Mario voit rouge…

Les récents problèmes financiers de Nintendo ont une fois de plus fait les choux gras de la presse spécialisée et également provoqué stupeur (et tremblements) auprès de la presse plus généraliste. En effet, l’année fiscale qui s’écoulera en mars présentera vraisemblablement une perte estimée de l’ordre de 240 Millions $. Ce qui, après une année 2012 sauvée in-extremis (en grande partie grâce à la dévaluation du Yen), verra, pour la seconde fois de son histoire, Big N clôturer dans le rouge.

L’effet plus pervers de cette nouvelle est la levée de boucliers de l’ensemble de la communauté du Jeu Vidéo, faisant pleuvoir conseils et analyses avisées sur les solutions à apporter pour l’avenir de la firme. La plus récurrente étant, bien entendu, celle de lâcher la branche hardware pour ne se concentrer que sur le software.

Rien de nouveau, dirons-nous, ce n’est pas la première fois que cette idée est soulevée. Ce qui l’est plus en revanche c’est qu’elle est pour une fois appuyée non seulement par les détracteurs du plombier moustachu mais également par une partie des analystes.

N’étant pas moi-même un analyste, je vais simplement tenter d’exposer pourquoi cette solution ne peut être viable sur le long terme et pourquoi elle ne cadre pas avec les récentes man½uvres de Nintendo.

D’abord, il convient de rappeler que Nintendo n’est pas une entreprise en difficulté : d’une part elle est autofinancée (à 100%, elle n’a aucune dette financière bancaire), d’autre part elle dispose d’une réserve d’argent frais estimée à (selon les sources) plus ou moins 8 milliards de dollars.

Ensuite, il suffit également de mettre en parallèle les récentes déclarations et actions de Satoru Iwata :

  1. Le récent rachat d’actions de la famille de Yamauchi (BigN possède ainsi 17.5% de ses actions)

  2. La fusion des deux départements R&D portable et salon au sein d’un nouveau bâtiment (à Kyoto) dont la construction à débuté en 2012 et qui verra à terme son effectif se porter à 1200 employés,

  3. Les dernières déclarations à la conférence d’actionnaires :   les consoles portable et de salon ne seront plus complètement différentes, mais seront comme deux frères au sein d’une seule et même famille de produits

  4. L’année dernière Nintendo a augmenté de 80% le budget alloué à la R&D (Iwata à d’ores et déjà précisé que de telles dépenses ne sont pas envisagées au cours de la prochaine année fiscale).

Et enfin, et c’est là le point crucial qui intéresse directement le joueur (qui n’a que faire de bilans financiers et conjectures spéculatives) et non l'analyste en herbe : il serait intéressant de dresser un rapide historique de la firme et de sa politique afin de finir de se convaincre que de voir Mario sur PS4 n’est pas prêt d’arriver.

Actuellement, le constat n’est guère reluisant : une WiiU qui peine à convaincre joueurs comme éditeurs faute à une interface (GamePad en tête) finalement peu intuitive et de l’autre une 3DS dont sa principale avancée hardware, la 3D, vient d’être partiellement désavouée par son constructeur et son récent modèle, la 2DS. C’est de ce postulat que naît donc cette récente controverse : Nintendo n’est-il plus capable de proposer de réelles et excitantes nouveautés ?

Doit-on en tirer la conclusion que l’heure est à l’abandon de son activité de consolier ? C’est surtout aller un peu vite en besogne que de croire une seule seconde que BigN ne produira (dans un avenir proche du moins) plus ses propres consoles.

C’est oublier que la génération précédente est celle qui à vu naître les deux plus grosses avancées hardwares de la firme :

• La première étant le concept : Dual-Screen « tactile » de la DS qui en a fait la console la plus vendue au monde et qui a attiré un nouveau segment de marché, les joueurs occasionnels.

• La seconde est la promesse (plus ou moins réussie, là n’est pas le débat) du « Motion Gaming » de la Wii, elle-même succès commercial et machine la plus vendue de cette génération à peine achevée.

Vraiment, c’est au lendemain de ces deux succès commerciaux que la firme devrait arrêter le marché « console » ? Pour un « semi » échec de la WiiU (laissons-lui encore du temps, avant de la jeter aux oubliettes) et une 3DS qui commence à prendre elle aussi le chemin de la gloire, même si dans une moindre mesure que sa grande s½ur… Alors, la 3DS et la WiiU sont elles réellement le signe que la branche Recherche et Développement de BigN s’essouffle et doit cesser son activité ?

Ces deux machines ne sont pas « mal » réalisées, mais sont simplement les filles de concepts peu fascinants pour les joueurs. Elles sont les conséquences des idées des responsables de Nintendo plus que de sa branche R&D directement. D’ailleurs, cette division est celle qui à apporté la majorité des améliorations hardware du jeu vidéo actuel : Sticks analogiques, vibrations, gâchettes latérales, etc… Elle est également celle qui a été l’origine des avancées de ses concurrentes : Kinect et PS Move, par exemple ; mais, en allant plus loin, nous pouvons nous arrêter une seconde sur les annonces des PS4/XBOXone et se rendre compte que toutes les deux ont annoncé le support de modalités « cross-play », soit via SmartGlass ou PSVita… Une manette à écran tactile ? Ni plus ni moins que le GamePad, en quelque sorte… La veille concurrentielle de Sony et Microsoft serait donc aussi risible que ceux qui conseillent aujourd’hui à Nintendo de ne se concentrer que sur le software ?

Bref, il semble évident que Nintendo continuera d’aller de l’avant de la manière dont elle l’a toujours fait : sans se soucier du chant des sirènes, proche ou lointain soit-il. Et ce ne sont certes pas d’autres déclarations récentes d’Iwata qui contrediront ce qui précède : Nintendo compte se lancer d’ici 2015 vers des appareils centrés sur « la santé et le bien-être de l’utilisateur »… Reste, toutefois, qu’au-delà des apports de la R&D, ce sont les studios internes qui font les jeux, et par extension la console. Ainsi, en terme de prestige et de chiffres de ventes, la différence entre GameCube et Nintendo64 réside dans des softs tels que Mario64 ou Zelda Ocarina of Time, et l’attente n’a que trop duré concernant les futures annonces pour la WiiU...

ReBus.