Ce soir, je me permets de réagir à l'article paru il y a quelques semaines : Le "gamer" doit-il disparaître ? Je l'ai lu avec intérêt ainsi que plusieurs commentaires qui m'ont fait hérisser les poils.

Première question une fois l'article lu :      Mais diantre, qu'est ce qu'un gamer ?

L'article nous dit que, finalement, c'est juste quelqu'un qui joue et qui s'intéresse aux jeux-vidéos. Indépendamment de tous ces clichés qu'on accole à ce mot. Soit, c'est un fait.

Je précise qu'avec ma vingtaine sur le tard et aussi loin que remonte mes souvenirs, j'ai toujours eu une console de jeux-vidéo. Je me souviens de l'excitation lors de l'ouverture du paquet contenant ma "Mintendo" avec Mario et Duck Hunt ainsi que de mon émerveillement devant ce pistolet magique qui me permettait de tirer des canards sur la TV cathodique Gründig sans télécommande du salon (je lis le Trône de Fer en ce moment, d'où le surplus de détails). Je me souviens de mon père qui avait voulu essayé et qui s'était avéré moins adroit que moi, ma première victoire sur la figure paternelle !  Ces instants resteront pour moi la naissance d'une passion, mais également celle de ma définition du jeu vidéo : influencer ce qu'il se passe dans ma télé. Moi aussi j'ai entendu "tu perds ton temps avec ces gamineries" ou ces phrases assénées à mes parents en ma présence "tu laisses ton fils jouer à ces trucs de décérébrés", "ça donne l'épilepsie" et je passerai les tirades ubuesques et pourtant pleines des bonnes intentions de certains membres de ma famille pour qui DOOM me transformerait à coup sûr en serial killer en devenir. Bref, j'ai commencé à jouer à une époque ou c'était réellement perçu de manière négative et honnêtement heureusement que les regards ont évolué dans le bon sens. Cette pression sociale était franchement ridicule quand on pense aux films que je voyais à la télé à cet âge-là, genre *voix d'enfant apeuré* Ça.

Après cette introduction à ma glorieuse légende, revenons-en au sujet de fond : 

Comment reconnaitre au premier regard cet animal mystérieux : le gamer ?

Faut kiffer la difficulté, pas vrai ?

Je vais vous bassiner à nouveau avec mon expérience personnelle, qui fera ici office à la fois de preuve scientifique et de vérité universelle.

Drame pour le jeune enfant que j'étais : l'argent de poche trop vite dépensé à l'Arcade, ma fortune dilapidée dans ces foutues parties ephémères et cruellement courtes. Même à cet âge, j'avais bien l'intuition de me faire [email protected]!? proprement. Bref, vous en conviendrez pour les TruGangsta qui étaient nés (siisiiii la famille), à cette époque : la difficulté allait de soi. Il me semblait tout à fait acceptable que mes pauvres copains ou moi jetions une manette à travers le salon à force de mourir au passage sous-marin de ces put%@! de Tortues Ninja....

Bon, cette difficulté, était-elle justifiée par quoi que ce soit finalement hein ? Mis à part l'allongement artificiel des jeux ? Était-ce une sorte de reflet de l'Arcade et de ces pubs de truands où tous les constructeurs promettaient les mêmes expériences qu'à la maison ? Ces gens étaient-ils dans leur bon droit en créant une génération de masochistes en puissance ? Nein! Je n'ai pas beaucoup de nostalgie pour ces jeux ou il fallait apprendre par coeur des niveaux entiers pour espérer les terminer. Et pourtant, il nous arrive encore aujourd'hui de rigoler de ces après-midi à nous passer la manette pour tenter l'impossible. Sans parler du lynchage en règle pour le malheureux qui avait perdu NOTRE dernière vie... Aaaaaah les joies de la violence gratuite...

Mais subitement, un doute m'assaille... Suis-je un gamer ou un de ces chiens qui se prennent pour des chats ?

J'en ai l'historique. J'en ai l'expérience. J'ai une collection tout à fait respectable chez mes parents et pourtant d'après certains fondamentalistes je n'en serais plus un. Mais nom d'un petit bonhomme ! J'ai regardé 80 fois la cinématique de FF8 donnée dans Joypad (si ma mémoire est bonne) et moi aussi j'ai toujours quelque part cette VHS de DK Country !

À ce moment-là vous me dites : 

Bon, t'es mignon, mais concrétement on prend quels critères mec ? Précision : on va juste te casser la gueule si tu nous reparles de ton enfance. Alors t'es un gamer ou bien cousin ?

Le temps de jeu peut-être ?

Je peux ne pas jouer pendant 1 mois et des fois avoir des fulgurances : finir Stick of Truth en une session (excellent d'ailleurs) en farfouinant dans tous les coins.

Ah, finir tout à 100% alors ? 

J'ai le souvenir d'avoir fini à 100% énormément de jeux jusqu'à cette génération. Tous ces RPG qui prenaient des 10aines d'heures de jeu même en rushant à mort, j'en ai fini un bon paquet en les retournant dans tous les sens et pourtant aujourd'hui je ne vois vraiment pas pourquoi je ferais de même pour GTA 5, Tomb Raider, Uncharted ou même Tales of Vesperia (un des seuls bons RPG de cette génération selon moi). Quelques exceptions sur PS360 malgré tout : Red Dead Redemption ou Skyrim qui a réussi à me faire jouer 140 heures sans être arrivé à la moitié de la quête principale et sans en avoir le moindre regret. Et ouais, pas de limite le mec, 2Pac quoi !

Je sais ! Le retrogaming !

Nan. Je suis incapable de me replonger dans Zelda 3 ainsi que dans la plupart de mes anciens jeux. A tel point que j'ai du mal à comprendre comment j'ai pu y jouer plus d'une heure à l'époque. Exceptions notables : Je n'ai pratiquement pas dormi pendant une semaine l'année dernière parce que j'avais eu le malheur de me relancer dans Xenogears. J'ai également refait Secret of mana sur mon iPhone (performance, croyez-moi).

Ah, il faut faire les jeux "importants", c'est ça ?

Et bien, j'ai un ami qui les fait systématiquement à 100% même s'il ne les aime pas d'ailleurs. J'ai déjà entendu des phrases du style "J'ai enfin fini "bidule truc", ouf tant mieux, j'en avais raz le Q". C'est genre une obligation pour lui, il faut qu'il en ait pour son argent et il faut qu'il fasse ces fameux jeux AAA + Prime Alpha/Indispensable/*****. Moi, le dernier Zelda sur Wii, j'y ai joué 2 heures puis je l'ai rangé sur une étagère pour ne plus jamais y retoucher. Souvent, je ne finis pas les jeux qu'un "bon gameur" devrait finir. Ex : je n'ai pas pu subir le dernier Deux Ex, une horreur pour moi. Mais j'ai retourné dans tous les sens Bulletstorm. Ahahah !

SHIT ! Me serais-je "casualisé" à l'insu de mon plein gré ?

En prenant du recul, je crois que mon cas est commun à beaucoup de jeunes de ma génération. Nous avons connu un certain "âge d'or" avec les plus grosses claques dans la gueule que le jeu vidéo ait jamais foutues. Certains diront que je suis "blasé", mais je pense plutôt que je connais si bien mes goûts à présent que je suis capable de rapidement voir si ça va le faire ou non. Et puis bon, c'était plus facile de torcher des jeux quand j'étais un jeune [email protected]?! de lycéen qui vivait chez ses parents. Ma philosophie de joueurs bientôt trentenaire : pas le temps pour les jeux qui me scotchent pas. Je veux bien cramer quelques chapelets d'heures, mais il faut que je sente le feeling, si je vois une sorte de routine s'installer : paf, c'est fini, j'ai plus envie.

Mais alors, ce gamer, on en fait quoi ?

À la belle époque, dans la cour ou devant le bahut, quand tu parlais avec tes potes, il y avait pas de "gamer", de "hardcore", de "casu". On parlait des jeux qu'on aimait comme on parlait des films qu'on aimait, tout simplement.

Ce nouvel élitisme puant qui voudrait trier qui est gamer de qui ne l'est pas sur des critères totalement subjectifs et à géométrie variable est juste ridicule. Le jeu vidéo appartient à tout le monde et chacun est libre de l'aimer à sa façon. De quel droit un joueur 100% online serait moins "gamer" qu'un joueur solo ? Ou comme quelqu'un ne jouant qu'à des FPS en mode compétitif le serait vis à vis d'un gros joueur de RPG ? Personne ne trouvait Tetris "casu" sur gameboy et pourtant ce n’est pas un AAA.

Allez, transposons à un autre média. Vous iriez dire à quelqu'un qui ne lit que des romans de SF ou de Fantasy que ce n’est pas un "True Lecteur" ? En continuant avec ce genre de mentalité minable, on va finir par se retrouver dans le même cas que pour la musique : à ne plus pouvoir parler de ses goûts ouvertement sous peine d'être jugé par des ayatollahs plus intéressés par leur image de hype que par leurs expériences avec le média.