Dimanche dernier, l'une des plus célèbres salles d'arcade qui avait pignon sur rue au Japon a fermé définitivement ses portes. Les néons de l'enseigne lumineuse de Shibuya Kaikan Monaco ne cracheront désormais plus leur rayonnement à travers tout le pays. Place forte des joueurs confirmés, cette salle résista depuis les années 1970, aux effets de mode et au phénomène de concentration économique qui toucha les opérateurs indépendants.
 
Pousser les portes de Shibuya Kaikan Monaco (SKM), c'est plonger dans l'univers fiévreux des plus grandes références des jeux d'arcade, allant de vieilleries indémodables aux simulations plus contemporaines. De même, le prix comme le graphisme de certaines anciennes bornes n'avaient pas bougé d'un yen depuis une trentaine d'années. Et ce n'est pas des écrans cathodiques fatigués qui arrêteront les joueurs. Des antiquités telles que VS Super Mario Bros Metal Slug, Bomber Man World  côtoient des bornes de jeux érotiques et puzzle game. La moiteur de l'ambiance tranchait nettement avec les énormes complexes (Joypolis...) ouverts à destination d'un public familial. Dès lors, cette industrie se tourne davantage vers des interfaces tactiles ou sensorielles afin de séduire cette clientèle profane et versatile.
 
 
Si SKM a baissé pour la dernière fois son rideau de fer, cela tient à son positionnement même. Pour ne pas avoir cédé à l'air du temps, pour s'être adressée invariablement au marché vieillissant de l'otaku qui s'est réduit de nos jours à portion congrue, cette salle mythique s'est condamnée en douceur. "Les joueurs prennent de l'âge, ils viennent se divertir de plus en plus tard le soir  les jeunes ne viennent pas ici" confirme un salarié de SKM à l'édition en ligne du magazine Edge. L'explosion du prix du foncier précipita le sort de SKM. Située dans une artère très commerçante du quartier de Shibuya, l'augmentation successive du loyer devenait intenable, car le gérant de SKM se cramponnait aveuglément au prix plancher d'une partie fixée à 100 yens (soit 0,80 cts d'€). Nul doute que les promoteurs immobiliers se satisfont d'un tel destin, l'attractivité de la rue commerçante gagnera en valeur foncière.
 
Le sort des vieilles cabines n'est pas pour autant scellé. D'après le gérant, toutes dégagent des bénéfices. Une aubaine pour un futur exploitant de salle désireux d'offrir à ses clients un voyage dans le temps. Une période dorée qui aura vu naître des géants de l'arcade comme Sega, Namco, Capcom, Konami et bien d'autres.