
Si vous pensiez que le jeu vidéo tournait en rond et qu'il n'avait plus grand chose de neuf à proposer, il est grand temps de vous raviser. Si au premier abord ForeTales semble être un rogue-like deckbuilder comme il en existe à la pelle de nos jours, il est en réalité tout autre. Le jeu du studio français Alkemi (et édité par l'éditeur non moins français Dear Villagers) se paie le luxe de casser tous les codes et de proposer une expérience totalement innovante, entièrement à base de cartes.

Qui Volepain vole un boeuf
Dans ForeTales, le joueur incarne un oiseau anthropomorphe du nom de Volepain. Comme son nom le laisse suggérer, ce dernier est un voleur à la petite semaine à qui on propose un boulot de rêve. Il va donc avec son comparse Leo se lancer à la recherche d'une Lyre particulière afin de la rapporter à son commanditaire. Cette section qui sert de tutoriel s'achève par un Volepain atteint de visions de mort et de destruction. Lorsqu'il revient à lui, Leo est porté disparu et a été fait prisonnier. Il se retrouve donc seul à décider de son destin qui sera également celui du monde. Que devra-t-il faire en premier ? Rapporter l'artefact à son employeur ? Aller sauver Leo, ou encore tenter de rendre la lyre à son propriétaire ? A vous de voir l'approche à avoir pour faire avancer l'histoire. Mais attention, vos visions se réaliseront après un certain nombre de missions à moins que vous n'ayez fait ce qu'il faut pour les empêcher. Ainsi toute l'histoire est un jeu permanant de priorités et de choix ayant des conséquences diverses et menant via un voyage différent à une fin tout autant différente. Ce n'est qu'après avoir terminé une version de l'histoire que le jeu propose de tout recommencer, mais en gardant en mémoire (tant dans la vôtre que celle de Volepain) les événements. A vous alors de modifier votre approche encore et encore jusqu'à arriver à une fin que vous jugerez adéquate. Après un premier run, il est d'ailleurs possible de revenir en arrière en annulant une mission si le résultat n'est pas celui escompté. Dans tous les cas, chacune de vos décisions et des conséquences est racontée par un narrateur et l'intégralité des textes du jeu est en français.
Un jeu qui a de la ressource
Si la trame principale est déjà une affaire de choix, l'intérieur des missions (qui composent le coeur du jeu) l'est tout autant. Chaque mission est une suite de plusieurs quêtes. Pour passer à la suite, il faut réussir la quête en cours, non sans réussir d'éventuels objectifs annexes qui peuvent apporter des bonus bien utiles. A chaque étape, le jeu propose au centre de l'écran plusieurs cartes lieu. A chacun de ces lieux, on peut utiliser une compétence ou une ressource. Les compétences de chaque personnage, disposées en bas à gauche de l'écran (une équipe de 3 personnages maximum peut participer à une mission) sont en nombre limité dans votre deck, tandis que vos ressources en bas à droite (or, nourriture, gloire, infamie, objets et compagnons) dépendent directement de vos actions. Chaque fois que vous utiliserez l'un ou l'autre sur une carte lieu, si tant est que vous disposez des ressources nécessaires, des ressources vous seront octroyés en échange et d'autres effets seront appliqués. Parmi ces effets, on peut citer le changer du lieu par un autre lieu spécifique, l'arrivée de renforts dans la patrouille de recherche, l'ajoute de cadavres au cimetière etc... Ensuite, le lieu suivant de la pile de lieux est tiré. Lorsque les cartes de compétences viennent à manquer, il est possible un nombre de fois limité par section de se reposer moyennant une pénalité diverse pour récupérer quelques cartes. Tout le jeu consiste à optimiser en permanence les utilisations de ressources et les gains pour obtenir ce qu'on souhaite pour réussir la quête. A noter que selon les personnages du groupe, plusieurs solutions s'offrent pour résoudre le problème. Certaines solutions sont plutôt diplomatiques, d'autres plus frontales. D'ailleurs, si le jeu permet (et impose parfois) l'affrontement, il indique régulièrement au joueur que ce n'est pas l'options à privilégier. D'ailleurs si un seul personnage meurt, c'est le game over. Heureusement que le jeu permet de recommencer à la dernière section ou à la dernière mission et n'est donc pas trop punitif.
Des combats de chiens
Si vous n'avez plus le choix, il est possible de rentrer en mode combat. Mais encore à ce stade il est possible de vous en tirer sans sortir les armes. Chaque carte ennemie, en plus de sa force et de son nombre de points de vie possède une valeur de moral. En haut à droite, un chiffre indique le moral global du groupe d'ennemi. Si vous arrivez à faire négocier suffisamment pour que ce score descende à zéro, le reste des ennemis prendra ses jambes à son cou en vous octroyant au passage quelques unités de gloire. Il existe plusieurs façons de négocier, toujours en utilisant des cartes de compétences ou des ressources. A vous d'optimiser au mieux pour arriver à vos fins. N'oubliez pas que chaque ennemi tué ira remplir votre cimetière avec des conséquences à long terme sur l'histoire. A noter qu'un certain groupe d'ennemi (les infectés) ne peut être corrompu que par de la nourriture, mais a la particularité de ne pas remplir le cimetière en cas de décès. Dans tous les cas si un combat s'en suit, chacun des personnages se confrontera avec l'ennemi en face de lui (ou un autre si personne n'est en face). La force d'une carte est directement déduite de la vie de celle d'en face, et ainsi de suite jusqu'à ce que le groupe d'ennemi soit annihilé. N'oubliez pas que si un seul de vos personnages meurt c'est la fin des haricots.
Mon avis à moi
ForeTales réussi l'incroyable pari de nous proposer du jamais vu, à mi-chemin entre le jeu de société, le jeu de carte et une expérience narrative. Ce melting pot que seul le jeu vidéo peut proposer permet de jouer avec les choix et conséquences dans toutes les strates de son gameplay avec une cohérence inouïe. Il offre de plus une durée de vie plus que confortable pour celui qui tentera d'essayer toutes les approches possibles.

A qui s'adresse ForeTales ?
- A ceux qui cherchent une nouvelle expérience
- Aux fans de jeux narratifs
- A ceux qui aiment les cartes
A qui ne s'adresse pas ForeTales ?
- A ceux qui aiment les jeux linéaires
- A ceux qui aiment l'action
- A ceux qui n'aiment pas les animaux anthropomorphes
Johann Barnaud alias Kelanflyter


