Comme souvent, c'est à vélo que l'on complète la
cartographie mentale d'une grande ville, que l'on découvre ses fabuleux
endroits, dissimulés aux premiers regards, en retrait des trajets les
plus empruntés quotidiennement.

Cette invention parfaite m'avait déjà permis de vous présenter le premier lieu insolite de Tokyo sur ce blog. (Cliquez, ouvrez les yeux et rappelez-vous)

C'est encore cette fois-ci grâce à mon deux-roues que j'ai pu
découvrir, bien malgré moi, un nouvel endroit clef de Tokyo, totalement
mystique : l'Avaleur de vélos.

Le vélo au Japon
c'est paradoxalement.. le pied ! Son utilisation est à l'abri de tout
règlement strict et contraignant ; c'est à dire qu'on ne vous blâmera
pas d'emprunter la route à défaut du trottoir réglementaire. Puissant
face aux piétons, rapide dans les bouchons, pas d'amende honteuse de 90
bouzourfs pour infraction minime à la mode vélib. Ici vous êtes les
princes de la ville.
Le seul handicap assez casse coucougnettes,
c'est l'interdiction de parquer son bolide librement.

Aux alentours des
gares notamment, pullules des panneaux de ce genre, dont on se passerait bien :

 

Ceci n'est pas un parking

 

Emplacement hostile aux bicyclettes

 

Règle du jeu oblige, on y gare tout de même sont vélo, en rigolant
aux nez des petites étiquettes d'interdictions que l'on retrouve collées aux guidons passées quelques heures.

 

on commence par un petit warning...

 

... puis on plonge dans la grosse consommation

 

Puis un sale jour, le vélo disparaît. Et là, on se met à
déchiffrer comme un looser (énervé en plus) le panneau d'interdiction, jusqu'à sa
dernière ligne, comme le revers du paquet de céréales au ptit dej. On y
remarque alors une carte jusqu'alors totalement ignorée. Elle indique
l'antre de l'Avaleur de vélos.

 

"Putain de hieroglyphes ! On est au béaba de la cartographie !"

C'est grossomodo ce qui m'est arrivé.

J'ai donc pris le métro en direction du lieu dit, non sans une étrange appréhension. Après un changement, j'arrive à Shinagawa Sea Side, une petite station au Sud Est de la grosse gare de Shinagawa, qui comme son nom l'indique se trouve près de la mer, en bordure de la baie.

Loin du Tokyo électrique et coloré que l'on a l'habitude de présenter dans les docus TV, me voilà débarqué dans le Tokyo austère des films de Kitano, celui respire les années 80-90. L'espace est étouffé par de gros  bâtiments vétustes dont le "blanc façade" a essuyé les gaz
d'échappement, emmuré par des locaux d'entreprises dépouillées de toute
fenêtre ou ouverture, semblant avoir été abandonnés depuis l'explosion
de la bulle économique japonaise.
Il y a aussi des grands axes routiers
qui s'entremêlent du sol jusqu'au dessus des têtes.
Juchés sur d'imposants pilonnes crasseux, ils forment un épais plafond
bloquant lumière du jour, ou parfois, lui appliquant un filtre
salissant
.
L'atmosphère oppressante propage un fort sentiment de déprime, pareil à un mauvais et interminable Dimanche chez grand-mère.

La carte indique qu'il faut emprunter un pont pour rejoindre la presqu'île du mystérieux Avaleur de vélos. Cela tombe bien, le noir commençait à m'envahir.

J'entame la traversée du pont. La visibilité sur l'horizon est retrouvée. Le
ciel est d'un blanc uniforme, éblouissant et intemporel. En bas,
l'omniprésence de la mer et de ses flots sombres et glacés font naitre
des pensées sordides dans ma tête. Elles m'avertissent du faible taux de survie en cas de chute malencontreuse ou volontaire. Laul.

Je
suis tiré de mes pensées par le bruit d'un poids lourd circulant entre
les différents hangars du coin. Son passage fait vibrer mollement
l'édifice d'acier qui se charge de compléter mon réveil. En jetant un
regard en arrière, on peut contempler la façade extérieure de la ville
découpée par de grands buildings, un aspect du paysage Tokyoite que
découvrent habituellement les voyageurs ou les immigrants venus par
bateau.
C'est en observant ce genre de paysages typiques, qui me
rappelle fortement des films de Kung Fu en VHS, que je prends pleinement conscience de vivre dans une ville d'Asie. Re-laul.

Me voilà à l'autre bout du pont.

Pour ceux qui ont lu jusqu'ici, rendez-vous pour la deuxième partie !