« L’investissement consenti a été significatif dans l’élaboration de Morpheus nous tenons nos engagements ». Les arguments paraissent rodés, peut être bien trop. Dépasser le stade de l’incantation, c’est ce qu’attendent les joueurs comme les grands acteurs de l’édition des officiels de Sony. La dernière sortie du PDG de la puissante branche SCE Andrew House, d’où est extraite cette intervention dans les colonnes du quotidien The Guardian fait écho aux nombreuses autres déclarations de hauts responsables reconvertis en professionnels de la communication pour l’occasion.
 
Aussi parce que l’actualité de la concurrence s’affole. Pas un jour ne se passe sans qu’Oculus VR annonce fièrement avoir recruté une nouvelle fine fleur de l’industrie du jeu vidéo ou encore s’être approprié une société leader dans un secteur spécifique. La cash machine que représente Facebook lui autorise désormais tous les caprices d’une jeune pousse impatiente de grandir.
 
Surtout parce que les éditeurs n’ignorent pas qu’ouvrir un nouveau front s’avèrera compliqué à gérer pour Sony. En dehors de sa chasse gardée (le salon), le fabricant à toutes les peines du monde à soutenir son format de poche sur l’ensemble des marchés internationaux. Et que l’on ne s’y trompe pas, la réorientation des stocks mondiaux au bénéfice du Japon à l’intérieur duquel la PS Vita retrouve des couleurs provoque une pénurie toute relative de cette console portable aux États-Unis. Le seuil de réassortiment sabordé mille fois par Sony ainsi que l’effacement progressif de la Vita (cf. la conférence inaugurale du constructeur à l’E3) nourrissent en coulisses les craintes d’un front de trop avec Morpheus.
 
En creux, l’interview d’Andrew House résonne comme une profession de foi à l’adresse des rois de l’édition que la fougue de Shuhei Yoshida n’a pas su convaincre ou seulement amuser. « C’est certainement bien plus qu’une expérience » glisse à l’intention des plus sceptiques le décideur. Ce casque représente une affaire sérieuse pour le groupe japonais, il n’est pas exclusivement piloté par de hauts ingénieurs passionnés. Qu’ils travaillent pour Sony ou la concurrence : « La vague de développement de jeux en faveur d’Oculus n’est pas franchement monétisable », dit-il en substance. Les microprojets éclosent de partout, mais « réalisés pendant le temps libre des développeurs ». Par conséquent leur valeur marchande relative risque de compliquer l’épanouissement commercial d’Oculus Rift.
 
Enfin, bien qu’il conçoit la dureté à créer « un marché de masse », sceller le destin incertain de Morpheus à l’écosystème naissant de la PlayStation 4 « lui apportera le crédit » qui lui fait actuellement défaut.