que Platane rate perpetuellement son destin. Peut être que cette rencontre qui promet tant arrivera dans une éventuelle Saison 2. Espérons.