Episode 2: Yayoi Kusama

« Un jour, après avoir vu, sur la table, la nappe au motif de fleurettes rouges, j'ai porté mon regard vers le plafond. Là, partout, sur la surface de la vitre comme sur celle de la poutre, s'étendaient les formes des fleurettes rouges. Toute la pièce, tout mon corps, tout l'univers en seront pleins ; moi-même je m'acheminerai vers l'autoanéantissement, vers un retour, vers une réduction, dans l'absolu de l'espace et dans l'infini d'un temps éternel. Je fus saisie de stupeur. Peindre était la seule façon de me garder en vie, ou à l'inverse était une fièvre qui m'acculait moi-même. »

Yayoi Kusama

Yayoi Kusama est née en 1929 à Matsumoto, dans la préfecture de Nagano. Élevée dans un milieu patriarcal et autoritaire, elle à toujours été incomprise par ses proches, qui n'ont jamais accepté son attrait pour l'art.

Complétement folle, et surtout malade psychologiquement, Kusama à toujours souffert d'hallucinations visuelles, notamment durant son enfance. Ces hallucinations, lui faisant voir le monde couvert de pois colorés, et lui faisant totalement perdre conscience de la réalité, sont l'un des événements marquants de sa vie artistique.

Elle quitte le japon en 1957, direction New York, pour s'impliquer dans le pop art, l'avant garde, le happening et le psychédélisme. Elle sera notamment proches de certains des plus grands artistes du 20e siècle, comme Andy Warhol, Yves Klein, Pierro Manzoni, Klaes Oldenburg, Lucio Fontana ou encore Jasper Jonhs.

En 1960, elle publie "Le manifeste de l'oblitération", déclarant: "Ma vie est un pois parmi des milliers d'autres pois".

Elle rentre au Japon en 1973, et vit depuis 1977 dans l'hôpital psychiatrique Seiwa, en face de son atelier. Pour Kusama, qui à conscience d'être folle, l'art est la seule manière d'extérioriser et de se libérer de ses tourments psychologiques. Kusama part du principe qu'il faut combattre le mal par le mal.

Ses motifs répétés, ses miroirs, ses lumières, démultiplient l'espace, et donnent une sensation d'infini extrêmement perturbante pour le spectateur. Celui ci est en effet engloutit dans l'œuvre, et perd totalement conscience de l'espace, comme Kusama durant ses délires.

Ce que je vous présente ici n'est qu'une partie infime de son immense travail. Car Yayoi Kusama est aussi une féminise active, qui dénonce autant l'exploitation de la femme que le société de consommation, la puissance de la presse et la liberté sexuelle.

Et c'est aussi un formidable exemple de l'acceptation de soi même. Car elle sait qu'elle est folle. Et cette folie, au lieu de devenir un handicap, devient le moteur de sa création. Elle est aujourd'hui l'une des plus grandes artistes japonaises de tous les temps, à 83 ans.