J'étais déjà revenu sur la premier épisode de cette saison 2 de Sherlock qui m'avais laissé K.O d'admiration. Il restait pourtant deux épisodes pour conclure cette nouvelle fournée et chacun d'eux aura tenté d'apporter un touche nouvelle à ce que je considère définitivement comme une grande série. 

Le second épisode, écrit par Mark Gatiss, reprend l'intrigue très célèbre du Chien des Baskerville. Malheureusement, on retrouve le même effet pervers que la saison dernière. Une fois que Steven Moffat passe sa plume à son pote Gatiss, on ressent une très nette baisse de qualité. Sans être un manchot du scénario, Gatiss est à des années lumières du pur génie de Moffat qui transforme en or tous les scripts qu'il touche.

Le rythme est donc moins maitrisé, moins constant et le script en lui même est moins ingénieux dans sa construction et moins brillant dans son écriture. Reste que cet épisode à le mérite de poursuivre l'exploration du personnage de Sherlock et de sa relation avec Watson dans un cadre nouveau pour la série. Petit à petit, le "couple" se solidifie, se découvre et mène finalement à la conclusion grandiose qui suivra. Mais dans le fond, l'intrigue semble un peu vaine au vu du nombre d'épisodes que comporte cette saison. A part un dernier plan un peu tiré par les cheveux et en forme de teasing, aucune contribution n'est apportée à la construction de l'intrigue générale. On est donc un ou deux bons crans en dessous du premier épisode, même si les personnages, les acteurs et l'identité même de la série arrivent encore à charmer.

Le vrai tour de force réside dans le final de cette semaine. Final qui renforce d'ailleurs le sentiment que Le Chien des Baskerville s'insérait un peu inutilement dans la saison. Car cette conclusion reprend quasiment tous les éléments qui ont fait le succès du premier épisode avec en plus l'attrait unique d'être une fin de saison et de s'ouvrir sur une information surprenante. La réalisation est encore une fois brillante, usant sans abuser des caractéristiques de mise en scène du show. L'intro en particulier installe l'ambiance de ce feu d'artifice final qui met au centre de tout l'affrontement entre Moriarty et Sherlock. On découvre par contre un rythme plus binaire, lançant l'épisode avec calme pour déclancher le compte à rebours dans les 45 dernières minutes pleines de frénésie.

Comme il l'est dit dans l'épisode, dans un conte, rien ne vaut un bon gros méchant. Moriarty est le bad guy parfait de cette histoire qui creuse encore une fois la personnalité complèxe et unique d'Holmes. Il est le némésis parfait du personnage, comme un reflet désagréable de ce que pourrait être Sherlock au moindre dérapage. Cette ressemblance rapprochant et structurant la relation du héros et du méchant m'a d'ailleurs fait penser à Batman et au Joker. Il est possible que la parallèle ne soit pas fou tant l'interprète de Moriarty flirt avec la folie et la gestuelle d'un Heath Ledger dans The Dark Knight. Certes on a affaire à un pur génie criminel qui pourrait sembler classique, mais la mise à oeuvre du plan visant à détruire Sherlock nous emporte et l'emporte comme en un torrent fou. Le scénario enchaine les surprises, les énigmes géniales et la complexité générale de l'intrigue renforce le côté surhumain de Sherlock.

Car inconsciemment, le personnage de Holmes est devenu un symbole et une figure quasi super-héroïque dans notre esprit. Imperturbable, imbattable, froid, distant, plus machine qu'humain, au fil de la série a été établi le fait que Sherlock se prend pour dieu et qu'il en est proche. Cette construction d'un mythe autour du personnage renforce le choc et le bouleversement face à la fin de l'épisode qui nous le montre pour la première fois battu, abattu, détruit et vulnérable. Sherlock ne peut pas pleurer, ne peut pas mourir et le fait pourtant en cinq minutes, conclusion à un ultime affrontement magistral en haut d'un immeuble. Car on y croit à cette mort, elle est montrée et plus pragmatiquement on se dit que deux saisons est la durée moyenne de beaucoup de grandes séries anglaises qui ont moins de scrupules que les Américaines à ne pas tirer sur la corde. Cette fin annoncée et surprenante et rendue encore plus bouleversante par l'amitié indéfectible que porte l'attachant Watson à son camarade.

Tout ce final tire donc sa puissance émotionnelle et scénaristique des précédents épisodes qui ont construit un héros et une relation unique et masculine. On termine pourtant sur un plan final qui rassure, car oui on est HEUREUX de revoir le visage de Sherlock, et qui pose une multitude de questions. Oui la série va probablement continuer et toute cette folle course aura été sans importance majeure pour la suite, mais on ressort de cet épisode avec le même sentiment que la première semaine, on est étourdit, comme sortant d'un grand rêve, et conscient d'avoir assisté à une nouvelle leçon et à un grand moment de série.

Cette deuxième saison aura donc été d'une qualité impressionnante, à part peut être le second épisode un peu en dessous des autres. Mêlant enquêtes stand-alone à une construction mêticuleuse des personnages et des relations entre eux, Sherlock est une de ces rares séries à accorder autant d'importance au fond qu'à la forme. Chaque épisode est un morceau de bravoure scénaristique, interprété majestueusement et nous emportant comme dans une danse frénétique dont on ressort émerveillé et admiratif. Nous avons donc assisté à une année qui a encore poussé le concept de la série et qui a développé ses petits "trucs" qui font sa différence et sa grandeur. Bravo, tout simplement.