Nintendo a entre les mains une console de salon qui a tout l'air de relever de la sorcellerie. Le constructeur aura beau avoir planifié le plus sérieusement du monde sa campagne de communication avant et pendant l'E3, le message reste "confus" selon les propres mots du responsable marketing Scott Moffit. Et sa tâche s'avère immense pour éclairer un public circonspect. Moins visuel qu'une démonstration de jeu à la Wiimote, le particularisme ludique de la Wii U ne se devine pas. Il s'explique.
 
Ce flou tétanise l'état-major de Nintendo à quelques mois seulement d'une commercialisation mondiale. Tous les cadres et décideurs de haut-rang ont été mobilisés pour occuper le terrain médiatique (le show de Reggie Fils-Aimé, les multiples interviews d'Iwata, de Miyamoto...) tremblant à l'idée que ce flou s'auto-entretien. Car un autre sujet domine l'actualité Nintendo : "notre culture d'entreprise nous commande de valoriser les expériences de jeu, bien plus que de nous focaliser sur les caractéristiques techniques" souffle Scott Moffit. Tandis que les médias scrutent avec aveuglement le moindre critère de différentiation visuelle des jeux d'éditeurs tiers, le numéro un mondial insiste sur un point : "nous avions présenté à l'E3 les jeux d'éditeurs tiers gratifiant l'innovation alors que l'expérience de ces jeux sur PlayStation 3 et Xbox 360 sont identiques." Nul besoin d'arracher à prix d'or une exclusivité, les développeurs y travaillent en amont.
 
Le responsable marketing de Nintendo semble pousser à la désintoxication des médias en les accompagnant dans la démarche de désacralisation du hardware car la star c'est "le GamePad" et sa façon de "révolutionner le gameplay". Fait sans précédent dans l'industrie, la fiche technique de la Wii U mise à la disposition des médias est évasive sur certains composants essentiels à l'évaluation de sa puissance "notre intérêt est ailleurs" assure Scott Moffit. Non rassasiés sur ce terrain, privés de cette part de rêve que suscite chaque cycle technologique, les médias pourraient dans le meilleur des cas traiter avec dédain la Wii U. A charge de les faire évoluer vers d'autre critère d'évaluation ou en coupant court aux caprices des journalistes : "nous irons au devant du public de l'E3 jusqu'à son lancement. Nous souhaitons que les joueurs l'expérimente par eux-mêmes, que ce soit à l'intérieur d'un magasin, lors d'un événementiel ludique."
 
Scott Moffit en est convaincu : "lorsque le public aura notre console entre les mains, ils prendront conscience des potentialités de la manette." Au sortir de l'E3, les bilans des médias spécialisés (IGN, Gamespot...) et grand public (TV, presse quotidienne) ne sont pas bons mais il est fort à parier que Nintendo conteste en interne la qualité de leur jugement.
 
Nintendo cherche donc à fixer ses propres règles de communication externe, n'hésitant à pas court-circuiter les interférences parasitaires sans nommément les désigner. La recette miracle qui fera changer la perception de la Wii U est à ce prix.