
Les fans de JRPG ne le savent que trop bien, l'âge d'or de ce genre se situe dans les ères 16 et 32 bits. Depuis que les consoles sont passées à la haute définition, rares sont les jeux du genre à se hisser au niveau des grands classiques du genre. Même des éditeurs célèbres comme SquareEnix, Falcom ou NamcoBandai ont bien du mal à retrouver la gloire d'antan. Forcément quand un monsieur tout seul dans son garage ambitionne de redonner ses lettres de noblesses à un genre entier on a un peu du mal à le croire. Et pourtant Chained Echoes, réalisé par un seul homme - Matthias Linda - (aidé par une poignée de personnes pour les musiques) et édité par le petit éditeur Deck13 (The Surge, Cross Code...) semble bien parti pour secouer le cocotier et donner une leçon aux plus grands.

Destins croisés
Chained Echoes n'est pas l'histoire d'un héros amnésique sauveur de l'humanité. Non, Chained Echoes c'est l'histoire d'un groupe de personnes hétéroclite que le destin a rassemblé dans une suite d'événements destinés à apporter la paix dans le Valendis - et accessoirement sauver le monde car on est tout de même dans un JRPG faut pas déconner. Lenne est une ancienne princesse en fugue qui chercher à se mêler aux gens du peuple pour mieux pouvoir les connaitre. Elle est accompagnée de son fidèle Robb, ancien noble déchu en valet. Tous deux sont membres de la guarde civile du royaume voisin. Glenn et Kyllian sont avec deux amis des membres de la bande de mercenaires du Taureau de Fer. Ils sont payés pour accomplir une mission suicide en vue d'arrêter une guerre séculaire. Sienna est une voleuse à la petite semelle connue pour être la succube rouge. Seul le profit l'intéresse, ainsi qu'échapper à quelques créanciers. Victor est un Aar (race pouvant vivre des millénaires) érudit et écrivain connu pour ses pièces de théâtres. Ces six personnages (parmi plus d'une quinzaine au total) formeront le noyau dur de votre équipe. La narration du jeu sait se montrer éclatée quand nécessaire, vous privant de certains personnages le temps de mieux mettre en avant les autres. Ainsi tous ont un passé intéressant à découvrir, et certains ont des objectifs secrets. D'ailleurs l'une des grandes forces du jeu est que les twists scénaristiques s'enchaînent à un rythme fou. Il y a toujours des trahisons, des alliances improbables et d'incroyables révélations pour venir pimenter l'histoire et ne jamais ennuyer le joueur. En plus, le jeu est parfois très mature et aborde des thématiques souvent mises de côté comme le suicide ou le viol. A noter que l'intégralité du jeu est traduit en français, et d'une bonne qualité qui plus est, si on omet deux ou trois couacs. Voilà qui tombe bien car il faut bien compter 50 à 60 heures de jeu pour celui qui en cherchera un minimum les secrets.

Des combats deux en un
Si Chained Echoes sait reprendre à son compte bon nombre d'éléments venus des plus grands jeux du genre (on peut citer les recrues de sa base à trouver comme dans Suikoden), il sait aussi proposer son lot d'innovations. Les combats au tour par tour par exemple proposent un système unique et stratégique. Tout d'abord, seuls 4 personnages peuvent prendre part au combat, mais chaque personnage peut avoir un autre personnage réserviste lié. Il est possible au tour du personnage en question de passer en réserve et de se faire remplacer. Avec une bonne formation il est ainsi possible de créer des synergies ou d'adapter sa stratégie à la volée selon les besoins. D'ailleurs un certain nombre de compétences dévoilent leur potentiel dans certaines conditions. Par exemple, Sienna dispose d'une attaque qui démultiplie les dégâts si la cible est paralysée. Or Robb dispose justement d'une attaque spéciale qui paralyse. Le système des effets de statuts est aussi unique, car si une cible en est affublée d'un, il faudra alors lui appliquer deux fois supplémentaires pour lui appliquer le même statut de nouveau (puis 3 fois, puis 4...). Ainsi donc, il faudra bien réfléchir au meilleur moment d'appliquer un silence ou une inaction au risque sinon de ne pas pouvoir le faire au moment opportun. Un élément central des combats est la jauge d'overdrive. En haut à gauche de l'écran, une jauge monte à chaque action. Quand elle est dans l'orange rien ne se passe. Dans le vert elle augmente vos statistiques et dans le rouge elle les diminue. Il faudra alors veiller à rester au maximum dans le vers et éviter comme la peste le rouge. Pour gérer la progression, la barre indique un type de capacité. L'usage d'une capacité de ce type baissera alors la jauge. A défaut, se défendre est également une option, de même que l'usage de certains objets spéciaux. Comme si ce système ne suffisait pas, le jeu propose à partir d'un certain point d'utiliser des armures célestes (en gros des méchas), utilisables pour l'exploration (on y reviendra), mais également dans des combats ce qui a pour effet d'en changer drastiquement les règles. Dans cette configuration, plus de système de réservistes, et les armures disposent de leur propre équipement et attaques spéciales indépendamment des pilotes. Le système d'overdrive est également différent. Chaque armure dispose d'une boite de vitesse qui passe de 0 à 1 puis à 2 avant de revenir à 0 et ainsi de suite. Chaque vitesse a ses propres avantages et inconvénients et doit donc être adaptée en fonction de la situation. En vitesse 1 (de base) les attaquent font monter la jauge. En vitesse 2, les dégâts infligés et reçus sont augmentés ainsi que le cout en point de technique (points de magie) des compétences, mais la jauge d'overdrive descend. Enfin en vitesse 0 la jauge ne bouge pas, il est impossible d'utiliser des techniques mais les attaques redonnent des points de technique. Bref le système est riche et permet de nombreuses stratégies. Dans tous les cas le jeu est généralement d'un incroyable justesse dans sa courbe de difficulté.
Mon Mech à moi il me parle d'aventure
Si les combats prennent une place importante dans le jeu, l'exploration est également proéminente. Le jeu sait ainsi toujours garder la ligne de crête entre le dirigisme et la liberté. Chaque partie du monde regorge de petits secrets à trouver. Des coffres enterrés, des grottes secrètes, des monstres uniques à dénicher et occire pour la guilde, des statues de dieux qui apportent une nouvelle classe à équiper, et des recrues potentielles pour la base d'opération ne sont que quelques exemples des choses à faire. La linéarité du début de jeu laisse progressivement place à plus de liberté dès lors qu'on met la main sur un vaisseau volant permettant de se déplacer sur une carte du ciel à la manière d'un Secret Of Mana. Plus tard encore, les fameuses armures célestes permettront de s'envoler en passer par-dessus les obstacles des lieux. Bref, l'exploration du jeu se fait par couches successives et ainsi à revenir régulièrement dans des lieux déjà explorés pour en découvrir tous les aspects. Pour mieux garder la trace de ce qu'il reste à trouver, une grille des récompenses est disponible listant un certain nombre d'actions à effectuer pour tamponner la case, sachant qu'une chaine de cases validées apporte des bonus en fonction de sa taille. Niveau progression, les personnages de Chained Echoes ne disposent pas de niveau et de points d'expériences. Pour progresser, il faudra dans un premier temps trouver des éclats de grimoire qui permettent d'apprendre une compétence active ou passive (à équiper en nombre limité) ou de monter certaines statistiques. A force de remporter des combats, les techniques équipées peuvent être montée jusqu'au niveau 3 pour en renforcer les effets. Evidement la progression se fait beaucoup par l'équipement, d'autant plus que les armes et armures peuvent être améliorées chez le forgeron puis incrustées de gemmes ayants divers effets, ce qui rajoute une couche de stratégie.

Mon avis à moi
Chained Echoes est un jeu qu'on n'avait pas vu venir et qui pourtant laisse une trace indélébile dans l'esprit de ceux qui se sont laissés tentés. Dommage qu'il ne sorte que si tardivement dans l'année car il s'agit ici très clairement d'un sérieux prétendant au titre de meilleur jeu de l'année. Ne vous fiez pas à ses graphismes rappelant les RPG 2D de l'ère 32 bits. Chained Echoes est tout simplement un des meilleurs JRPG de ces 10 dernières années.

A qui s'adresse Chained Echoes ?
- Aux amoureux du JRPG
- A ceux qui aiment les histoires complexes et prenantes
- A ceux qui en ont marre des RPG d'action
A qui ne s'adresse pas Chained Echoes ?
- A ceux qui n'aiment pas les GOTY
- Au schtroumpf grognon
- A ceux qui travaillent pour la concurrence
Johann Barnaud alias Kelanflyter
