Le successeur de Satoru Iwata aura pour tâche immense de remettre en ordre de marche ce qui apparaît aux yeux des analystes de tous bords une vieille gloire du jeu vidéo dépassée par les enjeux actuels. De quelle écurie interne émergera-t-il ? Avec quelles compétences ? Assigné à quelle(s) mission(s) ? Le site Gamasutra.com a organisé un tour de table avec une poignée d’analystes fins connaisseurs de l’industrie du jeu vidéo en général et de Nintendo en particulier. Voici leurs observations.

Son profil type

Passés les hommages de circonstance, tous pointent le peu de probabilité dans la décision du conseil d’administration de Nintendo d’élire un nouveau capitaine d’industrie étranger à l’entreprise. Le poids d’une « solide culture d’entreprise » pour Colin Sebastian de Robert W. & Co. Incorporated associé au caractère quasi « dynastique » de la gouvernance de Nintendo selon l’analyste Lewis Ward, pourraient faire dire à David Cole de DFC Intelligence que le « profil » autarcique de la société achèverait de faire douter les tenants de cette fragile hypothèse. Car d’après Lewis Ward, faire le pari audacieux d’un PDG non japonais serait le signe « qu’une réflexion décisive sur l’avenir de la société » serait courageusement engagée. Or, même au pied du mur (GameCube) Nintendo a toujours opté pour le changement dans la continuité. D’autant que les contre-exemples existent parmi les champions locaux. La nomination de l’américain Howard Stinger à la tête de Sony alors malade de sa bureaucratie n’a pas créé l’électrochoc culturel attendu.

En position minoritaire, d’autres se risquent à anticiper un appel à candidatures étendu aux sociétés japonaises bien installées dans le paysage vidéoludique domestique. Délaissant l’excès de langage qui le caractérise, l’indécrassable Michael Pachter pronostique que Nintendo pourrait piocher au sein de Konami, Square Enix, Sega (!) ou encore Capcom, un dirigeant taillé sur-mesure pour s’affairer au redressement de la société. Confortant Pachter, l’analyste Serkan Toto devine lui aussi qu’un homme providentiel issu d’un des géants du mobile de l’archipel tel que « Kazuki Morishita de GungHo Online » serait idéal.

Son domaine de compétences

Pour Serkan Toto, un prétendant au plus haut poste de pilotage de Nintendo doté d’un sens aigu des affaires lui paraît « insuffisant » tant la qualité des aptitudes professionnelles de Satoru Iwata semble irremplaçable. « Il avait cette capacité rare d’amalgamer la lucidité, le sens des affaires, le leadership, l’expérience, l’âge idéal et un coeur de joueur » appuyés par « un solide bagage technique et créatif ». For de ces acquis, le prochain dirigeant aura pour obligation de poursuivre la politique de déploiement du portefeuille de licences de Nintendo en direction de formes de divertissement alternatives (parc à thèmes, film en image de synthèse…), « du retrait progressif du marché » du couple WiiU/3DS afin de partir l’esprit libéré de cette charge à la conquête « du segment mobile ».

Lewis Ward ne dit pas autre chose si ce n’est d’insister sur « l’amour sincère » qu’Iwata a toujours porté au jeu vidéo et qui l’a suivi tout au long de sa brillante carrière professionnelle. Son successeur aura pour impératif de partager la même passion ainsi que conjuguer « gestion des entreprises et direction inspirée ». Pachter ajoute la nécessité de disposer d’une aptitude à gérer l’incertitude technique pour ainsi poursuivre le changement de modèle économique tout juste entamé par Iwata (free to play, multijoueur…).

Sa mission

En des termes différents, tous aguillent leur réflexion sur le devoir, la responsabilité du prochain dirigeant à diversifier, « à l’exemple de Disney » précise Pachter, les activités de Nintendo. Le nouvel homme fort aux commandes du constructeur devra « appréhender les changements de l’industrie du jeu vidéo à l’échelle mondiale amener Nintendo à aller au-delà de sa zone de confort afin d’en tirer toutes les conclusions sur ses produits et son précarré de fans » glisse David Cole.

Serkan Toto imagine le successeur amorcer les réformes structurelles – en premier lieu d’injecter plus de flexibilité – dans le but de détenir « un rôle de premier plan dans le domaine du jeu sur supports intelligents ». Pour ce faire, le nouveau pilote de Nintendo sera tenu de briser le vif attachement au passé, à en croire Lewis Ward. « Ils ont pour nécessité de révolutionner l’aspect social du jeu en ligne avec la NX, quelque chose de comparable à l’impact de la Wiimote sur l’ensemble de l’industrie ».

Nintenboy.com