Alors que la saison 3 vient de débuter sur la chaîne FX, c'était l'occasion de dresser un petit bilan des deux premières saisons de cette série qui m'a plutôt agréablement surpris, tranchant avec les habituelles série policières que l'on voit sur les autres chaînes. Et surtout, c'est l'occasion de voir que la chaîne FX propose des séries moins reconnus mais plus couillus que la moyenne, les privilèges des chaînes câblés. Je ne m'attarderais pas trop sur The Shield, une VRAIE série policière burnée comme on en fait plus, mais on peut citer également Sons of Anarchy, Damages ou le beaucoup trop mésestimé Terriers, annulé au bout d'une saison alors que la série avait un potentiel énorme.

Mais revenons à Justified. On ne peut pas parler de cette série sans parler du héros emblématique de la série, Raylan Givens, magnifiquement interprété par Timothy Olyphant, dont le rôle peut s'apparenter au premier abord à celui qu'il avait dans Deadwood, où il jouait aussi un homme de loi. Sauf qu'ici, Raylan est un marshall beaucoup plus cynique et sûr de lui. Après avoir abattu un homme de sang froid à Miami en lui ayant donné un ultimatum, Raylan est transféré dans le comté de Harlan, dans le Kentucky, là où il a passé toute son enfance avant d'entrer chez les fédéraux. Il va y retrouver ses amis d'enfance, faire la connaissance de nouveaux et surtout revoir son ancien camarade des mines, Boyd Crowder, magnifiquement interprété par Walton Goggins, le Shane de The Shield, qu'on aimerait voir plus souvent au passage (parce qu'à part Predators, on ne le voit pas beaucoup au cinéma...). Celui-ci est à la tête d'un gang de néo-nazi, et Raylan va devoir enquêter sur le meurtre de son frère, assassiné par sa femme qui ne supportait plus qu'il la batte. Evidemment, tout ça va vite s'envenimer, et Boyd deviendra un personnage bien plus complexe qu'il n'y paraît.

Justified arrive à conjuguer les affaires indépendantes avec un fil rouge qui se révèle de plus en plus présent au fur et à mesure de la première saison. Boyd sera absent une bonne partie de la saison avant de revenir et d'enchaîner avec l'intrigue principale. Beaucoup de série font ça: commencer avec plusieurs histoires indépendantes tout en dévoilant au fur et à mesure les directions de la saison. Cela permet de poser les personnages et les lieux et de s'y attacher plus facilement avant d'attaquer le gros morceau. Mais le gros point fort de Justified, c'est de proposer des histoires réellement intéressantes. Le cadre est très rafraîchissant: pas de grande ville, juste des bleds paumés au milieu du Kentucky, avec tout ce que ça comporte en ploucs et autres citoyens désireux de trouver de l'argent rapidement pour se tirer de ce trou.

Chaque épisode comporte son lot de personnages secondaires, mais la grande force est de se concentrer bien plus sur ces personnages, parfois au détriment du héros. Même si Raylan reste le personnage principal, la série ne repose pas entièrement sur ses épaules et n'hésite pas à aller voir ailleurs, même si les personnages n'apparaissent que pendant un épisode. Cela permet d'introduire un véritable background sur les seconds rôles, et de ne pas uniquement servir de menu fretin pour justifier tel ou tel criminel. Je cite en exemple l'épisode 4 de la saison 1 où Raylan se lance sur les traces d'un comptable verreux qu'il a déja poursuivi, tandis que celui-ci cherche à fuir en laissant tomber sa nouvelle vie de dentiste pour échapper aux tueurs de l'ancien cartel. Ou encore l'épisode 8 avec un preneur d'otages dans le bureau des marshalls qui force Raylan à discuter de choses et d'autres pour s'intéresser au motivation du criminel. Les méchants ne sont pas spécialement méchants, et deviennent criminels parce que la situation ne leur a pas laissé le choix. Et ça, ça change pas mal les choses.

Une fois arrivé à la moitié de la première saison, les choses s'emballent assez vite quand Boyd Crowder revient sur le devant de la scène et commence à établir une sorte de secte, où il jure qu'il fera tout pour libérer Harlan du joug de la drogue et de ses criminels. Un objectif qui le mettra en travers du chemin de son père, qui ne croit pas à sa rédemption et qui acceptera difficilement que son fils l'empêche de continuer son petit commerce. Raylan quand à lui ne croira pas non plus à son changement, et mettra un point d'honneur à le remettre en prison. Ajoutez à ça l'ancienne femme du frère de Boyd Crowder assassiné qui retrouve Raylan son amour d'antan, l'ex-femme de Raylan maintenant marié à un agent immobilier aux affaires douteuses, et le père de Raylan, véritable escroc et dont les relations avec son fils sont plutôt houleuses, et vous obtiendrez un background très riche qui reste cantoné à un panel de personnages étroitement liés qui rendent l'intrigue vraiment passionnante, avec son lot de magouilles et de crapules sans forcément jouer dans la cour du thriler. La série joue la carte de la simplicité et misera tout sur ces personnages.

A commencer par Timothy Olyphant, absolument génial dans ce rôle de franc-tireur au cynisme et à la répartie impeccable. Affublé de son chapeau dont il ne se sépare jamais, Raylan est un personnage incroyablement sûr de lui, et il en joue avec délice, n'hésitant pas à s'amuser avec son entourage avec un ton délicieusement ironique. Un rôle taillé à sa mesure. Un véritable cowboy des temps modernes, parfois imbu de sa personne, qui se fait quelquefois remettre à sa place, ayant parfois tendance à prendre les gens de haut, tant au niveau de son style vestimentaire que de son autorité en tant que marshall. Pour le coup, c'est un véritable shériff qui se croit au-dessus des lois mais qui n'a pas toujours conscience de l'époque moderne dans lequel il vit. Le fait d'avoir plac"é l'action dans ces petites villes de campagne avec ses boutiques et ce fort ressenti de "tout le monde connaît tout le monde" renforce cet aspect de western moderne. C'est encore plus vrai dans la saison 2 où l'intrigue principale est posé dès le premier épisode. Raylan sera confronté à une famille rivale depuis plusieurs générations, les Bennett. Spécialisé dans le trafic de drogue, la famille n'hésitera pas à utiliser des méthodes extrêmes pour protéger leur business, et chacun des fils possède sa propre personnalité.

Mais la véritable révélation de la saison 2, c'est Margo Martindale, incarnant Mags Bennet, la chef de famille et véritable dirigeante de gang. A la fois maternelle envers ses fils et ceux et celles qu'elle accueille, et implacable quand il s'agit de préserver ses terres et l'avenir de sa famille, ce personnage est excellent de bout en bout, et bénéficiera d'une scène finale aussi magnifique que tragique. Elle sera d'ailleurs récompensé par un Golden Globes il y a peu pour sa performance. Evidemment, les personnages réguliers continuent leur bonhomme de chemin. Boyd tentera tant bien que mal de persuader le monde qu'il n'est plus le même homme, même quand des criminels de bas étage lui proposeront un coup pouvant lui rapporter gros. Ses relations avec les Benett seront aussi complexes avec son lot de surprises et de révélations. Raylan quand à lui, verra son avenir avec son ex-femme chamboulé et envisagera la perspective d'arrêter son métier. Une place moins importante mais qui sera sûrement développé par la suite. Et évidemment, son meurtre à Miami du premier épisode continuera à planer au-dessus de lui, telle une ombre qui ne veut pas s'effacer et qui le poursuivra toute sa vie.

Justified n'arrive peut-être pas au rang de série culte mais pourrait le devenir en proposant une véritable alternative à toutes ces séries policières qui nous envahissent. Intéressante, bien plus subtile qu'elle n'y paraît e sévèrement burné, Justified étend tout son potentiel au bout de plusieurs épisodes, et réussit à garder le spectateur sous tension grâce à des personnages hauts en couleur et un cadre rafraîchissant. Et surtout met en avant un homme de loi bien couillu, et qui n'a pas peur de descendre les truands quand c'est nécessaire, même si ça doit lui coûter sa plaque. Mais le pire, c'est que ça sera toujours justifié.

Article rédigé par Cronos