Myst est déjà disponible sur Xbox Series X|S depuis 2021. Ce remake moderne était sorti sur Xbox, Mac et PC, avec également une compatibilité pour différents casques de réalité virtuelle sur ordinateurs. Il arrive maintenant sur PlayStation 5 et PlayStation VR2.
Le Myst original est sorti en Septembre 1993 sur Mac puis sur Windows en Mars 1994, et a connu de nombreuses ressorties : Myst Masterpiece Edition, realMyst, realMyst: Masterpiece Edition, puis ce remake complet de 2021. Le jeu original, création des frères américains Robyn et Rand Miller, fonctionnait avec des écrans fixes précalculés : on avançait d’image en image, presque comme dans un diaporama interactif sophistiqué. La grande différence de ce remake moderne, c’est évidemment le passage à la 3D temps réel, les environnements sont entièrement explorables librement. Et pourtant, malgré ce changement radical, l’esprit de l’original est toujours là.

Myst et l’époque des PC multimédias
Pour comprendre l’impact qu’a eu Myst à l’époque, il faut se rappeler du contexte technologique du début des années 90. On était alors en pleine arrivée des « PC multimédias ». Avant ça, les jeux PC se chargeaient principalement avec des disquettes. Les productions les plus ambitieuses pouvaient nécessiter une dizaine de disquettes, parfois davantage. Puis le CD audio est arrivé, suivi du CD-ROM pour PC, alors marketé PC multimédia.
Et là, tout a changé. Pour la première fois, les développeurs disposaient d’un support capable de stocker énormément de données : images haute qualité, musiques numériques, doublages vocaux, vidéos et animations. C’était un véritable saut technologique.
Je me rappelle de Day of the Tentacle, qui avait eu droit à une version CD-ROM avec doublages audio complets. À l’époque des PC multimédias, beaucoup de jeux ressortaient ainsi sur CD avec l’ajout des voix digitalisées et une meilleure qualité sonore.
Mais les jeux qui exploitaient vraiment le potentiel du CD-ROM, c’étaient surtout ceux qui intégraient de la FMV, la Full Motion Video. Grâce à la compression vidéo et à l’espace énorme offert par le CD-ROM pour l’époque, les développeurs pouvaient intégrer directement dans les jeux de petites séquences filmées, de faible qualité et dimensions. Dans ce genre, je me rappelle surtout de The 7th Guest et The Journeyman Project, mais Myst était clairement le jeu le plus célèbre de cette période.
Avec ses écrans statiques et son ambiance silencieuse, on entrait dans un univers vraiment mystérieux et cryptique. Je me souviens notamment de cette bibliothèque avec ses écrans vidéo et les témoignages des deux frères. Honnêtement, je n’y comprenais pas grand-chose à l’époque, mais ça participait justement au fascinant mystère du jeu. On avançait d’écran en écran, en essayant à chaque fois de comprendre l’univers dans lequel on évoluait, de se représenter l’île, la forêt, les bâtiments, et surtout de découvrir quelles énigmes il fallait résoudre. Le plus difficile, c’était souvent de comprendre ce que le jeu attendait réellement de nous. C’était une expérience vraiment exigeante. Je me rappelle avoir progressé dans le bâtiment principal, découvert plusieurs mécanismes à l’extérieur, dans la forêt, et aussi autour de ce qui ressemblait à un observatoire. Je me souviens également d’une sorte de véhicule ou de structure mécanique près du bâtiment principal. J’y ai passé pas mal de temps, résolvant quelques énigmes sans aller très loin, c’est clairement un jeu qui m’a résisté. Ce jeu était encore un mystère pour moi, jusqu’à ce que je joue à ce remaster.
Le succès récent de Blue Prince a d’ailleurs rappelé à quel point les jeux à énigmes continuent de fasciner les joueurs et les joueuses aujourd’hui. Explorer un lieu étrange, essayer d’en comprendre les règles, relier des indices entre eux et ressentir cette satisfaction quand tout finit enfin par s’assembler reste un plaisir intact. En tant que joueur, je me sens aussi beaucoup plus aguerri pour ce type d'énigmes.

Premiers pas dans le remake
Avant de lancer la première partie, un tour dans les options pour activer les sous-titres des dialogues, activer le mode vidéo classique pour remplacer toutes les nouvelles cinématiques de personnages par les cinématiques classiques du jeu d’origine, et désactiver le mode performance pour profiter du ray tracing et des autres effets graphiques. C’est une Xbox Series X tout de même.
J’active aussi le déplacement rapide sur les échelles.On aurait pu aussi nous proposer un déplacement par écrans fixes. Mais après cinq minutes de jeu, cette idée s’est déjà envolée. Le déplacement en 3D marche très bien.
Au début du jeu, on nous demande de choisir entre les énigmes originales et des énigmes aléatoires. Vous devinez mon choix.
Donc on se retrouve sur cette toute petite île, avec quelques chemins qu’on va parcourir. On va rapidement en faire le tour. Il y a une dizaine de points d’intérêt, avec à chaque fois des actions à réaliser et des énigmes à comprendre.
Et très vite, on bloque. Tout semble impossible, incompréhensible, mais c’est simplement parce qu’il nous manque une pièce importante du puzzle, une salle cruciale pour progresser. Je ne vais pas en dire plus, mais il ne faut surtout pas se décourager. Le début du jeu propose un vrai pic de difficulté dès les premières minutes, mais c’est surtout parce qu’il faut apprendre à bien explorer et à observer attentivement dès le départ. Aucune énigme ne semblera injuste par la suite.

Les deux frères
On découvre rapidement que tout tourne autour de deux frères enfermés chacun dans leur livre : un livre bleu et un livre rouge. À travers de petites séquences vidéo — ou des cinématiques 3D selon l’option choisie — ils communiquent directement avec nous. Et dès leurs premières interventions, chacun demande la même chose : être libéré. Mais surtout, chacun insiste sur un point essentiel : il faut le libérer lui… et surtout pas son frère. On comprend immédiatement qu’il s’agit de deux frères ennemis. Au fil du jeu, on en apprend davantage sur leur histoire et sur cette rivalité.
En résolvant les énigmes présentes sur l’île de départ, on active progressivement des portails qui permettent de se téléporter dans d’autres environnements. On pourra y aller dans l’ordre de son choix, une non-linéarité qui était aussi une petite révolution. Dans chacun de ces mondes, appelés les Âges de Myst, on découvre de nouvelles pages rouges et bleues. Il faut ensuite résoudre une nouvelle énigme pour revenir sur l’île principale. Et souvent, c’est même là que se trouve la partie la plus difficile.
L’île de départ contient énormément d’indices sur chacun de ces environnements. Beaucoup de choses prennent du sens seulement plusieurs heures plus tard.
Une fois revenu sur l’île avec ces pages, on peut les insérer dans les deux livres correspondants et progresser dans l’histoire. Plus on ajoute de pages, plus les deux frères deviennent bavards, révélant progressivement leur personnalité, leurs mensonges éventuels et leur version des événements. Car évidemment, toute la question du jeu devient alors : lequel des deux faut-il croire ? Et à terme, il faudra choisir lequel des deux frères on décidera de libérer.

Les qualités du jeu
L’un des gros attraits de Myst, c’est évidemment son ambiance. D’abord celle de l’île principale, puis celle des différents environnements que l’on découvre au fil du jeu. À chaque fois, ce sont des zones très petites mais avec une identité visuelle et une atmosphère extrêmement marquées, avec leurs propres palettes de couleurs.
La narration et le lore fonctionnent aussi toujours très bien. Cette histoire des deux frères ennemis enfermés dans leurs livres donne vraiment envie d’aller jusqu’au bout.
Et puis il y a évidemment les énigmes elles-mêmes. Elles sont d’un bon niveau sans être impossibles. En réalité, elles paraissaient probablement beaucoup plus difficiles à l’époque qu’aujourd’hui. Maintenant qu’on a été rodé.es avec des jeux comme The Witness ou Outer Wilds, on est plus habitué.es à ce type de logique et à cette nécessité d’observer les environnements pour comprendre les solutions.
Autre très bon point : l’accessibilité. Il y a plusieurs options d’accessibilité et de confort. Certaines énigmes reposent sur des sons ou sur des couleurs. Le jeu permet d’afficher le nom des couleurs à l’écran pour les joueurs daltoniens et ajoute également des sous-titres contextuels lorsqu’un son important est émis dans l’environnement. Même sans entendre précisément ce son, on comprend qu’un élément important vient de se produire. Excellent!

Les défauts
Mes reproches sur ce jeu, joué sur Xbox Series X, sont purement techniques, et j’ai peu d’espoir de les voir corrigés vu que cette version date de 2021.
Le premier est lié aux sous-titres. Les vidéos FMV originales sont à mon sens plus charmantes que les nouvelles cinématiques 3D, mais les sous-titres ne fonctionnent qu’avec ces dernières. Il faut donc choisir entre le charme des vidéos d’origine et le confort de compréhension, ce qui me semble aberrant, mais mineur.
Le deuxième problème est plus gênant. Certaines interfaces d’énigmes utilisent des mappings de touches qui ne correspondent pas toujours aux indications affichées à l’écran. J’ai notamment rencontré ce problème avec une séquence où on déplace un véhicule sur des rails. Les commandes affichées ne correspondaient pas du tout aux actions. J’ai dû tester plusieurs combinaisons avec les sticks et la croix directionnelle avant de trouver les bonnes commandes. Rien de bloquant, mais cela rajoute une difficulté inutile et ressemble clairement à un bug.

Un mythe du jeu vidéo
Aujourd’hui, quand on pense aux jeux les plus vendus de l’histoire, on pense à Minecraft ou à Grand Theft Auto V. Mais pendant de nombreuses années, Myst a été le jeu PC le plus vendu au monde. Sorti en 1993, il a conservé ce record jusqu’à l’arrivée des Sims en 2002. Quand on repense au type de jeu que c’était — un jeu lent, contemplatif, sans combat, sans action, basé uniquement sur l’exploration et les énigmes — cela reste assez incroyable. C’est aussi ce qui en fait encore aujourd’hui un véritable mythe, un classique du jeu vidéo encore plus agréable à faire aujourd’hui qu’à son époque.
Et finalement, mythe, mystère, Myst… ce jeu portait vraiment bien son nom. Avec son île silencieuse, ses machines énigmatiques, ses livres évocateurs et ses deux frères enfermés qui nous manipulent peut-être depuis le début, il y a quelque chose de presque hypnotique dans cette aventure. Et plus de trente ans plus tard, le mystère fonctionne encore et se dévoile, tel un brouillard, au fil de nos découvertes.

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