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Honnêtement, si j'avais vécu de l'autre côté de la Manche ou de l'Atlantique, je ne me serais probablement pas risqué à écrire un tel comparatif. Car chez nos amis anglo-saxons, cette simple question peut faire d'une discussion civilisée une véritable guerre civile. Heureusement nous sommes en France et je pense pouvoir développer mon avis de façon relativement calme sans risquer une mort violente dans la semaine. Je vais donc revenir sur ces deux versions d'une même série à travers quelques points qui me semblent importants. Et au final, le résultat final ne réflètera que mon avis, qui vaut ce qu'il vaut.

Deux patrons, un même esprit.

Le point principal de The Office UK comme US tient dans la personnalité de leurs fameux patrons. D'un côté nous avons David Brent, boss incompétent, flemmard et obsédé par l'envie d'être ami avec ses employés. Il a aussi le don pour se mettre dans des situations embarassantes et pour s'humilier. De l'autre il y a Michael Scott, profil relativement similaire, avec peut être un meilleur fond, un peu moins méchant et égocentrique mais tout aussi inapte au management et très doué dans l'art de se fourrer dans le pétrin.

Si le profil des deux personnages est plus ou moins le même, il y a pourtant des nuances qui font toutes la différence et qui influent sur l'esprit et l'ambiance de la série. Alors que c'est le créateur de la série, Ricky Gervais, qui tient le rôle principal dans la version d'origine, c'est Steve Carell qui met son talent au service de Michael Scott. Et quoi qu'on en dise, Gervais est une plume absolument géniale mais n'a pas forcément le génie comique de Steve Carell. C'est simple, je considère le "puceau" Carell comme le meilleur acteur comique de tous les temps et il a eu l'intelligence de ne pas être dans la pâle copie du brillant travail d'acteur de Gervais. Le résultat obtenu est une différence notable dans la diversité des situations permises par le personnage qui est par ailleurs moins monolithique. Brent joue à peu près toujours dans le même registre tandis que Scott explore beaucoup plus la multiplicité des sentiments que procure cette personnalité unique. Reste qu'on rit beaucoup dans les deux cas, mais Michael Scott me parait plus attachant, plus profond et surtout plus touchant. Car son envie de bien faire qui se termine mal le rend touchant, ce qui n'est pas le cas de Brent qui reste antipathique de bout en bout.

Victoire : The Office US

Des employés différemment employés

Derrière les personnages principaux de patrons s'agitent une petite bande d'employés qui encore une fois sont similaires d'une version à une autre. La grande différence réside dans l'importance et l'exposition de ces personnages secondaires. Dans la version Anglaise, seul David Brent sort vraiment du lot et même la parade nuptiale de Tim et Dawn n'occupe pas une place primordiale, sauf peut être dans les deux épisodes spéciaux de Noël. Dans la version américaine c'est différent.

D'abord en retrait, la troupe d'employés va prendre de l'importance en même temps que la série commençait à voler de ses propres ailes. La romance de Jim et Pam prend de l'ampleur et arrive à toucher même en restant classique, Dwight reprend la formule du Gareth de la version anglaise pour en faire un personnage beaucoup plus excité, avec un background, un passé, une famille, des plantations de betteraves et consorts. Sans oublier les Oscars, les Angela, les Creed, les Phyllis et tous ces personnages attachants qui sans être au centre des intrigues arrivent à exister et à trouver leur place dans le rythme et le ton de la série. Cette diversité de personnages et l'importance offerte aux seconds couteaux n'est malheureusement pas la même chez les british. Pourtant dès qu'un personnage secondaire apparait il arrive à faire mouche et on regrette que plus d'attention ne leur soit pas offerte.

Vainqueur : The Office US

Un humour couillu, un humour convenu.

Reste la question fondamentale de l'humour. C'est probablement sur ce point, majeur, que les deux versions sont les plus différentes. D'un côté la version originale ne semble pas avoir de limite, usant de la vulgarité, de l'humour noir et de la moquerie avec délectation, de l'autre la version américaine prend moins de risques et ne s'aventure pas sur tous les terrains. La version anglaise est donc beaucoup plus incisive, mordante et rajoute en plus de cet humour dévastateur une petite couche de réflexion sociale intéressante. Car la série est avant tout une peinture violente de la vie de bureau. Cette troisième famille qu'on ne choisit pas et avec laquelle on vit le plus. Ricky Gervais se moque, critique et violente un peu ce monde enquilosé qui a tendance à broyer les ambitions des gens (Tim et Dawn en sont les preuves frappantes). C'est finalement dans son domaine, l'écriture, que le duo Stephen Merchant-Ricky Gervais fait le plus étalage de son génie.

Derrière, la version américaine ne fait clairement pas le poids. Ca reste bien sûr très drôle, surtout durant les quatre premières saisons, mais jamais on ne retrouvera le mordant et la cruauté de la version d'origine. Car même quand la vie de bureau déprime et étouffe les rêves, on garde le sourire parce qu'on est amoureux de la secrétaire. La version anglaise ne fait pas dans le sentimentalisme, ne prône pas l'amour ou l'amitié comme valeur absolue permettant de surmonter tous les maux de cette vie en costume et finalement, l'originale est plus proche de la vie, dans tout ce qu'elle a de cruelle.

Vainqueur : The Office UK

Savoir s'arrêter.

Savoir dire stop et mettre fin à une série quel que ce soit son succès est un don extrêmement rare dans ce milieu. A ce titre, Ricky Gervais réaffirme son nihilisme total en n'ayant jamais crée une série de plus de deux saisons. Il en va de même pour la version originale de The Office qui a disparu des écrans après seulement deux saisons et 12 épisode (et deux spéciaux tout de même). Cette durée ultra courte est probablement la raison pour laquelle les personnages secondaires n'ont pas le temps d'exister, laissant toute la place à David Brent. Mais ce choix de faire une série à la durée de vie rapide permet de renforcer l'aspect documentaire, qui se cache beaucoup moins que dans la version Américaine, et de vraiment donner le sentiment de filmer la chute d'une homme. Dès les premiers épisodes on se doute que tout cela va se finir par le renvoi de Brent et c'est effectivement ce qu'il arrive. C'est abrupt, rapide et surtout très efficace.

La version US a pour sa part prit son temps, et à surfé un maximum sur le succès, au point d'exister encore aujourd'hui malgré le départ de Michael Scott/Steve Carell. Pourtant, le show d'NBC a subit de plein fouet la malédiction de la saison 4 en perdant grandement en qualité pendant sa quatrième année. Après cela la formule a commencé à devenir redondante, les histoires parallèles ont prit le pas sur la satire et le personnage principal et on regardait avec plaisir mais sans l'intérêt des débuts. Aujourd'hui on est carrément dans le cas d'une série qui tire sur la corde et qui commence à devenir vraiment navrante. Il était de toute façon impossible de survivre à un acteur comme Carell mais les créateurs ont quand même tenté le coup. Ils n'ont pas su s'arrêter.

Vainqueur : The Office UK

Verdict :

Au final les versions se valent plus ou moins et faire un choix est difficile. Je ne vais toutefois pas vous faire le coup du comparatif qui termine en match nul car en tant que lecteur je déteste ça. Si la version originale Anglaise est plus drôle, plus mordante et plus noire, le remake américain à pour lui l'immense Steve Carell et une galerie de personnages secondaires plus attachantes. Sur les quatre premières saisons je préfère donc la version américaine, version qui n'a toutefois pas su s'arrêter et qui m'a perdu en route. Reste qu'au final si je ne devais choisir qu'une version, sans tenir compte de la longueur, je choisirais probablement la troupe du remake américain. C'est dit.

Vainqueur : The Office US !


Merci à Glauktier pour l'image d'intro !