Cette partie consacrée aux bibliothèques se compose de deux grandes
sous-parties. Tout d'abord, un retour sur l'affaire des bibliothèques des villes
Front National dans les années 90, celle d'Orange plus précisément, puis une étude à l'échelle d'un département, le Val d'Oise, des collections de ces établissements de lecture publique afin d'y
analyser ce prétendu « déséquilibre » évoqué à l'époque par les élus
frontistes et à l'origine de nombreuses querelles entre artistes et politiciens. Le premier axe s'ouvrira avec un
rappel du contexte politique au moment où de telles affaires éclatèrent, il sera ensuite question d'analyser les critiques des professionnels du livre concernant la gestion des bibliothèques par
les municipalités FN et le regard porté par les médias de masse sur le
sujet. Le second axe se composera de plusieurs études statistiques, relevés comparatifs, concernant les écrits politiques, la presse politique et les fictions d'auteurs rattachés aux extrêmes
pour les bibliothèques du département du Val d'Oise. Y avait-il censure de la part des élus Front National sur les
bibliothèques municipales ? Pouvait-on parler d'influence politique ? Ce rééquilibrage vanté par les politiciens frontistes était-il justifié ? Aujourd'hui, à l'échelle d'un département,
constate-t-on des déséquilibres au niveau des collections ? Si oui,
lesquels ? Dans quelle proportion ? Et surtout quelle influence, quelles influences, se dégage après une
telle étude ?

I)                   Les bibliothèques et le Front National

A)    Des victoires pour le Front National

    Juin 1995, le sud-est de la France vit un bouleversement politique. Le Front National remporte trois villes au second tour des élections municipales : Marignane, Orange et Toulon. Presque deux ans plus tard, en février 1997,  lors d'une élection partielle, une nouvelle ville rejoint cette dynamique frontiste : Vitrolles. Période de grande réussite pour le parti présidé à l'époque par
Jean-Marie Le Pen. Le Front National s'insère ainsi dans la vie politique, il n'est
plus simplement ce mouvement de contestation purement oral, en gérant
plusieurs villes, seul à la tête de l'exécutif. Des villes de plus de 25 000 habitants à l'époque, Toulon atteignant même un
peu plus de 160 000 habitants. Il confirme ainsi, au niveau local, le
bon scoredes présidentielles de 95 (23 avril et 07 mai 1995) : 15%, et celui des Européennes un an plus tôt : 10,52%. La suite logique d'une dynamique électorale allant de l'Europe à la ville.

Jacques Bompard, ancien dentiste et adhérent de divers mouvements politiques issus de l'extrême-droite française (Occident, Ordre Nouveau...) durant sa
jeunesse, se voit à la tête de la mairie d'Orange. C'est avec la liste
« Orange espoir » qu'il obtient la majorité relative des voix lors d'une triangulaire l'opposant au
maire sortant socialiste et au candidat RPR. C'est avez seulement 87
voix d'avance que le candidat Front National l'emporte. Ci-dessous, un extrait du JT de 20H, sur France 2, relatant le 19
juin 1995 cette victoire.


            Pour la ville de Marignane, c'est Daniel Simonpieri, ancien cadre de banque, qui est élu avec plus d'un tiers des suffrages (37,27%) au cours d'une triangulaire l'opposant à divers listes de droite. Il succède à un long règne de l'UDF incarné à l'époque par Laurent Deleuil. Toujours le 19 juin, le JT de 20h de France 2 évoque cette élection, ainsi que les autres victoires du Front National durant ce second tour des élections municipales.


            Dernière ville du sud-est gagnée par le Front National en ce mois de juin 95, la plus importante démographiquement parlant : Toulon. Jean-Marie Le Chevallier, ancien assistant technique à la chambre de commerce de Rennes, sort victorieux d'une triangulaire l'opposant à l'UDF et au Parti
Socialiste en cumulant 37,02% des votes. Le 18 juin, lors d'un duplex de Toulon, l'élu frontiste commente sa victoire.

L'article d'origine : http://lantiblog.over-blog.fr/article-essai-contexte-politique-les-municipales-de-1995-72036635.html