Géant déchu par la grande dépression économique qui toucha le monde du jeu vidéo en 1982, Atari voulait se relancer en lançant quelques titres sur les consoles Nintendo. Soucieux d'optimiser ses chances, la société américaine s'offre une virginité en ouvrant une filiale appelée Tengen et destinée dans un premier temps à distribuer le catalogue de jeux d'éditeurs japonais (Namco, Sunsoft...).
 
Scandalisé par la stratégie d'écrémage discriminante de Nintendo, Atari/Tengen tenta en vain de renégocier le plafonnement de cinq jeux par an ainsi que l'obligation d'exclusivité sur deux ans. Devant l'immobilisme du géant japonais, les ingénieurs d'Atari/Tengen ont secrètement torpillé le dispositif 10NES. Loin d'être aussi naïf, Nintendo modifiait sans cesse son système afin de faire obstacle à toute tentative de neutralisation d'un éditeur indélicat. Aussi, pour prévenir toute forme de poursuite judiciaire unilatérale (violation du copyright de Nintendo), Atari/Tengen opte pour une stratégie inverse.
 
 
La meilleure défense c'est l'attaque, alors l'éditeur américain exige de l'office de la protection du droit d'auteur aux États-Unis une copie du programme de censure déposé par Nintendo sous le prétexte d'un règlement d'un litige commercial. Une fois obtenu, l'éditeur américain accompagné d'une armada d'avocats vérifient la légalité d'un tel procédé ainsi que son mécanisme technique en vertu de la protection des droits d'auteur. La thèse d'Atari est de qualifier le système de sécurité 10NES de mensonger et que ses véritables objectifs sont de préserver les intérêts du constructeur japonais et de restreindre ceux de ses partenaires.
 
Sans attendre la décision de la justice, l'éditeur lance ses titres non autorisés sur NES. Les tribunaux américains ont cependant rejeté ces arguments, citant en référence une confrontation au motif presque identique entre Apple et Franklin : "l'objectif de compatibilité totale n'est pas condamnable en soit et n'est en aucun cas indiscernable d'un élément de droit d'auteur". De même : "Atari n'est pas libre de fabriquer une technique spécifique dans le but d'appliquer ce système de verrouillage de ses propres jeux sur console NES Plus important encore, Atari n'est pas en capacité juridique d'identifier les changements que Nintendo apporte à son dispositif de sécurité" et ne peut donc pénaliser Nintendo.
 
Face au risque de contrefaçon évoqué par le géant japonais, Atari/Tengen joue profil bas. Le procès sera ajourné, l'éditeur préférant abandonner ses poursuites. Cette victoire de Nintendo est intimidante, elle dissuadera ceux tentés par le même aventurisme.