Sherlock Holmes est un personnage culte. Il est surtout un de ces archétypes intemporels que Conan Doyle a sublimé de sa plume experte. Aujourd'hui encore lorsque l'on pense détective on pense Sherlock Holmes. Une grande partie de la population Occidentale a grandi ou a du moins lu une aventure de ce héros. Mais les romans n'étaient pas que de simples enquêtes brillantes. Elles avaient aussi l'intelligence de développer la personnalité d'un héros ambigûe, génial mais torturé, qui malgré son génie de la déduction et de l'observation avait des failles et des vices. Toucher à un tel monument est toujours risqué même si Sherlock a souvent été bien servi lors de ses différentes adaptations. Mais on a pu aussi constater que lorsqu'un artiste ne réussi pas à capter la profondeur de l'univers de Conan Doyle, la sauce ne prend pas et semble superficielle. En témoigne le film de Guy Ritchie sorti récemment. Steven Moffat et Mark Gatiss ont tenté quelque chose de fou. Transposer les personnages et leur monde dans notre époque. L'entreprise était fragile et le résultat scruté avec attention. Le constat final s'avère mitigé mais plein de promesses.

A l'heure ou j'écris ces lignes la série ne comporte que trois épisodes. Trois épisodes et pourtant on note déjà une qualité largement disparate. Sherlock c'est donc avant tout un pilot. Un pilot absolument génial qui comprend tout à la mythologie des personnages tout en les incrustant parfaitement dans la modernité de notre siècle. Watson n'est pas qu'un sidekick, c'est un ancien soldat médecin de la guerre d'Afghanistan qui rentre traumatisé et avec un problème de jambe qui se révèlera psychosomatique. Benedict Cumberbach et Martin Freeman campent parfaitement leur personnage et leur jeunesse est un véritable plus puisqu'elle rend crédible les nombreuses technologies utilisées lors des enquêtes. Cette technologie prend la forme d'inscriptions à l'écran rendant l'enquête, déjà merveilleusement pensée, encore plus dynamique sans tomber dans le geek bête et méchant comme la télé le fait de plus en plus. Le rythme de ce pilot est parfait, l'ambiance Londonienne magiquee, la musique parfaite et les bases posées avec brio. A la fin de cet épisode introductif on est donc enchanté et plein d'espoir pour la suite.

Malheureusement le deuxième épisode retombe de façon incompréhensible. Malgré l'introduction de Moriarty, l'enquête se révèle banale et le rythme plus poussif. De même, il est étonnant de voir que toutes les petites inscriptions comme les indications sur les preuves et indices décelées par Sherlock qui apparaissaient à l'écran lors du pilot ont quasiment disparues. La plupart des bonnes idées ont été mises de côté sans que l'on comprenne pourquoi. Reste que l'écriture est brillante, l'ambiance toujours aussi soignée et le duo Moffat Gatiss a définitivement tout compris à ce qui fait la grandeur et le charme de ce monument littéraire. Sherlock et Watson sont tous deux mués par une peur phobique de l'ennui et l'un à cause de son génie et l'autre à cause de son passé ont besoin de danger. De même, la fascination pour les meurtres de ce Sherlock consultant pour la police reflète son esprit déviant et cette impossible qu'il a à se fondre dans la normalité et la conformité de ce monde.

Le troisième et dernier épisode de la saison est un peu plus réussi même si encore une fois, l'originalité des débuts au niveau de la réalisation n'est que peu présente. Pourtant on se passionne pour ce Sherlock du XXIème siècle. Fascinante, agaçant, génial, il est fait d'autant de forces que de faiblesses, celles-ci se croisant parfois, et son affrontement final avec Moriarty offre une scène magistrale. Une bonne adaptation de Sherlock Holmes tient donc avant tout de la qualité de la restitution des personnages. Cette monture est à ce niveau parfaite. Pourtant il reste un goût de leger gâchis, ce sentiment que le potentiel n'a pas été exploité et que les fondations offertes par le pilot n'ont pas servie. De même, le diabolisme de la première affaire laisse place à des intrigues plus banales. 

Ce Sherlock cuvée 2011 offre tout de même un constat positif. Deux épisodes sur trois sont réussis dont un qui atteint de véritables sommets. Mais les scénaristes n'ont pas assez puisé dans leur potentiel, ce potentiel qui laissait présager une adaptation de haute volée. Ici nous avons tout au plus une bonne série, très british ce qui est une qualité, mais qui manque de souffle. La deuxième saison est très attendue et je suis vraiment curieux de voir si la maestria scénaristique du pilot refera surface. Steven Moffat est une des plumes les plus brillantes de sa génération l'espoir est donc permis. Puis le show distille encore une fois une atmosphère envoutante, renforcée par une bande-son de haute volée. Sherlock mérite donc le coup d'oeil même s'il a encore tout à prouver. Et autant dire que ce devrait être...Elémentaire !