Quand Bayonetta est sorti en 2009 sur Xbox 360, ce fut un électrochoc pour votre serviteur. Un jeu aussi fou pour ses qualités techniques (attention, pas sur PS3) que pour ses possibilités et son excentricité. GOTY dans l'âme, le jeu n'a cependant pas su trouver son public comme espéré. Il faudra attendre de longues années pour que Nintendo resuscite la licence avec le concours de Sega et de PlatinumGames pour la mésestimée WiiU (qu'on adore tous ici). Jamais deux sans trois, Nintendo dévoile très tôt dans la vie de la Switch qu'un troisième épisode sobrement appelé Bayonetta 3 est en préparation. Après une attente insoutenable, le voici enfin dans nos mains, prêt à être décortiquer pour savoir s'il mérite lui aussi un label GOTY.

Wanda n'est plus la seule sorcière du Multivers

Alors que Bayonetta avait combattu les anges du paradis dans le premier opus, puis les démons de l'enfer dans le second. Difficile de trouver un nouvel adversaire digne de ce nom pour le troisième opus. Et pourtant, elle va rapidement faire face à son plus grand défi : les Homonculus. Ces entités étranges et mystérieuses ont été conçues par l'homme et se mettent à tout ravager sur leur passage. Après une entrée en matière fracassante dans une longue cinématique délirante qui donne bien le ton de la suite, on apprend rapidement via l'apparition d'une autre sorcière appelée Viola que non seulement le monde est en danger, mais que TOUS les mondes le sont. En effet, les homonculus s'en prennent à tous les mondes parallèles du multivers et en ont déjà détruit une majorité. Le temps presse, Bayonetta va devoir trouver 5 exemplaires d'un artefact nommé rouage du chaos, pendant que Jeanne va partir se son côté trouver Siggurd, un scientifique seul capable d'utiliser l'artefact et de sauver la situation. Le multivers est à la mode depuis que Marvel et DC l'ont popularisé, et l'idée fonctionne ici à merveille, car cela permet de varier les situations en nous faisant côtoyer d'autres Bayonetta "arch-eve" bien différentes. C'est aussi l'occasion de voir du pays et de visiter Tokyo, la Chine antique, l'Egypte ou encore Paris. Ce troisième épisode est plus que jamais celui de l'exploration avec des environnements plus ouverts qu'à l'accoutumée avec une emphase sur les collectables cachés, (disques d'OST, fiches personnages, figurines 3D), sur la recherche des protecteurs de l'umbra (chats, grenouilles et corbeaux), sur l'activation de divers mécanismes pour ouvrir des coffres et comme d'habitude sur la recherche des versets de combats cachés (portails jaunes) et les défis (portails violets). N'hésitez pas à fouiller partout, à casser le décor qui au pire vous octroiera quelques unités monétaires bien utiles pour faire les emplettes aux portes de l'enfer (le bar de Rodin) ou des composants pour crafter quelques sucettes. A noter qu'il y a cette fois trois monnaies d'échanges différentes. Les essences sont utilisées pour les objets et accessoires, les halos angéliques pour les trésors de Rodin (les costumes et extras) et les âmes pour faire progresser les arbres de compétences des armes, invocations et des trois sorcières (car oui, on va pouvoir jouer avec jeanne, mais également Viola qui dispose d'un gameplay un peu différent).

Manette en main

Niveau gameplay, le début du jeu ne dépaysera pas outre mesure les habitués de la franchise. On alterne allégrement les cinématiques over the top, les phases d'explorations, quelques morceaux de plateforme (de loin la partie la plus ratée du jeu, mais heureusement optionnelle), et bien entendu l'essence même du jeu : les combats. On retrouve les sensations d'époque, avec un gameplay énormément basé sur l'esquive au dernier moment et sur des combos dignes d'un jeu de versus fighting. Il est possible de changer d'armes à volontée en passant par le menu pause, et même de switcher en cours d'action entre deux sets pour se montrer créatifs. Et si on peut dire adieux à certaines armes cultes de la saga (à moins qu'elle ne soient déblocables par les plus acharnés), de nouvelles parfois bien funs viennent prendre la relève. Mention spéciale aux disques tranchants qu'on utilise comme des yoyos géants (ce qui rappelle le Rygar de Tecmo) et servent de rollers. Mais rapidement, on se rend compte que le système de combats a changé en incorporant directement en combat les invocations de démons autrefois uniquement utilisées dans des phases de cinématiques et de QTE pour finir les boss. Il est désormais possible de laisser appuyer sur la touche L pour diriger la créature choisie et la faire se battre à notre place. Evidemment, ce serait trop simple si cela ne consommait pas votre barre de magie et si cela ne vous laissait pas sans défense (il faudra alors prendre garde de vous protéger vous-même ou de rompre l'invocation dans l'urgence). Un peu plus tard dans le jeu, on débloque même la possibilité d'appeler le démon le temps d'une attaque en plein combo pour vous assister et achever vos combos de manière fracassante. Si le jeu perd clairement en lisibilité (d'autant plus que la caméra est plus proche du personnage qu'auparavant), on gagne en créativité et en liberté de combos. En parlant de lisibilité, il est à noter que les homonculus sont plus difficiles à lire pour anticiper les attaques que les anges et démons. Un peu de pratique sera donc nécessaire pour tenter de glaner les trophées Platinum et pure Platinum de chaque verset. Pour diversifier un peu les choses, le jeu s'entrecoupe de phases annexes au gameplay un peu différent. On y trouve du rail shooting à la Panzer Dragoon, du shoot en 2D et même des phases d'infiltrations inspirées du hit d'arcade Elevator Action de Taito. Cela est sans compter aussi sur le gameplay des passages avec Viola. Son démon Chouchou dispose de sa propre liberté et peut donc vous assister librement, vous privant de votre katana, mais pas de la possibilité de bouger et d'attaquer avec vos points et vos pieds. Par contre Viola ne passe pas en bullet time sur une esquive réussi comme sa m... comme Bayonetta. Pour cela il lui faudra à la place faire une garde avec un timing plus difficile. Voilà qui peut s'avérer un peu frustrant sur certaines séquences où seul le bullet time permet de faire des dégâts. Il faudra vous y faire parceque le personnage est clairement prévu pour rester dans la Saga.

Encore un peu de rab ?

Terminer la campagne de Bayonetta 3 cloisonnée en 14 chapitres devrait vous demander environ 12-15H de jeu, ce qui est dans la moyenne haute pour ce genre de jeux. Mais évidemment dans son habitude, PlatinumGames a prévu quelques bonbons pour vous en donner un peu plus pour votre argent. Evidemment pour commencer, les acharnés de la saga le savent depuis longtemps, finir un Bayonetta ce n'est pas en voir la fin, mais en obtenir tous les trophées platines, ce qui triple au minimum le temps de jeu. Mais les développeurs ont aussi distillé à chaque chapitre un certain nombre de "charmes" qui sont ni plus ni moins que des succès à réussir. Aucune idée de ce qu'ils se passe si tous sont déverrouillés, mais connaissant le studio une surprise est forcément à prévoir. De plus, si vous attrapez les trois animaux de l'umbra dans un chapitre, un petit chapitre bonus se débloque. En outre, une fois le jeu terminé, il est possible de participer au chapitre perdu de l'épreuve des sorcières qui consiste en une succession de 10 arènes de combats. Voilà qui est bien utile pour farmer la monnaie nécessaire pour débloquer la multitude de contenus de la boutique. D'ailleurs un mini jeu d'arcade inspiré des phases de jeu de Jeanne est aussi disponible en utilisant votre essence comme des crédits de jeu. Voilà pour le contenu du jeu. On regrette forcément la disparition pure et simple du mode coopération en ligne qui avait été inauguré dans Bayonetta 2 sur WiiU. C'est dommage car il donnait vraiment envie d'y retourner en partageant l'expérience. Peut-être un DLC plus tard ? Globalement, le jeu est magnifique avec un travail en particulier sur les visages et les modèles de personnages. Si la fluidité est parfois remise en cause lors des passages très surchargés, rien de bien dramatique au final. Vos morts proviendront bien plus souvent de problèmes de caméras et d'un trop plein de choses à l'écran. Niveau OST c'est encore une fois une grande réussite avec quelques morceaux emblématiques, et la possibilité d'écouter tous les morceaux dans un mode Jukebox bien appréciable.

Mon avis à moi

Bayonetta 3 n'est peut-être pas aussi marquant qu'à pu l'être le premier en son temps. Il l'est toutefois plus que le second épisode en proposant des innovations dans le gameplay qui feront débat mais qui ont le mérite d'apporter du neuf sans dénaturer le reste. L'histoire est toujours aussi what the fuck, mais clôture avec brio une trilogie qu'on espère avoir des petites soeurs à l'avenir. C'est qu'on y tient nous à nos sorcières.

A qui s'adresse Bayonetta 3 ?

- A ceux qui ont aimé les deux premiers épisodes

- Aux fans de Kaijus

- Aux adeptes de jeux survoltés qui ne se prennent pas au sérieux

A qui ne s'adresse pas Bayonetta 3 ?

- A ceux qui n'aiment pas approfondir le gameplay

- A ceux qui n'ont pas de Switch

- A ceux qui se frustrent trop rapidement

Johann Barnaud alias Kelanflyter