Dans le domaine des jeux purement narratifs, on parle souvent des jeux Telltale et ses enfants. Mais un autre studio s'est fait un nom dans le domaine avec déjà deux jeux sur Switch (Heaven's Vault et Overboard !). Inkle Studio revient aujourd'hui (avec le soutien de l'éditeur No Gravity Games) avec une compilation des quatre parties d'un jeu autrefois publiées sur mobile et Steam. Steve Jackson's Sorcery! The Complete Edition est comme son nom l'indique une adaptation des célèbres jeux dont vous êtes le héros qui utilise le fabuleux système Ink du studio. Préparez-vous à lire beaucoup de textes.

Il était une fois

Les livres dont vous êtes le héros sont généralement réputés pour la qualité de l'écriture et la description des situations, plus que par le pitch original. C'est bien évidemment le cas de Steve Jackson's Sorcery! (qu'on appellera désormais simplement Sorcery!) qui s'appuie sur le matériau d'origine. On y incarne donc un homme (ou une femme c'est au choix) envoyé par le roi d'Analand pour retrouver une relique plus que sacrée : la couronne des rois. En effet, cette dernière vient d'être volée par l'archimage de Mampang qui compte bien se servir des pouvoirs magiques de soumission de l'artefact pour assurer sa domination du monde. L'histoire du jeu se déroule en 4 actes qui correspondent aux 4 jeux initialement séparés et aussi bien évidemment aux quatre livres d'origine. L'adaptation se veut très fidèle sur le premier acte, un peu moins sur les suivants, mais la structure globale est belle et bien respectée. Le premier chapitre se focalise sur le voyage de notre personnage appelé l'Analander dans les collines de Shamutanti jusqu'aux portes de la ville de Kharé. Cette première partie sert efficacement d'introduction aux mécanismes du jeu et commence à mettre en place les éléments narratifs de l'histoire. La seconde partie se concentre exclusivement sur le voyage dans la ville - remplie de pièges et de voleurs - de Kharé, de la porte Sud à la porte Nord. Petit twist, pour sortir de la ville vous aurez à remplir une certaine quête qui vous demandera potentiellement de revenir dans le temps et revisiter la ville différemment en gardant vos connaissances acquises. La troisième partie racontera la traversée des Baklands et l'affrontement avec les sept serpents. Enfin, la quatrième et derniere partie sera l'histoire de la confrontation finale avec l'archimage après avoir traversé Mampang.

Une histoire non linéaire

Mais pour parcourir ces aventures, vous allez devoir composer avec les règles maisons à savoir le moteur Ink (qui est gratuit et Open Source pour ceux qui souhaitent tenter l'aventure du livre interactif). Toute l'aventure est ainsi composée d'une multitude de paragraphes qui s'imbriquent les uns les autres en fonction de vos choix et qui retiennent en mémoire une partie de vos actions. Alors soyons clairs, vous êtes ici pour lire des kilomètres de textes. Il y aura bien quelques illustrations de ci de là mais l'essentiel est dans le verbe. Et comme le jeu est intégralement en anglais (et pas forcément des plus simples), mieux vaut avoir un très bon niveau de compréhension dans la langue de Shakespeare. Quoi qu'il en soit, le jeu offre suffisamment de choix et de liberté pour que vous puissiez retenter l'aventure d'une tout autre manière. Il y a toujours plusieurs manières d'arriver à ses fins. D'ailleurs chaque fin d'acte vous rappellera bien les principaux événements marquants ainsi que certaines données qui auront un effet sur les actes suivants. De manière générale, vos actions sont connotées par une typologie (Intelligence, Empathie, Hâte, Confiance, Honneur et Esprit). En fonction, un ange gardien vous sera attribué (et changera donc potentiellement en cours de partie) et pourra vous sauver la mise de différentes manières si vous le priez au bon moment. A ne pas en abuser, car sinon vos prières pourraient ne pas être entendues. A certains moments, il est proposé au joueur de lancer un sortilège. A vous alors d'apprendre le trigramme de chacun des sortilèges de votre livre de sort pour utiliser celui qui aura un sens en fonction du contexte. Certains sortilèges nécessitent un objet spécifique avant de pouvoir être utilisé, et quoi que soit l'issue de l'arcane, un certain nombre de points d'endurance vous sera prélevé. Ces points correspondent à votre vie, donc utilisez les sorts à bon escient. 

Un peu d'action dans ce monde de brutes

Le monde d'Analand est rempli de mystères et de pièges. Ne soyez donc pas surpris si de nombreuses personnes en veulent à votre vie. Si un certain nombre d'actions ont une incidence directe sur votre vie (ainsi que votre argent ou vos rations), d'autres déclenchent un système de combat assez unique. Pas de lancer de dé comme dans les livres d'origine. Ici, on bouge notre personnage de gauche à droite, influençant un chiffre symbolisant la puissance. À chaque tour, si vous avez plus de puissance que l'adversaire, vous lui infligez des dégâts. Cela serait bien trop simple si votre puissance maximale à chaque tour ne dépendait pas de celle utilisée le tour d'avant. Il faudra ainsi sans cesse jauger de la bonne puissance à utiliser pour en garder sous le coude pour plus tard. Si vous n'en avez pas assez, il reste la possibilité de passer en garde (puissance zéro) pour minimiser les dégâts reçus (sachant que l'adversaire peut en faire autant). Pour vous aiguiller, à chaque action, un texte procédural décrit le combat et peut donner des indices sur la réaction de l'ennemi et donc de sa prochaine action. N'hésitez pas à expérimenter, vu qu'à l'issue du combat vous aurez la possibilité de le recommencer du début si vous pensez pouvoir le réussir en perdant moins de vie. D'ailleurs cette possibilité de revenir en arrière sur vos choix est présente durant (presque) toute l'aventure. À tout moment, vous pouvez revenir en arrière sur un choix qui ne vous convient pas et ainsi tricher un peu comme nous savons tous que vous l'avez fait avec les véritables livres. Un autre élément d'interaction disponible à partir du deuxième acte est un jeu de dés appelé Swindlestones. Chaque jouer dispose d'un nombre identique de dés à 4 faces dans sa main. À chaque tour, chaque joueur voit les valeurs de sa main uniquement. Le but consiste à parier sur le nombre de dés total d'un montant précis. Par exemple, vous avez 3 "Deux", et vous pariez qu'il y en a 5 en tout (donc que l'adversaire en à 2). L'adversaire peut alors surenchérir soit en montant le nombre total, soit en choisissant un dé d'une plus grosse valeur (mais le même nombre total). À tout moment, un des joueurs peut demander à voir les dés s'il pense que l'adversaire se tromper. Si ce dernier a bon, celui qui a demandé à voir perd un dé, sinon c'est son adversaire qui en perd un. La partie s'arrête quand un joueur a perdu tous ses dés. Bref il s'agit de hasard et de bluff et le tout fonctionne très bien.

Mon avis à moi

Avec ses textes (en anglais) à ne plus savoir qu'en faire, Steve Jackson's Sorcery! - The Complete Edition peut faire peur, mais ce serait dommage de passer outre tant il propose une aventure unique qui s'adapte à votre envie de jouer. Il propose de plus une durée de vie plus que conséquente pour vous donner de quoi jouer un bon moment.

A qui s'adresse Steve Jackson's Sorcery! The Complete Collection ?

- A amateurs de livres dont vous êtes le héros

- A ceux qui aiment que l'histoire s'adapte à leur choix

- A ceux qui n'ont pas peur de se perdre dans l'aventure

A qui ne s'adresse pas Steve Jackson's Sorcery! The Complete Collection ?

- A ceux qui ne parler pas assez bien anglais

- A ceux qui ont besoin d'action

- A ceux qui ne jurent que par l'oeil noir 

Johann Barnaud alias Kelanflyter