Si c'est plus rare de nos jours, il était très fréquent à l'heure des 16 bits que des jeux ne sortent jamais dans nos contrées, à fortiori s'il s'agissait d'un RPG. Live A Live fait partie de ces jeux Super Famicom qui n'ont jamais quitté le Japon et n'ont donc été accessible ici que par une poignés de fans adeptes de l'émulation et des fan-trads. C'était donc avec joie et curiosité qu'a été accueilli l'annonce d'un remake du jeu sur Switch utilisant le fabuleux moteur HD-2D d'Octopath Traveler et Triangle Strategy. Le titre de SquareEnix arrive enfin dans nos mains, et tout traduit en français qui plus est. Voilà l'occasion de voir ce qu'il a dans le ventre.

Quand je serais grand je serais cowboy

Beaucoup de RPG proposent une grande aventure épique aux joueurs, mais Live A Live prend une direction apparemment diamétralement opposée. Dès la début - après juste une petite séquence d'introduction pour appâter le chaland - le jeu propose de sélectionner un chapitre parmi 7. Mais la nouveauté ici est que chaque chapitre est indépendant et suit les aventures d'un personnage différent dans un contexte et surtout une époque différente. Il est donc possible de choisir un séjour à la préhistoire, une aventure durant la chine impériale, un petit trip au Japon médiéval, une balade au Far West, des pérégrinations au présent (du moins le présent de 1994), une plongée dans le futur proche, et enfin une immersion dans le futur lointain. Etrange sur le coup de ne pas voir l'époque médiévale traditionnelle représentée, alors qu'elle est la plus typique des RPG. Live A Live veut secouer la matrice et proposer une expérience unique. Chacune des aventures et un condensé de RPG qui se base toujours sur des bases communes de gameplay, mais apporte aussi ses propres spécificités et une vision particulière. Il faut dire que chaque chapitre a été créé par une équipe différente. C'est un peu comme si de nos jours, nous organisions une Game jam de RPG Maker et agglutinant les meilleurs dans une compilation. Mais ceci n'est en réalité qu'une apparence, car les chapitres ont plus de liant que ce qu'on pourrait penser de prime abord. Difficile de trop en dire sans spoiler plus qu'il ne faudrait. Mais sachez juste qu'une fois les 7 chapitres terminés, une nouveau chapitre médiéval (ah bah le voilà !!) se débloque et se termine par un cliffhanger qui aboutit sur un véritable chapitre final qui va définitivement lier toutes nos aventures.

J'aurais voulu être un artiste...

Si chaque chapitre de Live A Live est indépendant et peut se jouer dans l'ordre de son choix, tous partagent le magnifique moteur HD-2D inauguré par Octopath Traveler et sublimé par Triangle Strategy. Et force est de constater que si le jeu original Super Famicom est respecté au presque tout point, il est méconnaissable tant la refonte graphique sublime le jeu. Avec une vue plus en profondeur, et un système d'éclairage dynamique, le jeu en mets plein la vue pour les amateurs de 2D. Mais le lifting se fait aussi dans l'interface du menu refondue et bien plus accueillante. Un certain nombre de petits ajouts de confort et d'équilibrage ont aussi été faits. Par exemple il était possible de one shooter un certain boss avec une attaque spécifique, ce qui ne sera plus possible sur Switch. Par contre le dernier chapitre est un peu plus simple vu qu'il régénère certains items récoltés auparavant, ce qui n'était pas le cas sur Super Famicom. Le jeu offre également un nouveau boss final supplémentaire lors de la true ending. Rien qui ne change radicalement le jeu, mais assez pour le transcender. D'ailleurs les musiques également ont été réorchestrées pour notre plus grand bonheur, et tous les textes sont doublés en anglais ou Japonais et traduits en français. Le jeu reste globalement très facile et assez court pour les standards du genre. Il m'aura fallu un peu plus de 27 heures de jeux pour voir la True ending et la bad ending, et faisant tous les donjons optionnels finaux et en tuant la moité des boss cachés. Comptez bien 30 heures pour le 100%.

Carré Strategy

Le système de combat est également un élément qui lie tous les chapitres entre eux. Dans tous les cas, une confrontation se déroule toujours sur un échiquier. A votre tour, vous pouvez sélectionner une attaque parmi votre panel. Certaines attaques demandent un certain temps de préparation durant lequel d'autres personnages (amis ou ennemis) vont intervenir. Car derrière la façade classique tour par tour se cache un système d'ATB un peu différent. Vous aurez tout le temps de choisir, mais chaque mouvement sur la grille de combat fait avancer la barre des autres personnages. Si vous bougez un peu trop pour vous placer, un ennemi pourra donc vous damner le pion. Certaines attaques peuvent interrompre les phases de préparation d'attaque pour les annuler, rendant les attaques les plus puissantes parfois hasardeuses. Mais Live A Live est plus qu'une variante en damier de combats traditionnels. On est plus proche d'un jeu d'échecs, où le positionnement est la clef. Une autre clef toutefois réside dans les résistances et faiblesses de ennemis. Sans le bon type d'attaque, il sera parfois très difficile de venir un bout des ennemis. Heureusement qu'il est très souvent possible de fuir. Dans le doute, n'hésitez pas à sauvegarder très souvent (possible dès qu'on a la main sur le déplacement hors combat), car un game over arrive vite. Un personnage mis KO est juste temporairement inactif, un simple soin le réactivant à nouveau ; mais s'il reprend des dégâts il est sorti du combat définitivement. Heureusement, après chaque combat, les personnages reviennent tous et regagnent l'intégralité de leur santé et sont expurgés d'éventuels effets néfastes. Pas besoin donc de se préoccuper du soin entre les combats et vous pouvez tout donner à chaque confrontation.

Un jeu à la carte

Si le jeu permet déjà de choisir l'ordre des chapitres, il permet également une certaine liberté à l'intérieur des chapitres eux même, outre le choix évident du nom des personnages. Le chapitre du Japon médiéval par exemple offre la possibilité de tuer les ennemis ou de les éviter, avec des variantes finales en cas de 100% de tués ou de partie sans victimes. Ce chapitre de plus possède un level design travaillé avec plusieures routes possibles pour arriver à bon port. Le chapitre du présent donne la possibilité de rencontrer les adversaires dans l'ordre de son choix, à la manière d'un Mega Man, sachant que vaincre un adversaire et lui voler ses techniques peut se révéler un avantage énorme contre certains autres adversaires. La Far West offre la possibilité durant un temps limité de fouiller un village etde confier des objets trouvés à des alliées pour qu'ils construisent des pièges afin de contrer une attaque de bandits. Les plus valeureux pourront tenter de n'en poser aucun et de se battre contre le gang en entier. Le choix de la chine est important, car les actions influeront directement sur le personnage parmi 3 qui ira jusqu'au bout de l'aventure. Les trois autres chapitres sont un peu plus linéaires, même si le futur propose tout de même de consulter une carte et de se frayer un chemin dans le vaisseau selon différents itinéraires. Si la manière de réussir un chapitre ne vous sied pas, il est possible de le refaire par la suite, en important certaines décisions dans le chapitre final.

Mon avis à moi

Live A Live est un jeu non conventionnel est particulièrement culotté en son temps. Avec cette refonte sur Switch, le jeu devient enfin accessible à tous pour qu'un maximum puisse découvrir en quoi ce jeu était particulier. Et après toutes ces années il est toujours aussi surprenant avec son format étrange mais passionnant. On déplorera peut-être le trop plein de combats sur le dernier chapitre et une inégalité de traitement entre les aventures, mais rien qui ne saurait entacher ce titre enchanteur.

A qui s'adresse Live A Live ?

- A ceux qui aiment les jeux non conventionnels

- A ceux qui voulaient découvrir ce jeu depuis longtemps

- Aux fans des histoires multiples

A qui ne s'adresse pas Live A Live ?

- A ceux qui aiment les jeux difficiles

- A ceux qui aiment passer une centaine d'heure sur un RPG

- A ceux qui n'apprécient pas la beauté de la 2D

Johann Barnaud alias Kelanflyter