Qui ne se souvient pas de ce véritable coup de tonnerre dans l'industrie vidéoludique : Microsoft jette son dévolu sur le studio Rare pour la bagatelle de 375 millions de $. C'était en septembre 2002, lors du salon européen du X02 organisé annuellement par le géant américain. Cette opération d'envergure (c'était la cinquième plus grosse acquisition de l'histoire de Microsoft à cette époque) avait pour but de casser l'image d'un PC déguisé que traînait malgré elle la Xbox.
 
Bien que sur le déclin, la pépite anglaise avait fait les beaux jours des consoles Nintendo (Donkey Kong, Perfect Dark, Goldeneye...). Les relations ombrageuses qui ont pimenté le parcours de Rare sous pavillon Nintendo (avec en point d'orgue Conker, pied de nez à l'univers feutré du fabricant japonais) ont précipité son départ pour trouver refuge dans les bras bienveillants de Microsoft, tout heureux de réaliser ce coup de maître à la face de son concurrent Sony.
 
Chez Rare, notre mission a toujours été guidée par la recherche d'excellence  Nous associer à Microsoft nous offre l'opportunité d'atteindre cet objectif.
 
Ce passage médiatique obligé pendant ce court instant où les deux parties se dressent des louanges est pourtant annonciateur de vives tensions. Phil Toussel, ancien développeur chez Rare, témoigne dans les colonnes du site NintendoEnthusiast d'une réalité moins féérique : "nous étions une famille très unie, notre rapprochement avec Microsoft a représenté un véritable choc culturel qui n'était pas évident à gérer dans un premier temps". Intégrée dans la toute puissante filiale Microsoft Game Studio, la petite structure anglaise habituée à temporiser son rythme de travail doit dorénavant évoluer sous astreinte : "il y a eu de gros mouvements de personnel au sein de MGS, Tim et Chris Stamper (les deux fondateurs) ont démissionné, l'identité propre de notre studio s'est diluée au sein de Microsoft. Une partie de l'étincelle qui faisait la spécificité de Rare s'était volatilisée" regrette Phil Toussel.
 
Les dirigeants de Microsoft ont en effet été de désillusion en désillusion. Les membres du studio étaient incapables de prendre le rythme de production des autres structures de développement qui composent la filiale MGS. Pire, les jeux ne se vendent pas aussi bien qu'escomptés. De restructuration en purge, le Rare d'aujourd'hui n'est plus qu'une coquille vide. Les membres les plus influents sont partis se réfugier au sein de la scène indé pour laquelle la créativité à marche forcée n'a aucun droit de citer. Tandis que ceux restés à bord se sont spécialisés - avec bonne fortune - dans la production de jeux dédiés au périphérique Kinect (Kinect Sports).