Sorti en 2007, le premier No More Heroes (NMH) avait marqué tout un public grâce à sa proposition qui tranchait pas mal avec les jeux plus grands publics, casuals en grande majorité : dix assassins à abattre, un scénario qui part dans tous les sens, du sang dans sa version japonaise, qui fut censuré chez nous, une galerie de personnages qu'on dirait sortis de l'asile et surtout un anti-héro pervers, violent et peu adapté à la vie en société, qui sauvegarde aux toilettes et recharge son beam katana de façon bien tendancieuse. Ce grand n'importe quoi assumé a réussi à devenir un jeu marquant de la Wii, au point de donner naissance à une suite en 2010, qui bien que réussie a dû faire face à une vérité cruelle : une part de l'intérêt du 1 venait de son côté inattendu, presque impossible à recréer par la suite. Ceci explique sans doute pourquoi le 2, plus maîtrisé mais aussi plus sage, n'a pas vraiment laissé de trace. Puis c'est le calme plat jusqu'en 2019 avec la sortie du spin-off Travis Strike Again, qui fit espérer aux fans ce troisième épisode, enfin sorti en 2021 sur Switch, et aujourd'hui présent sur tous les autres supports. Jamais deux sans trois comme on dit.

 

Ce test a été réalisé grâce à un code PS4 qui nous a été fourni. Ce qui ne m’empêche pas de vous mettre un trailer de la version Switch car il est meilleur tout en spoilant moins.

 

 

Alors qu'il prenait un repos bien (?) mérité, Travis se fait déranger par une invasion d'aliens, bien décidés à conquérir la Terre, et dirigés par FU, de son nom complet Jess Baptiste VI. Après avoir dévasté une bonne partie de la ville, il décide de monter un tournoi d’assassins intergalactiques sur le modèle des jeux précédents. Et voilà tout le scénario. Comme à chaque fois c'est plus un prétexte pour enchaîner les situations loufoques qu'une histoire censée nous accrocher. Ce n'est pas très important. Dans un NMH il faut plutôt attendre des événements WTF, des personnages hauts en couleurs, l'envie d'aller au prochain combat de boss pour voir ce que Suda a bien pu inventer. Et on sera bien servis, parfois jusqu'à l’écœurement.

C'est globalement bon, et les fans ne devraient pas être déçus. Pareil pour ceux qui savent où ils mettent les pieds. Mais parfois le jeu va trop loin et parvient à ruiner certaines idées par moment. Certaines idées scénaristiques du 1 et du 2 sont reprises ici, mais se répètent et perdent de leur intérêt, au risque de devenir ennuyeuses à la longue. De même les antagonistes ne parviennent pas à marquer autant que leurs prédécesseurs. Ils ne sont pourtant pas moins travaillés au niveau de la personnalité, et s'ils n'ont aucun background, c'était aussi le cas dans les jeux précédents. Mais voilà : en plus d'être moches, ils n'apportent rien de plus, et s'ils arrivent encore à nous surprendre, ça reste plus rare. J'en ai même noté deux qui étaient bien ratés de mon point de vue.

A côté de ces quelques déceptions on a quand même droit à pas mal de séquences bien barrées, comme un rap battle qui se déclenche sans prévenir, des séquences tirées d'autres styles de jeux qui viennent se greffer par moment et pas mal de cassages du quatrième mur qui fonctionnent bien. L'humour et les surprises restent bien présents, et on a droit au meilleur grand méchant de la série. FU est violent, excessif et détestable, et se posera très vite comme une vraie menace pour Travis. Un très bon point sur lequel cet épisode surclasse ses prédécesseurs. Et en parlant de Travis, il est plus attachant que jamais. Le nerd loser du premier épisode est beaucoup plus sûr de lui et a gagné en charisme et en classe. Il aime toujours autant frimer et mener les choses à son rythme, et c'est un vrai plaisir de le retrouver

Avec tout ça il faut quand même l'admettre : la formule commence à rouiller. Ça marche encore pour cette fois, car en 10-15 heures de jeu ce dernier n'a pas le temps de perdre son rythme, mais si Suda 51 souhaite faire un épisode 4, il faudra penser à renouveler le tout.

Maintenant qu'on a parlé de l'essentiel pour un NMH, parlons de l'essentiel pour un jeu vidéo. Ici le gameplay est du genre beat'em all, sans grande complexité. Travis manie son beam katana avec des coups faibles et forts, sans présenter la moindre complexité sur les combos. On est plus proche d'un musou que d'un bayonetta. A cela s'ajoutent plusieurs couches. Déjà la nécessité de surveiller la jauge de charge du katana, qu'on rechargera en secouant le stick (ce qui fait perdre sur consoles le côté beauf assumé du motion contrôle). Si un ennemi est étourdi vous pourrez lui placer une des fameuses prises de catch dont Travis a le secret. Si un ennemi meurt, une roulette est lancée et peut vous octroyer plusieurs bonus, dont une armure de combat très utile pour massacrer tous les ennemis présents. Et pour finir, Travis possède aussi son Death Glove qui lui donne accès à quatre capacités très utiles en combat, et nécessitent juste un temps de recharge entre chaque utilisation.

Globalement les combats sont un vrai plaisir, même si la caméra n'est pas vraiment de notre côté. On gagne en fin de combat une note, mais vu qu'on se prend régulièrement des coups venus hors de l'écran, et donc impossibles à voir venir, il vaut mieux ne pas trop s'en soucier. Par contre leur implantation dans le jeu est plus que discutable, et sent le problème de budget : Vous allez sur une marque sur la carte, vous faites un combat d'arène, et c'est tout. Et pour accéder à un combat de boss il faut faire trois matchs obligatoires, puis payer les frais d'inscription. Les ennemis étant tous introduits tôt dans le jeu, on se retrouve à faire des combats funs mais répétitifs, et au bout d'un moment le plaisir est pas mal entamé par cette redondance sans grand intérêt.

Vous avez deux ressources dans le jeu : de l'argent qui sert à payer le droit d'accès aux combats et à acheter quelques objets de soins et capsules à collectionner. Et le WESN qui sert de points d'expériences, pour améliorer Travis ou créer des puces pour lui donner quelques compétences personnalisées. Pour les gagner, soit vous faites des combats, soit vous faites des mini-jeux en vous promenant dans la ville de Santa Destroy, de retour après avoir été retirée du 2. Ils sont les plus réussis de la série pour moi, et participent à cette ambiance unique, où tout peut arriver. D'un côté on nous demande de tondre la pelouse, de l'autre on doit repousser une invasion d'alligators géants avec un gros canon (rien de sale). Par contre ils sont dans la droite lignée des mini-jeux de la série : marrants les deux trois premières fois, mais ensuite vite redondants, et il vaut mieux faire tous les combats possibles pour être toujours large en termes d'argent et ne jamais être bloqué au moment d'affronter un boss.

Pour la technique, rappelons nous que les NMH ont toujours été des jeux au budget limité, avec une technique à la ramasse. Un jeu NMH sans technique défaillante et honteuse, c'est... Un meilleur jeu (vous vous attendiez à quoi?). Car même si ici on est fan de Nintendo et de la Switch, et que la technique n'est pas notre préoccupation première, il faut reconnaître que cette fois c'est quand même abusé. Les textures donnent une impression de non fini, l'aliasing et le clipping sont comme chez eux et font la fête, le monde « ouvert » de Santa Destroy est vide à en pleurer, tous les PNJs sont faits sur le même modèle, les voitures disparaissent sous nos yeux, et les zones du désert et du champ de bataille sont remplies de murs invisibles qui n'ont aucun sens. Et ne parlons pas de l'avant dernière zone qui est un hommage au copier coller. Au moins le jeu est fluide, mais vu le nombre maximum d'éléments en mouvements à tout moment, c'est le minimum. Pour la musique, elle fait son travail, mais sans rien offrir de marquant. A l'heure d'écrire ce test je l'ai déjà oubliée.

La série des No More Heroes a toujours été constituée de jeux imparfaits, mais dont les qualités lui donnaient une vraie personnalité, malgré des défauts quand même gênants. No More Heroes 3 ne détrônera pas le premier épisode, malgré ses qualités indéniables. Déjà car la surprise du premier ne peut pas être reproduite, mais aussi car la formule commence à atteindre ses limites et peine à se renouveler. Mais si vous êtes prêts à pardonner à la technique et à sa structure de combats en arène répétitifs à la longue, vous trouverez une proposition qui reste unique dans le paysage du jeu vidéo, avec une histoire imprévisible, un cast qui reste attachant malgré tout ce que j'ai pu dire dessus et les meilleurs héros et méchants que j'ai vu depuis un moment. Suda 51 aime nous proposer des jeux imparfaits et clivants, et cette série reste sa meilleure à mes yeux.

Vous aimerez ce jeu si :

  • Vous cherchez une expérience unique (connaître déjà la série est un plus) avec de la violence, du mauvais goût assumé, de l'humour et du n'importe quoi
  • Vous aimez quand un jeu veille à rester imprévisible jusqu'à la fin, quitte à changer de style de jeu l'espace d'une séquence
  • Vous voulez un système de jeu simple à prendre en main et satisfaisant

 

Vous n'aimerez pas ce jeu si :

  • Vous avez des standards techniques pour vos jeux
  • Vous aimez que le monde du jeu soit vivant
  • Vous n'aimez pas qu'un jeu devienne répétitif en moins de dix heures

Test réalisé par Luciole