Sherlock fut pour moi une petite déception l'année dernière. Après un pilote brillant, la série mettait de côté nombre de ses élèments originaux et perdait un peu en piquant. J'attendais donc ce retour sans grande impatience ce qui n'aura fait que renforcer ma surprise à la vue de cet épisode magistral qui restera longtemps comme une leçon sérielle.

Je ne vais pas rentrer dans la critique car ce blog en contient déjà bien assez mais il faut quand même revenir sur certains points basiques qui contribuent à la formidable réussite de cet épisode. Dans le pilote de l'an passé, la grande originalité de la série reposait sur l'idée de faire évoluer Sherlock et Watson dans un monde contemporain. Cette initiative se traduisait pas une utilisation de la technologie représentée par de nombreuses inscriptions à l'écran. Cette formidable idée de mise en scène avait plus ou moins disparue du reste de la saison pour refaire son apparition dans cet épisode. Il est évident que Steven Moffat à trouvé la formule parfaite entre hommage à la légende Holmes et remise au goût du jour dans le Londres de 2012. On a donc ces fameuses inscriptions, ces effets nous permettant de voir les sms et autres articles de blogs, sans jamais en abuser. Là où l'idée devient vraiment jouissive c'est quand ces incrustations se font l'image de la pensée du génial Sherlock. Il lui suffit d'un regard pour percer à jour ses interlocuteurs. Tout simplement parfait.

Car cet épisode d'une heure et demie priviligie autant le fond que la forme. Rarement un épisode de série n'aura été aussi bien mis en scène. Les idées fourmillent à l'écran, le montage est dynamique, original, et on est emporté par cette caméra qui suit le rythme si particulier du show. Le mot exact serait envoûtant. Pendant plus d'une heure, on est envoûté, aspiré par ce qu'il se passe et par la beauté des images. Cette réalisation et ce montage soigné est le dernier bastion à conquérir pour les séries, pour enfin devenir aussi légitime et puissantes que le cinéma. En ce sens ce premier épisode de la saison restera comme une étape à mes yeux, ce moment magique où en plus d'être dotée d'une écriture hallucinante, une série aura eu une ambition formelle digne du grand écran.

Mais Sherlock c'est aussi un scénario et une plume, celle de Steven Moffat. L'intrigue de l'épisode est très complexe, difficile à suivre, et va nous permettre de découvrir un peu plus la personnalité énigmatique d'Holmes. Car une femme, sublimissime, divine, va se mettre sur son chemin. Pourtant il n'est pas question de romance ici, ou en tout cas pas comme on l'imagine. Le coeur est un ennemi, l'amour un obstacle, et cette femme (nommée La Femme), presque irréelle de beauté, deviendra dangereuse quand elle touchera Sherlock en plein coeur, lui l'homme de tête et d'esprit. Les dialogues sont ciselés, l'humour (british) est omniprésent, et le tout est rendu plus dément encore par une troupe d'acteurs fantastiques, Benedict Cummerbatch en tête. Et au final c'est cette combinaison de la forme et du fond qui fait de cet épisode un pur chef d'oeuvre. 

Cette Saison 2 de Sherlock commence donc sur les chapeaux de roue. Nous avons le droit à une intrigue complexe, qui demande vraiment de l'attention, une écriture qui force le respect et qui recouvre tous les pans possible de cet art noble, de l'humour au drame, de l'intelligence pure à la légèreté assumée et une réalisation magistrale, originale et encore une fois envoûtante. Car si l'on passe une heure trente de pur bonheur, cet épisode prend une dimension nouvelle une fois terminé, en nous laissant avec le sentiment d'avoir vu quelque chose de magique, de grand et d'avoir traversé tout cela comme dans un rêve. Cette sensation, les séries ont du mal à la procurer, privilégiant la force du présent et laissant au cinéma le privilège de créer des oeuvres qui nous accompagnent au delà de la salle. Voir Sherlock c'est donc voir les séries évoluer encore, chercher et peut être trouver une nouvelle forme, une nouvelle ampleur et une nouvelle force. Celle de l'émotion après avoir éteint la télé.