À quelques encablures du dernier E3, Nintendo annonçait à ses socios l’arrivée de sa future plate-forme de jeu, nom de code NFP pour "NFC Featured Platform” et/ou “Nintendo Figurine Platform”. Utilisant la fonction NFC du gamepad Wii U, qui n’a jusque là eu droit qu’à un spin-off Poké au rabais, cette nouvelle « console » gravitera autour de la Wii U, mais aussi autour de la 3DS dès 2015 (grâce à un adaptateur et la très probable 3DSi).

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 Le marché  des jouets vidéo, porté par Skylanders et Disney Infinity, semble avoir un fort potentiel, et avec la fonction NFC de la Wii U, l’arrivée de Nintendo sur ce marché était plus qu’attendue. Le leader du marché, Skylanders, avait d’ailleurs fait une proposition à Nintendo à l’époque de sa conception, et Nintendo, bien que très curieux, n’avait pas donné suite. C’est, qu’une fois n’est pas coutume, les Kyotards et leur culture de designer industriel by Miyamoto laissent mûrir les technologies avant se les approprier et de les réinventer à la sauce Yokoi.

Skylanders repose sur un modèle économique, le jeu en kit, et les figurines vendues séparément ne sont que des DLCs physiques. C’est bien, ça plaît énormément aux enfants et Activision, moins aux portefeuilles des parents, mais ces jouets se périment et n’apportent aucune profondeur aux gameplay des jeux en ne dépassant pas le gimmick. Rien de péjoratif à cela, la licence s’attachant à cibler une clientèle enfantine grand public en lui soutirant le maximum à travers les figurines.

Un écosytème qui lie un monde virtuel et des jouets, un système économique surtout, celui du DLC physique, particulièrement efficace sur un segment de clientèle avec un gros rapport à l’objet qu’est l’enfant. Le coup d’Activision avec son Skylanders, c’est d’avoir lié directement le merchandising au jeu. Un peu comme si demain en achetant le maillot officiel du Barca & co, vous aviez un code pour télécharger le nouveau FIFA. Un concept marketing donc, que Nintendo semble aujourd’hui s’approprier.

 

WallE, Robocop, R2D2, les amis robots.

Amiibo, la nouvelle plate-forme Nintendo à l’apparence de Skylanders-like, a été publiquement présentée lors du Nintendo Digital Event pendant l’E3 2014 (rappelons que Nintendo ne tient plus de conférence), et sémantiquement ce nom est un mariage entre ami (du français ami) et robot.

Des potos robots donc, avec de l’ADN Nintendo ras la gueule. Les « figurines » de Nintendo ne sont pas dédiées à un jeu, ni même à une série/licence en particulier, mais seront compatibles avec quasiment tous les jeux de la firme à partir de maintenant, les Smash Bros, Mario Kart 8, Yoshi… Une première différence avec les jouets d’Activision, mais pas la dernière.

Quand poser une nouvelle figurine Skylanders sur le portail éveille un nouveau personnage virtuel in game, les amiibo ne sont pas là pour débloquer un roster en kit, mais apportent un nouveau jeu qui se sert des jeux. Vous suivez ? Acheter un amiibo Mario ne débloque pas Mario dans le roster du prochain Smash Bros, mais le prochain jeu de bagarre Nintendo vous permet de jouer avec votre amiibo Mario.

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Toujours pas capiche ? Amiibo est un jouet muni d’un petit cerveau électronique, que vous allez farmer comme un Tomagotchi au travers des jeux compatibles. Dans Smash Bros par exemple, vous pourriez vous battre avec, et le faire monter en XP, débloquer des « succès/trophées » qui lui débloquent des coups spéciaux… vous pouvez l’affronter, lui kicker son ass… Jouer avec quoi. Puis ses stats devenues balèzes, vous emmenez votre amiibo avec vous chez le copain, le cousin, et vous lâcherez votre « création » dans l’arène, comme un Pokemon… pour le faire combattre votre pote, ou l’amiibo de votre pote… Dans MK8 ça pourrait être des ghosts-like, dans Yoshi Wooly un teammate… bref on verra ce que les équipes Nintendo proposent pour chaque jeu plus tard, à ce jour seule la fonction amiibo de Smash est dévoilée, et on n’a aucune idée de ce qu’une figurine du Villageois aura comme rapport avec Yoshi WW par exemple.

 

Amiibo c’est un Tomagotchi X « Monstre de Poche » X Gamercard.

Au printemps 2012, la rumeur d’un device « gamercard » sur Wii U trainait dans l’internet, et si les choses ont bien évolué depuis, on retrouve beaucoup de cette idée dans amiibo. Nintendo, qui rappelons-le ne tient plus de conférence à l’E3, n’en reste pas à cette seule différence, puisque sa Wii U n’intègre pas de systèmes de trophées/succès unifiés comme XBox et Playstation, et rend donc impossible la matérialisation de ses médailles via un truc cool à embed..

Sur les jeux first party, c’est le plus souvent des tampons pour le Miiverse (réseau social Nintendo), ou traditionnellement du contenu. Sur les nombreux jeux third party, ça se passe via les trucs confortables et non contraignants type uPlay, Origins…  En permettant la personnalisation via la mémorisation de données, amiibo pourrait en parti répondre à ce système d’achievements par des rewards pour son/ses amiibo. Typiquement, en réalisant 200 KO dans Smash, vous débloquez un nouvel highkick pour votre amiibo -Starfox évidemment.

Ce système de « gamercard » pourrait être le premier cheval de troie commercial pour amiibo. Si vos jeux vous débloquent des choses s’utilisant avec les figurines Nintendo, combien de temps le joueur tiendra-t’il avant d’en acheter une ? Un système économique à l’instar de Skylanders, avec un DLC physique qui étend le jeu, le prolonge, avec de petits jeux dedans, un peu comme le VisualMemory de la Dreamcast mais différent…

Amiibo c’est aussi, avant tout, des figurines des mascottes des jeux Nintendo… Du merchandising dont les fans sont friands, et après la première douzaine distribuée en fin d’année, bundles et autres éditions limitées pourrait venir violer les portefeuilles des Nintendowhores… Des compagnons de jeu personnalisables, du farming, de la collectionnite… Ca vous rappelle rien ? Un indice, une licence qui imprime des billets depuis 20ans bientôt…

 

Killer-amiibo ?

S’il est encore difficile devant un manque d’infos à leurs sujets de certifier amiibo « killer-app » ou pire « machine seller », il est plus facile dans un premier temps de les qualifier de « money printer ». Et cela apparaît comme leur premier rôle. Nintendo veut retrouver ses gros profits, avec une 3DS qui fonctionne bien mais chute, et aussi avec une Wii U avec les rotules à l’air… Le parc n’a jamais décollé, et si un rythme intéressant a été trouvé avec le Messie Kart 8, pas de quoi retrouver un océan bleu de billet comme avec la Wii.

Amiibo ne prend pas le cap d’un océan bleu puisque comme cité plus haut, avec Skylanders et maintenant Disney, il y a déjà de gros chalutiers le rougissant. Son cap, c’est celui d’un grand bassin de pisciculture, rempli des amateurs de l’univers Nintendo. Une fanbase étendue en somme. La conquête de nouveaux océans, Nintendo la garde pour son projet Quality of Life dont on devrait avoir des nouvelles en 2015, avec amiibo l’idée apparaît plutôt comme nourrir plus son coin d’océan propriétaire, avec des jeux 100% pur jus Nintendo comme on a pu le voir à l’e3 (auquel Nintendo participe sans tenir de conférence, rappelons-le), et des figurines à grosses marge$. Gadget donc indispensable.

Avec amiibo, plutôt que d’aller chercher de nouvelles parts de marché, Nintendo tente d’augmenter la profitabilité de celles qui sont siennes, mais pourrait aussi profiter d’un allié, la distribution retail. Du moins, avant d’en profiter, Nintendo en aura besoin. À l’instar de Skylanders, amiibo va avoir besoin de place dans les linéaires, que ce soit en boutique spé, chez les marchands de jouets, et dans la grande distribution. Tout cela se négocie évidemment, et si à ce jour on ne sait rien de ce qu’il en sera au final, Nintendo a une bonne carte à jouer en jouant l’ami des vendeurs. Sur un jeu neuf, pas de grosses marges pour les retailers, pire une partie des dépenses joueurs partent désormais dans des DLCs, et maintenant dans des abonnements donnant accès à des jeux en locations -donc des exemplaires vendus en moins dans la distrib (du moins pas en plus). Avec amiibo, Nintendo offre aux retailers un nouveau profit, en échange de plus de mètres linéaires dans les rayons, et gagne en partie de la visibilité pour son univers, donc sa Wii U en particulier. Une visibilité qui attirera surtout la curiosité des enfants et des parents, la famille, et des fans, grosso modo la cible Jacques et ses potes vers Nintendo avec sa Wii U et ses 3DS.

Ludiquement amiibo se présente comme du 100% Nintendo, avec un concept accessible, démocratisé, avec la petite dose de profondeur qu’il faut pour être retourné, rincé, et commercialement avec une belle marge pour payer les dirigeants les plus drôles et weirdos de la planète jeu vidéo. Reste à voir si killer-app ce sera, et si l’effet de manche sera profitable à ses machines Wii U, comme 3DS.

Dans tous les cas amiibo semble la première pierre d’un futur Nintendo qui deviendrait un écosystème autour duquel les consoles de jeu serait la base, et des objets intelligents, programmes de qualité de vie, & consorts, graviteraient autour. D’ici que la chorégraphie soit réussie, et que les doigts se touchent… Fusion.

 

Olff.