Qu'on le veuille ou non, le metroidvania est un genre dominant de nos jours. Il devient de plus en plus difficile de se démarquer dans le flot continu de nouveaux héritiers du genre. Le studio Retro Forge et son éditeur français Dear Villagers tentent tout de même di tirer leur épingle du jeu avec un jeu qui tire aussi beaucoup d'inspiration d'une autre série populaire : Dark Souls. Voilà un combo vendeur sur le papier, mais qui ne vaut que si maitrise il y a.

La chevauchée des valkyries

Branle-bas de combat ! le royaume est en guerre contre l'armée de Dadelm. Après un conseil de guerre bien préparé, Arkzel - sorcier du roi - propose un plan alternatif. Voilà qu'une grande part de l'armée attends sagement dans une grotte lorsque soudain un tremblement de terre arrive. Les soldats se retrouvent sous terre et s'interrogent lorsque soudain une valkyrie apparait. Elle leur annonce qu'ils sont tous déjà morts et leur donne la quête de retrouver une personne spécifique : le gardien. Bienvenue en Terragaya ! Si l'histoire - intégralement en français comme tout le jeu - met en avant le très classe général Brigard, vous n'incarnerez en tant que joueur qu'un soldat lambda qui a encore tout à prouver. A vous pour commencer de choisir sa classe parmi 3 : soldat, archer ou mage. Chacun dispose de ses forces et faiblesses et surtout d'un arbre de compétence distinct. Pour ma part j'ai choisi l'archer pour ne pas avoir besoin d'être trop au contact sans avoir les contraintes de mana du magicien. Mais sachez tout de même que selon les personnages les pics de difficulté seront à des endroits différents). Après un bien trop long temps de chargement et un petit passage en plein air, puis un autre très long temps de chargement (oui vous allez en manger du long temps de chargement, donc j'insiste bien dessus vu que c'est un des principaux défauts du jeu), on se retrouve dans un gigantesque dédale de grottes rempli de blobs et d'araignées. Voilà les choses sérieuses qui commencent. On est ici dans du MetroidVania pur jus, avec un level design étudié pour ne donner accès à de nouvelles zones qu'après avoir récupéré un Item spécifique et des raccourcis qui se débloquent au fur et à mesure. Heureusement d'ailleurs vu que les points de sauvegardes sont parfois très espacés. Au passage ne soyez pas surpris en sauvegardant que les temps de sauvegarde sont eux aussi très longs (16 secondes en moyenne). Mieux vaut pour vous qu'un plantage du jeu ne se produise pas durant ce laps de temps (oui c'est du vécu, et merci aux cloud saves du NSO qui m'ont permis de récupérer une partie de ma progression).

Ca soul même sans dark

Souldiers ne tient pas son nom au hasard. Outre un lien avec l'histoire qui sera dévoilé plus tard, c'est aussi une référence au hit de From Software et qui indique clairement au joueur qu'il va en baver. Même en baissant la difficulté en facile (on peut changer à tout moment avec comme seule conséquence de verrouiller certains succès in game) les combats de boss en particulier sont terriblement tendus, et même le reste nécessite une grosse concentration et une approche non-bourrine pour survivre. Les ennemis ont un pattern d'attaque bien défini qu'il faut apprendre à contrer, généralement avec une esquive bien sentie au bon moment (il faut plusieurs secondes d'attente entre deux esquives). Il est également possible de se protéger tant que la barre d'endurance est pleine (spoiler : elle ne le reste pas longtemps). Et encore, certaines attaques sont non parables ou non esquivables. Il reste alors à bien se positionner et savoir quand s'approcher et quand s'éloigner. Plus tard, le jeu offre plus de liberté de mouvement et multiplie les possibilités, mais bien évidement les ennemis s'adaptent ce serait trop beau. En cas de collision entre votre corps chétif et l'attaque ennemie, les points de vie fondent comme neige au soleil. Et ce n'est pas le petit temps d'invulnérabilité qui vous sauvera bien longtemps. Il est possible d'utiliser des potions de vie, mais non seulement elles sont chères et donc précieuses (surtout si vous avez prévu d'investir dans des cartes ou des upgrades) mais en plus leur utilisation vous immobilise un petit instant. L'apprentissage et la souffrance sont donc la seule véritable option. Pour en rajouter une couche et bien frapper le joueur désespéré à terre, le jeu en profite pour lui offrir en cas de décès prématuré un de ses savants temps de chargements interminables dont il a le secret. Voilà au moins qui met la pression pour inciter d'autant plus le joueur à faire attention à ce qu'il fait. On se retrouve donc à faire des petits bouts de niveaux, glaner un peu d'or et d'expérience, avancer un peu dans l'exploration, ouvrir quelques coffres, et faire machine arrière pour sauvegarder avant qu'il ne soit trop tard vu qu'un seul coup peut parfois faire la différence entre la vie et la mort. A ce sujet, les points de sauvegardes s'utilisent de deux manières. A la première activation, ils fonctionnent comme point de passage qui permet le respawn en cas de décès mais ne sauvegarde pas vraiment (attention à ne pas quitter le jeu). Une seconde activation permet du voyage rapide vers d'autres points, ou une véritable sauvegarde qui a également pour effet de remplir complètement les différentes barres du personnage (vie, magie et endurance) et de faire réapparaitre la plupart des ennemis.

L'art du pixel

Plus que pour son approche du combat et de la difficulté, Souldiers marque surtout les esprits pour sa direction artistique hors norme. Le jeu est clairement magnifique avec un pixel art de toute beauté, plein de détails et de vie. Les animations ne sont pas en reste, et même les décors fourmillent de petites animations pour animer le tout comme une procession de chenilles sur un arbre ou des feuilles volant au vent. Cette beauté à parfois un petit effet sur une lisibilité qui pourrait être meilleure, mais globalement on arrive à comprendre ce qui se passe. Niveau sonore, le jeu ne dispose pas de doublages vocaux, mais en revanche il est affublé de très belles musiques et des effets sonores crédibles qui mettent bien dans l'ambiance. Les environnements sont très variés et Souldiers nous fait visiter du pays. Dommage que la carte qui nous aide à nous diriger se mette parfois à s'effacer sans raison et manque de lisibilité (pas de zoom, pas de scrolling lors des voyages rapides...). Mieux vaut avoir une bonne mémoire, surtout lorsqu'il s'agit de revenir dans un lieu une bonne dizaine d'heures plus tard. Au rang des défauts, on note de manière plus générale une interface pas toujours intuitive dans les menus. Autre problème : les diagonales du stick analogique sont très imprécises. Il arrive très fréquemment de prendre une porte sans le vouloir ou de tirer en diagonale alors qu'on souhaitait viser juste au-dessus de nous. On serait tenté de basculer le maniement du personnage sur la croix directionnelle, ce qui résout le problème mais en crée un autre : la gestion des objets et potions devient infernale. Les développeurs sont conscients de ce problème et - nous l'espérons - devraient proposer un patch d'ici quelques temps.

Mon avis à moi

Souldiers est un jeu bourré de qualités qui ne demande qu'à vous charmer. il est dommage qu'il soit affublé de petits soucis d'ergonomie, des temps de chargements si longs et de pics de difficultés parfois frustrants. Heureusement, rien qui ne puisse être patché pour permettre à ce jeu de se hisser parmi les plus grands.

A qui s'adresse Souldiers ?

- A ceux qui aiment souffrir

- A ceux qui aiment les jeux longs

- Aux amoureux du pixel art

A qui ne s'adresse pas Souldiers ?

- A ceux qui n'ont aucune patience

- A ceux qui aiment avoir un vrai mode facile

- A ceux n'aiment pas renter dans les portes sans faire exprès

Johann Barnaud alias Kelanflyter