C'est le contretemps qui avait permis à la x360 de bénéficier d'une fenêtre de lancement providentielle. L'ensemble des stratèges de Microsoft n'osait espérer mieux. En 2005, Sony devait commercialiser quasi simultanément la PlayStation 3 avec celle de son concurrent direct, mais le géant japonais s'était heurté à des problèmes techniques l'obligeant à retarder le lancement de sa nouvelle console. Le désordre était palpable parmi l'état-major, les interventions médiatiques arrogantes d'un Ken Kutaragi sur la sellette ajoutaient à la confusion. Pour la première fois, Sony ne faisait plus front commun avec l'homme qui incarne depuis 1994, la PlayStation.
 
Les fuites répétées, mais contradictoires n'ont pas permis une lecture fiable de ce qui se passait en coulisse. Fort heureusement, le studio Naughty Dog était bien malgré lui aux avant-postes de toute cette agitation. Les entrevues conduites par le site Ign.com destinées à étayer la rédaction en plusieurs actes d'une rétrospective du studio américain donnent un éclairage inédit sur cette incroyable temporisation.
 
Dans l'agenda de tous les développeurs, l'année 2005 était surlignée au stabylo fluo. La décision soudaine de "retarder d'un an la sortie de la console" prit tout le monde de court, obligeant dans la précipitation à décaler voire réorganiser le planning des studios. C'est ainsi que Jak X, un jeu de course mettant en scène les personnages de Jak and Daxter, a été conçu dans le but de colmater tant bien que mal le trou d'air éditorial provoqué par l'ajournement de la période de lancement de la PS3. A l'origine, le studio élite travaillait à l'élaboration de Jak 3 : "nous étions en train de développer une technologie destinée à être partagée entre tous les studios c'était en 2004 ensuite nous avions appris que la console allait être repoussée d'un an. Nous avions donc commencé la réalisation de Jak 3" détaille une source anonyme.
 
 
C'est en cours de projet que l'idée de produire un jeu  d'une autre ambition (au nom de code Big devenu Uncharted) traversa l'équipe : "nous portions un regard vraiment fou des capacités de la PS3". Avec toutefois un bémol que la qualité d'expertise de Naughty Dog corrigea : "à l'aune de sa création, la PS3 était dénuée de GPU, tout était concentré dans le SPU. Nous avions convaincu l'état-major que c'était une décision irréaliste. Ridicule même. Les performances auraient été désastreuses. C'est pour cette raison que le GPU a été intégré en fin de processus de conception." Les résistances au sein de Sony étaient pourtant fortes. L'entêtement des ingénieurs japonais traîna en longueur, les tests d'une carte-mère dépourvue de GPU dureront "pendant un certain laps de temps" avant d'être définitivement abandonnés, confirme une autre source confidentielle.
 
La faute viendrait des performances trop présomptueuses portées à l'égard du processeur CELL : "je pense que les techniciens matériel ont été obnubilés par cette puce", renchérit un développeur du studio souhaitant garder l'anonymat.
 
La facture fut salée pour Sony. La mise en place tardive de la puce graphique gonfla de près d'un milliard de yens le coût de fabrication de la PlayStation 3. Ce fiasco entraîna la mise au placard de Ken Kutaragi avant d'être poussé à la démission. Enfin, il faudra plus de trois ans au géant japonais pour chiper la seconde place du podium mondial à la x360.