C'est un fil de commentaires polémique comme il en fleurit chaque jour plusieurs centaines sur le net. Certainement pas le plus civilisé ni le plus érudit, mais on est quand même loin d'être dans le fond du panier, en la matière.

 

Très loin.

 

 

 

 

France Info s'y fait juste le relais d'une initiative de la LMDE, mutuelle étudiante, qui cherche à se distinguer de la concurrence en proposant à leurs adhérentes de rembourser l'achat de leurs tampons hygiéniques.

 

Alors je sais, on est loin du domaine des jeux vidéos, là, et puis on a beau être en 2018, le sujet écorche encore la sensibilité de quelques pères et mères la pudeur, mais l'exemple est particulièrement représentatif du potentiel de nuisibilité du Social Justice Warrior, que ce soit en matière de contenu ou de méthode.

 

Et puis il paraît que parler des règles sans honte et sans tabou, c'est éducatif, c'est moderne, ça fait avancer la cause féministe, alors ma foi, parlons-en, on ne sait jamais, des fois que ce ne soit pas du flan, on n'a pas grand chose à y perdre.

 

Amis mâles hétéros cis-genres, il se peut même que vous y appreniez deux ou trois petites choses (que vous auriez peut-être préféré ne pas savoir, mais ça ne nous... regarde pas).

 

 

Pour commencer, procédons avec rigueur et étudions le commentaire le plus liké du fil, celui qui y apparaît en premier (théoriquement) lorsqu'on s'y connecte :

 

 

 

 

Un discours SJW typique, dans l'affect, révolté, sans nuance, reprenant un vocabulaire balisé - pour ne pas dire stéréotypé.

 

Mais hé.

 

En le lisant, on comprend sa colère, et on comprend aussi que l'intervenante ne soit pas disposée à y mettre les formes.

Pour approfondir et mieux cerner les causes immédiates de son indignation, intéressons-nous aux commentaires qui précédaient directement, et tâchons d'y relever tout signe de mansplaining, même infime :

 

 

 

C'est à ce point du fil, et SEULEMENT à ce point, qu'apparaît le premier commentaire de gros beauf

(même pas du mansplaining, mais nous y reviendrons).


Alors je ne sais pas pour vous mais moi, à ce point de ma lecture, je suis doublement perplexe (pour ne pas dire consterné. A toutes fins utiles, je vous reposte le premier commentaire :

 

 

 

Deux choses m'échappent ici :

 


- D'abord, qu'une personne semble-t-il douée de toute sa raison puisse affirmer avec aplomb quelque chose d'aussi objectivement faux, sans craindre de passer pour une manipulatrice ou une cinglée.

 
- Ensuite, que sa publication soit likée par plusieurs dizaines de lecteurs.trices.choubidoubidous qui, de toute évidence, ne sont pas allés vérifier ses dires, alors qu'il suffisait de... lire le commentaire précédant.

Et là on comprend bien la double nature du problème, qui est la malhonnêteté intellectuelle d'une part, et la paresse intellectuelle de l'autre.

 


En effet, comment attendre d'un internaute qu'il fasse des recherches ou qu'il vérifie des sources, s'il n'est même pas fichu de lire ce qu'il a sous les yeux et d'en tirer les conclusions qui vont de paire ?


Comment espérer avoir un échange constructif avec un internaute (esprits chagrins, j'utilise le neutre, ici) capable de mentir si ouvertement pour donner à la réalité le tour qui l'arrange ?

Or ce ne sont pas là des accidents de parcours. Je ne suis pas allé les chercher exprès. Ce sont devenus, hélas, des normes sur internet.

Alors oui, nous ne tomberons pas dans les mêmes travers : il y a bien quelques commentaires masculins désobligeants (pouvait-on y couper ?) ensuite, mais sur un panel considéré de 136 commentaires (je ne suis pas allé lire au-delà, mais c'est déjà 136 commentaires de plus à mon actif que ceux qui ont liké le commentaire sus-mentionné), j'en ai comptés 16 (et encore ai-je compté vraiment large) – ce qui, en termes de pourcentage, reste dérisoire (bien que toujours regrettable). 11,8%, pour être exact.

 

Dans les pires des cas, ce sont des plaisanteries beauf typiques, machistes, rétrogrades et suintant l'autosatisfaction mal placée, mais pas bien méchantes malgré tout.

 


 

 Facepalm

 

Comprendre : ni insultes, ni colère, ni mansplaining, comme revendiqué pourtant haut et fort en tête de fil.

Il y a  bien quelques donneurs de leçons (le neutre, toujours), mais ce sont toutes des femmes. Femmes que la première commentatrice cherche à faire passer pour des hommes, dans sa prose, au prétexte qu'elles n'ont pas la même opinion qu'elle, ou la même façon d'aborder leurs règles.

Là encore, il faut nous y arrêter, car c'est fondamental : les critiques et les désaccords, ici, émanent d'autres femmes.

 

Des pairs dont on n'accepte pas qu'elles aient une opinion différente.

 

Des semblables avec lesquelles on ne cherche pas, au moins, à établir un dialogue pour confronter notre opinion à la leur.

 

Des représentantes de la même communauté opprimée, dont on nie symboliquement le caractère de "femmes" sous prétexte que ce qu'elles écrivent n'est pas à notre goût. Par extension : qu'on cherche à discréditer en les faisant passer pour ce qu'elles ne sont pas.

Dans un monde un tant soit peu doué de raison, ce genre de méthodes ne devraient pas fonctionner, tant elle sont grossières et faciles à démonter.

 
Sauf qu'elles fonctionnent.

 
Sauf que des gens likent sans aller au-delà, juste parce que ce qui écrit correspond à leur vision de la vie - et tant pis s'il ne correspond pas à la réalité.

 


Voilà qui en dit long sur la façon dont l'être humain, désormais, perçoit et intellectualise le monde alentour.

 
Pour trop d'internautes (mais pas que), la réalité importe désormais moins que l'idée qu'ils s'en font. Ne leur déplaise, on entre déjà ici de plain pied dans le champ de l'aliénation mentale.

 

 

Le plus effrayant, c'est qu'ici, la supercherie saute aux yeux, elle est vite éventée. D'autres ailleurs savent être plus subtils et plus fins psychologues.

"Oui mais il y a quand même des commentaires masculins désobligeants", objecterez-vous. Certes, il y en a, nous l'avons déjà écrit noir sur blanc. Mais ce n'est pas du tout ce que dit le premier commentaire. Ce que dit le premier commentaire, c'est qu'il n'y a QUE des commentaires masculins désobligeants, et que TOUS les commentaires désobligeants sont masculins. Or on a montré, screenshots à l'appui, que ce n'était pas vrai.

 

Cela ne concerne « que » 11,8%, à peine.

 


Au-delà de la tristesse de ces commentaires, et sans les excuser, on pourra au moins comprendre ce qui les a motivé. Car l'offre de la LMDE est inégalitaire, en défaveur des adhérents masculins. Tous les adhérents cotisent de la même façon mais ici, seule une catégorie donnée bénéficie d'un avantage supplémentaire. Doit-on s'étonner que la catégorie qui n'en profite pas se sente spoliée et réagisse ? Vous rétorquerez que « les femmes subissent ça depuis la nuit des temps ! » et nous ne disons pas le contraire. Nous disons simplement qu'elles sont mieux placées que quiconque pour savoir l'effet que ça fait et la colère que ça suscite. Après tout, ne sont-ce pas là les raisons profondes du premier commentaire ?

 

 

 

A même cause, même effet, il n'y a rien de plus naturel - même si, je le répète, ça n'excuse rien, et si le business de serviettes et tampons tient du racket honteux (c'est un autre débat). Que l'inégalité touche ici une catégorie "privilégiée" ne l'annule pas, comme les Social Justice Warriors voudraient le faire croire avec leur rhétorique en mousse. Une inégalité reste une inégalité, quel que soit le contexte.

 

Pour autant, l'initiative de la  LMDE n'est pas de celles qui méritent des jets de pierre (qu'elle n'a pas reçu, ici - les détracteurs et détractrices s'en tenant aux moqueries et aux critiques argumentées) ni de plébiscite exalté (comme celui, si naïf, de l'intervention qui nous occupe) : ce n'est qu'une opération de com' comme une autre, cynique juste ce qu'il faut, qui surfe sur les problématiques populaires du moment pour faire son beurre.

 

Rien de louable ni de condamnable en soi.

 

Rien que du business dans l'air du temps.

Avant de conclure, il convient toutefois d'aborder un dernier aspect (essentiel) des "échanges" auxquels cette news a donné lieu :

 

Là encore, par souci d'honnêteté, je ne suis pas allé chercher le plus « salé »

(à savoir : le fil de discussion femmes versus femmes le plus houleux). Merci moi.

 

 
Sans surprise, on constate que le mythe des "espaces de parole non-mixte" n'est qu'un autre mensonge (et comment aurait-il pu en être autrement ?) : alors qu'une catégorie discriminée est censée s'y retrouver pour pouvoir dialoguer "sans pression ni risque d'être jugé", on constate ici objectivement que la pression et le jugement subsistent avec plus ou moins de virulence au sein d'une même communauté, dès lors qu'il y a désaccord. Ici, la discussion mmanque de s'envenimer à maintes reprises, et seule la diplomatie de l'interlocutrice principale évite d'aller au clash. Ce qui tend à prouver (par l'exemple, encore) que vous ne pourrez dialoguer sans pression au sein d'un espace non-mixte que si vous êtes d'accord avec la pensée qui y prédomine, et qui s'y renforce donc d'autant sur le mode du conditionnement. Loin de libérer la parole, elle la contraint dans des proportions alarmantes, confinant au fascisme consenti.

On pourra, bien sûr, ne pas prêter attention aux propos du mâle blanc hétéro cis-genre que je suis.

 

On aura plus de mal à ignorer cet édifiant témoignage d'une double victime de discrimination, qui est descendue aux enfers SJW mais dont elle a, par chance, su revenir à temps, et qui en livre une analyse touchante et pertinente :

 

 

Une lecture indispensable et d'utilité publique.

Ceci étant, je ne doute pas que la sphère concernée saura fermer les yeux, regarder ailleurs ou trouver à ses arguments des failles imaginaires.  N'est-ce pas, comme on vient de le montrer preuves à l'appui, l'un de ses modus operandi ?

 


Ce qui ne fera que me donner raison - et donner raison à ce témoignage par ricochet.

 


C'est l'avantage, quand quelqu'un fait n'importe quoi. ça finit toujours par lui revenir en boomerang dans les chicots.

 


Pas étonnant que la malhonnêteté intellectuelle soit devenue monnaie courante dans le milieu - car sans celle-ci, comment pourrait-il encore faire illusion ?

 

 

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