J'aime Dark Souls. Pas seulement en tant que jeu, mais aussi pour tout ce qu'il a apporté au jeu vidéo, à une époque où la frustration était devenu un gros mot pour les éditeurs. Il a prouvé que de cette frustration pouvait naître une grande satisfaction, pour peu que la recette soit bien dosée, et qu'il y avait un public pour ce genre de jeux. Depuis l'influence de la série dans les codes des jeux modernes ne fait plus aucun doute, et nous sommes presque noyés sous les successeurs spirituels, pour le pire et pour le meilleur. Et parmi tous ces jeux qui se revendiquent de cette plus si nouvelle école, aujourd'hui nous jetons notre regard sur Moonscars, de Humble Games et Black Mermaid, qui adapte la formule à la 2D comme tant d'autres l'ont fait avant lui. Reste à voir s'il parvient à se démarquer de son modèle sans perdre en qualité.

Ce test a été réalisé sur switch à partir d’un code fourni par l’éditeur.

Vous êtes Irma la grise, un argiléen, une âme enfermée dans un corps d'argile, qui sert un maître mystérieux appelé le Sculpteur. Après une cinématique d'introduction incompréhensible, vous vous retrouvez proche du château dudit maître, bien décidé à le trouver pour lui poser des questions sur votre existence et sur le but qu'il suivait en vous créant. Pour cela vous allez devoir trancher toutes les créatures qui se dresseront sur votre chemin, dans un monde ravagé et à l'agonie, où les humains ont disparu. Et puisque ce serait dommage de ne pas cocher un maximum de cases du Souls-like réalisé de façon scolaire, ajoutons qu'en plus de l'histoire cryptique qui se révèle petit à petit et du monde sombre typé dark fantasy, nous avons une gestion de la mort intra diégétique (à chaque mort un nouveau « moule d'argile » est créé), l'obligation de revenir au lieu de votre mort pour récupérer votre monnaie, la poudre d'os, un monde qui s'ouvre au fur et à mesure que vous battez les boss, et beaucoup de raccourcis à ouvrir entre deux feux de … Pardon. Entre deux miroirs des ténèbres. Miroirs qui vous serviront à acheter vos upgrades, à vous téléporter à un autre miroir ou à aller à l'atelier, qui sert de hub central.

Une chose est sûre, tous ceux qui connaissent et aiment cette formule seront à l'aise. Mais Moonscars a beau être le premier jeu de Black Mermaid, il veille à dévier de son modèle sur plusieurs points pour garder sa propre personnalité :

Le style graphique 2D en pixel art est assez marquant, et vu qu'il est très tranché vous l'aimerez ou le détesterez en fonction de votre sensibilité. Par contre la direction artistique fait que les zones, bien que différentes entre elles, donnent quand même une impression de redondance. Les musiques sont toutes sur un rythme tranquille et mélancolique lors de l'exploration et elles deviennent rapides lors des combats. C'est assez simple et elles ne marqueront personne, mais elles fonctionnent bien et font plaisir à l'oreille.

Le côté sombre du titre se ressent aussi dans la difficulté globale. Vous aurez deux phases de lune : rassasiée et affamée. Quand la lune est rassasiée, le jeu est globalement juste, si vous êtes un habitué des jeux 2D. Par contre si vous mourrez elle devient affamée, et là même un joueur chevronné devra être prudent : les ennemis tapent plus forts et encaissent mieux vos dégâts. Pour repasser en mode normal, soit vous battez un boss, soit vous offrez un ganglion à la lune, qui sont des objets assez rares en début de jeu, d’autant qu'ils servent aussi à acheter certaines reliques puissantes.

A chaque fois que vous trouvez un nouveau miroir, vous serez ramené à l'atelier . Une fois revenu devant le miroir, vous trouverez un double de vous-même, plutôt fort, que vous devrez battre, afin de récupérer une arme secondaire parmi un choix de trois. Sachant que cette arme peut vous donner un bonus de jauge de vie ou d'ichor, et que vous la perdrez au prochain miroir découvert, nécessitant de battre vos doubles à chaque fois, et multipliant les occasions de perdre et de rendre le jeu plus difficile pour la suite.

De même votre poudre d'os vous permettra d'acheter quelques reliques à l'atelier, qui vous donneront des bonus bien agréables quand vous les équiperez. Vous pourrez aussi acheter ou améliorer des sorts à chaque miroir, qui puisent dans une « jauge d'ichor » dédiée, et s'avèrent très puissants. A noter que cette jauge se remplit quand vous frappez un ennemi et peut être utilisée pour se soigner, en plus de vos magies, en sachant qu'utiliser la magie rend une partie de votre jauge impropre à la magie, mais toujours utilisable pour les soins. Et vu la vitesse à laquelle la vie tombe, même en mode « lune rassasiée », ce n'est pas du luxe. Et ça permet à la magie de rester utile, vu qu'il ne sert à rien de ne pas l’utiliser en vue de la réserver pour les soins.

Le jeu veille à ce que vous ne passiez pas à côté de son histoire. J'avoue avoir eu très peur en début de jeu, avec tous ces termes jamais expliqués, ces références à des événements passés. Mais au final on finit par raccrocher les wagons à la fin, même s'il s'avère que le scénario est sympa sans être marquant pour autant.

Le level design alterne entre les couloirs où vous pourrez aller et venir, faire de la plateforme, tenter d'attirer les ennemis un par un et chercher des secrets dans des zones cachées, et des salles qui se ferment quand vous entrez dedans et vous mettent face à plusieurs ennemis en même temps, que vous devrez alors exterminer pour pouvoir continuer.

Le gameplay des combats est le plus gros point fort du jeu. Ici on garde la notion de parades et d'esquives calculées, on se limite à une seule arme, avec un moveset que vous ne pourrez pas changer, et on ajoute une patate d'enfer. Esquive aérienne ou au sol, parade au timing assez généreux pour caser une période d'invincibilité et un coup puissant, ajoutés à des combos rapides permet déjà d'assurer un rythme rapide et fluide pour celui qui maîtrise ce système. Mais si on ajoute la possibilité d'annuler presque n'importe quel coup pour faire un dash ou une parade, on gagne des combats très satisfaisants, qui favorisent l'attaque à outrance, vu qu'il est assez possible de réagir à toute attaque, sans devoir subir des dégâts à cause d'une animation en cours. D'ailleurs vu qu'on parle d'animations, elles sont remarquables et contribuent vraiment à ce dynamisme et à la satisfaction de se voir massacrer des adversaires pourtant assez forts pour vous mettre à terre si vous avez le malheur de relâcher votre attention.

Le bestiaire est varié et se renouvelle bien pendant la première moitié de l'aventure. Ensuite le jeu se met à varier les situations en utilisant le level design et les ennemis existants. Rien de génial, mais ça m'a permis de ne pas ressentir d'impression de lassitude, et j'en suis le premier surpris. Une petite note sur les combats de boss qui sont tous très réussis et vous demanderont de vous y reprendre à plusieurs fois pour bien apprendre les patterns.

Par contre j’ai un regret pour les armes secondaires. Bien qu'elles soient puissantes et capables d'infliger des malus à vos ennemis, elles sont presque toujours inutiles car très lentes à sortir. Et vu que les combats vont très vite, elles nécessitent un risque conséquent qui n'est pas justifié par les avantages qu'elles procurent. J'ai fini par oublier leur existence, et à chaque nouveau miroir je ne les ai choisies qu'en fonction des bonus procurés.

Mais si Moonscars offre un level design efficace, des combats prenants et haletants et une aventure globalement bien rythmée pendant les 10 heures que durent le jeu (ce qui pour moi est la juste durée pour ce genre), il est aussi bardé de problèmes impossibles à ignorer à force de jouer.

Le plus évident en premier : la difficulté est mal réglée. En mode « lune affamée » on meurt à une vitesse folle. Même en fin de jeu, avec une barre de vie bien améliorée j'ai vécu des morts express à cause d'une unique erreur dans un combat de plusieurs minutes. Et encore à ce stade j'avais une réserve de ganglions assez grande pour repasser en mode « lune rassasiée », mais au début du jeu c'est mort en deux coups, et des ganglions trop rares pour être utilisés. Le joueur qui a du mal sera puni pour avoir encore plus de mal. Et ne parlons même pas du premier boss qui est LE pic de difficulté absurde du jeu, vu qu'il combine une rapidité folle dans ses attaques à l'assurance de vous tuer en deux coups, même si vous avez ramassé tous les bonus et secrets de la zone de début (après heureusement ça se calme sur les suivants). Alors certes ce mode plus difficile donne plus de poudre d'os, mais...

Très vite cette poudre ne sert plus à grand-chose, la faute à des magies qui consomment tellement d'ichor qu'elles sont rarement utilisées. Surtout qu'en mode affamé les soins sont fréquents et la barre peu remplie. Du coup on achète les reliques qu'on veut avoir, puis on achète des magies qu'on n'utilisera presque pas. Et vu qu'une magie améliorée consomme encore plus d'ichor, à quoi bon dépenser de la poudre d'os dedans ? Combinez cela à la grande difficulté du jeu après chaque mort, et vous apprendrez très vite à ne récupérer votre pactole que s'il est sur votre chemin. Vous apprendrez aussi à aller très vite sans faire de combats, vu qu'au final ils rapportent peu de ressources utiles. Au passage l'idée des doubles à abattre à chaque nouveau miroir, c'est sympa deux trois fois, mais ça devient vraiment pénible à la longue.

Et j'ai gardé le pire pour la fin, car autant malgré tous ces défauts vraiment gênants, voire horribles par moment, j'ai fini le jeu et j'ai réussi à en tirer un bilan globalement positif, autant il est temps de parler de l'impardonnable : la technique. Sur Switch c'est une CATASTROPHE. Ça rame dès qu'il y a trois ennemis à l'écran, puis ça redevient fluide, et ça rame à nouveau quand lesdits ennemis se mettent à bouger un peu trop vite, ça génère de la latence, ça vous fait prendre des coups que vous auriez pu esquiver et ça rend la mort parfois injuste. Et en plus de ça, le jeu plante régulièrement. J'ai planté trois fois dans la même salle en plein combat avant de pouvoir enfin la passer je ne sais pas comment. Et après un plantage j'ai rechargé ma partie et j'ai planté à nouveau après avoir fait trois pas. Et autant l'équipe a déjà réglé un bug bloquant qui empêchait de combattre le boss final, autant ce 27 Octobre 2022 pas de patch en vue pour corriger ces tarres. Du coup soit vous allez ailleurs que sur Switch, soit vous apprenez à sauvegarder dès que possible, comme ça quand ça plante vous ne perdez pas trop de progression. J'ai pas mal attendu, au cas où, mais toujours rien. Donc tant pis. Si vous lisez ces lignes pas mal de temps après prenez le temps de vous renseigner pour choisir votre plateforme.

En conclusion Moonscars est un bon jeu, mais qui n'est pas pour tout le monde. Si vous aimez les jeux à la difficulté très relevée vous serez à votre aise. Sinon passez votre chemin, vous n'êtes pas le bienvenu dans ce monde où l'échec est puni en rendant l'obstacle plus difficile à passer. Même si j'ai aimé le moment que j'ai passé sur ce jeu, je trouve dommage que la difficulté soit si élevée, au point d'écarter des joueurs qui auraient sans doute apprécié cette expérience. Mais si le défi vous tente, prenez le. Les combats et le level design valent le coup, et avec de la patience et de l'investissement ça reste faisable en 10 heures environ.

On terminera en se rappelant que même si Black Mermaid avait équilibré son jeu pour le rendre accueillant à plus de joueurs, j'aurais quand même déconseillé de le prendre sur Switch tant que la technique reste mauvaise à ce point. Et finir sur une telle conclusion, c'est sans doute la pire frustration que Moonscars m'a fait subir.

Vous aimerez Moonscars si :

  • Vous recherchez un défi relevé
  • Vous aimez les combats fluides et rythmés
  • Vous êtes sensibles à un univers et une histoires, travaillés et cryptiques sans être incompréhensibles
  • La DA vous plaît

 

Vous n'aimerez pas Moonscars si :

  • Vous aimez vos jeux d'action fluides
  • Vous ne voulez pas que vos erreurs, même minimes, soient traitées en mode « légion étrangère »
  • La DA vous rebute

Test réalisé par Luciole