Si le premier Voice Of Cards avait pas mal surpris par son concept, son annonce sortie de nulle part et son excellente démo, le second lui aura surpris en sortant à peine quelques mois après, annonçant qu'on est peut-être en face d'une franchise de RPGs à base de cartes et à ambition mesurées. Personnellement je suis pour une telle initiative. J'ai beau adorer les RPGs, l'idée de devoir toujours passer près de 60 heures minimum dessus peut être décourageante à force. Du coup si on me propose des jeux moins chers et plus courts, avec moins de contenu, mais dont le concept fonctionne, j'ai envie d'essayer. Et quand en plus on m'annonce que le tout est supervisé par Yoko Taro, je me sens obligé de lui laisser sa chance.

Note : Ce jeu m'a été fourni par une clef éditeur. Le test a été fait sur une version PS4, mais je n'ai lu nulle part que la version Switch avait des problèmes techniques quelconques. Pour finir sachez que je n'ai pas joué au premier Voice Of Cards. Mes comparaisons avec ce dernier se limiteront donc à des éléments factuels trouvables sur le net. Le jeu est traduit en français, les doublages sont en anglais ou en japonais.

            Voice Of Cards : The Forsaken Maiden se passe dans un monde composé d'îles, dont la survie dépend de prêtresses et de leur capacité à accomplir un certain rite. Leur rôle est capital, car une île sur laquelle la prêtresse échoue risque rien de moins que la destruction. L'histoire commence sur l'île de la fin, justement nommée car sans prêtresse, et donc condamnée. Samjin, un jeune habitant encore en quête d'une solution, rencontre un jour Alva, une jeune fille muette, mais dont le but est de devenir une prêtresse afin de sauver cette île. Sur les conseils de Silla, un esprit sous forme de poupée, ils partiront chercher les reliques des prêtresses sur les quatre îles encore existantes, seul moyen de réaliser le souhait d'Alva.

            En général, quand une histoire est écrite par Yoko Taro, on s'attend à ce que le début simple cache un twist qui nous retourne le cerveau. Les fans de Nier savent de quoi je parle. Mais ici ce n'est pas le cas. S'il y aura bien entendu des retournements, et que l'histoire s'étoffe, le but de notre quête ne changera jamais. Le jeu nous fera voyager sur les quatre îles, qui correspondent chacune à un chapitre de l'histoire. A chaque fois il s'agira de vivre une aventure avec la prêtresse de l'île et son protecteur, puis on récupère la relique et on passe à une autre aventure, sans lien direct avec la précédente. Un schéma beaucoup plus classique que ce à quoi Yoko Taro ne nous avait habitués, mais néanmoins maîtrisé de bout en bout. Ça n'a rien d'original, tout est cousu de fil blanc, et les révélations et retournements de situation sont tous prévisible pour quiconque a déjà fait quelques RPGs dans sa vie (sauf pour un événement, mais c'est car ça n'a aucun sens, dans le mauvais sens du terme), mais ça fonctionne malgré tout. Classique ne veut pas dire mauvais, et l'histoire est bien menée. Elle est souvent sombre, la charge pesant sur les prêtresses étant très lourde et ne laissant personne indemne, mais elle a aussi des moments plus légers. Il y a comme une sorte de douce mélancolie qui en ressort, comme si même les moments tristes et déprimants étaient malgré tout satisfaisants. Au final c'est dans la logique de l'évolution de la façon d'écrire de Yoko Taro, qui a abandonné les histoires glauques et malsaines des Drakengard pour aller plus vers le triste et le poignant des Nier.

            Dans ce jeu, du début à la fin, tout est raconté avec des cartes. Le monde est représenté par des cartes, les personnages sont des cartes, les donjons sont des cartes, les combats se font avec des cartes. Toutes les animations se font avec les cartes. Ajoutez à cela un narrateur qui vous raconte tout comme s'il était le maître du jeu. Tout est fait pour vous donner l'impression d'assister à une partie de jeu de rôle sur table un peu conceptuelle. Bien sûr l'illusion n'est pas totale, mais ça participe à poser une ambiance unique.

            En termes de durée de vie, il m'a fallu 18 heures pour le finir, sachant que j'ai laissé la vitesse des combats en normal, et qu'il est possible d'accélérer ces derniers. Et vu que la majorité du temps est consacrée à ces derniers, je pense que ça fera une belle économie de temps. A titre de comparaison j'ai lu que le premier Voice Of Cards se finissant en 8 – 12 heures, selon votre façon de jouer, sans le boost de vitesse.

            Ces combats se passent eux aussi avec des cartes (logique), et sont très simples à prendre en main. Ils se passent sur un plateau à part, avec en bas votre équipe de quatre personnages au maximum, et en haut vos ennemis. Vous choisissez pour chaque personnage l'attaque qu'il va lancer, celle-ci coûte entre 0 et 6 gemmes, selon sa puissance, ou vous pouvez aussi choisir de jouer des objets. Beaucoup de cartes impliquent un lancer de dés, qui définit la puissance ou l'effet de la carte en question. Les gemmes nécessaires à l'utilisation de vos cartes se rechargent au rythme d'une à chaque fois que vos personnages jouent. A vous de gérer votre stock, quitte à ne lancer que des attaques gratuites par moment, voire à passer votre tour pour gagner une gemme en plus.

            Ici pas de construction de deck. Vous gagnez de nouvelles cartes au fur et à mesure de votre montée de niveau, et vous devez en sélectionner cinq, qui seront disponibles à chaque tour. Il n'y a aucun aspect aléatoire lié à un tirage dans une pioche, comme on peut le trouver dans un Slay the Spire ou un Monster Train. Il n'y a en fait aucun build. Si vous aimez être tenus par la main lors de la montée en puissance de vos personnages vous serez aux anges. L'équipement disponible est très réduit, la montée de niveau se fait sans vous donner aucun choix à faire. Bref vous ne contrôlez que très peu de choses. De plus les prêtresses et leurs gardiens, qui rejoignent votre équipe le temps de leur chapitre, ont un niveau, un équipement et un jeu d'attaques fixes, et vous ne pourrez jamais les modifier ou les rendre plus puissants. En gros, vous n'avez quasiment aucun contrôle sur la puissance de votre équipe, à moins de farmer les monstres pendant des heures, mais le gain d'un niveau ne justifie pas une telle perte de temps de votre part.

            Le premier Voice Of Cards avait été critiqué pour sa grande facilité. Comme dit précédemment je ne sais pas dans quelle mesure cette critique est justifiée, mais ici ce ne sera pas le cas. Le jeu est loin d'être impossible, mais il peut être assez corsé pour le joueur mal préparé, ou qui fuit un peu trop les combats. Surtout sur la fin où les combats de boss deviennent de vrais défis, vu que ces derniers tapent comme des brutes et que vous n'avez aucun moyen de compenser cela, à part de vous blinder en objets de soin. Cette difficulté imposée pourra frustrer les joueurs qui aiment avoir des outils à exploiter autres que la bête et simple montée de niveau. Par contre, précisons que les combats les plus durs restent accessibles à quiconque est prêt à rester concentré, et qu'aucun ne nécessite de se reposer sur la chance, ni d'y passer plus d'un quart d'heure.

            En termes graphiques, le jeu est beau et soigné. Les artworks sont de qualité, et selon mes recherches aucun problème technique n'a l'air d'avoir été relevé peu importe le support. Les musiques sont bonnes et accompagnent bien cette ambiance douce-amère dont je parlais plus haut, même si l'absence d'un thème de combat en dehors des boss pourra surprendre. Elles sont néanmoins peu nombreuses, ont tendance à se répéter et au final sont trop en retrait pour être marquantes.

            Pour les activités annexes, à part quelques quêtes et un mini jeu importé du premier volet (il était dans la démo), rien à signaler. L'océan est vide, et vous ne reviendrez sur les îles que quelques minutes, le temps de compléter deux trois activités. De même le new game + vous permet de rejouer l'histoire, mais n'apporte rien de plus d'un point de vue narratif contrairement à un Nier ou un Drakengard.

Au final, Voice Of Cards : The Forsaken Maiden est un jeu qui n'a pas la prétention de vous apporter une grande épopée longue et riche. C'est un jeu à ambition mesurée, reflétée par son prix de 30 euros. Il offre une expérience très balisée, assez courte pour un RPG, mais maîtrisée de bout en bout. Finalement, le temps que j'ai passé dessus en valait la peine. J'ai aimé chacun des personnages rencontrés, le temps passé avec eux, et la séparation m'a rendu un peu triste, le jeu ayant en plus le bon goût de s'arrêter à temps, après nous avoir donné tout ce qu'il pouvait. Je vous recommande ce jeu. Il vous fera passer de bonnes soirées entre deux gros AAA chronophages. En tout cas moi il m’a donné envie de jouer au premier épisode.

 

Vous aimerez ce jeu si :

  • Vous cherchez un jeu court centré sur un concept
  • Vous aimez les systèmes de jeux simples qui se prennent en main facilement
  • Vous voulez une histoire simple, mais bien écrite et bien rythmée, qui ne s'étire pas pour rien

Vous n'aimerez pas ce jeu si :

  • Ce concept de cartes est trop minimaliste à vos yeux
  • Vous voulez pouvoir explorer un monde virtuel et être récompensé par des quêtes ou des activités annexes
  • Les ambiances mêlant espoir et déprime à la Yoko Taro ne sont pas votre tasse de thé

Test réalisé par Luciole