En septembre 2022, un petit studio polonais du nom de Moral Anxiety Studio sortait un RPG indé : Roadwarden. La réception fut excellente et la quasi totalité des avis sont depuis positifs. Aujourd’hui ce jeu est enfin sorti sur Switch, et c’est l’occasion de rappeler que la scène indé a beau être moins à la mode qu’il y a 15 ans, elle n’a pas perdu sa capacité à nous fournir des chef-d’œuvres marquants avec moins de moyens. Car mis à part un problème de performances spécifique à la Switch, Roadwarden est un jeu qui réussit tout ce qu’il entreprend. Si vous aimez les livres dont vous êtes le héros, les RPG occidentaux de type Disco Elyseum, ou les univers à la The Witcher, je vous recommande fortement de lire les lignes qui vont suivre. Vous ne le saviez pas, mais Roadwarden est un jeu qui manquait à votre vie, backlog ou pas.

 

Note : ce jeu a été testé à partir d’un code fourni par l’éditeur Assemble Entertainement. Il coûte 10,99€ et nécessite un bon niveau d’anglais pour être joué

 

Vous êtes un “Roadwarden”, un patrouilleur dont le travail est de voyager sur les chemins entre les villes et villages pour vérifier leur entretien et leur sécurité. Et comme on est dans un monde de fantasy assez sombre, ça implique autant de couper les mauvaises herbes pour garantir que les panneaux indicateurs restent lisibles que de gérer les monstres et les bandits qui pourraient menacer la sécurité des voyageurs.

Vous avez été engagés par la guilde de marchands d’une grande ville pour aller prospecter la péninsule de “Dragonwoods”. Cette péninsule est encore très sauvage et coupée du monde civilisé et vous y êtes envoyés à la fois pour faire votre travail classique, mais aussi pour en profiter pour nouer des contacts sur place, établir une carte des lieux et rapporter autant d'informations que possible sur l’endroit afin de détecter toutes les opportunités commerciales, qui pourraient justifier d’investir une route marchande. Ajoutez à cela le fait que le précédent “Roadwarden” a disparu sans laisser aucune trace et que la guilde aimerait bien savoir ce qu’il lui est arrivé. Cela fait deux objectifs, avec en plus un objectif personnel que vous choisirez librement lors de l’introduction du jeu. Dans mon cas c’était de profiter de ma mission pour amasser des richesses afin de payer les dettes de ma famille. Par contre attention, vous n’avez que quarante jours pour remplir vos objectifs.

Roadwarden est un RPG très, TRÈS tourné vers la lecture. Ce n’est pas un visual novel car le gameplay est vraiment central, mais tout passe par des pavés de texte, sans aucune animation. Si vous n’aimez pas lire, vous pouvez tout de suite quitter cette page. L’introduction est très longue car elle prend son temps pour poser le contexte du monde dans lequel vous allez évoluer. Vous parlez immédiatement à un PNJ qui vous raconte énormément de choses sur la péninsule que vous allez explorer, puis vous commencez à voyager et à chaque nouveau village ou refuge sur la route vous aurez des pages et des pages de texte pour en apprendre plus sur le monde, sur les gens rencontrés, pour récupérer des infos et pour obtenir vos premières quêtes. Heureusement ce n’est comme ça que la première fois, ensuite les dialogues se font beaucoup plus vite et le rythme devient plus rapide. Par contre c’est un jeu qui a beaucoup de description, aussi bien de lieux, d’actions en cours et de conséquences de vos choix. Et comme je l’ai dit plus haut, le jeu est entièrement en anglais. Certains PNJ ont des accents ou des expressions peu courantes retranscrits dans les textes et il faut un bon niveau pour ne pas être perdu par moment. J’ai beau être à l’aise pour lire l’anglais, cette fois il a fallu par moment que je relise plusieurs fois une phrase pour la comprendre.

Mais Roadwarden c’est aussi un RPG, surtout dans le sens où vous allez jouer votre propre aventure, sans être guidé à aucun moment. Vous choisissez où vous allez, vous choisissez comment résoudre une situation, vous gérez votre emploi du temps chaque jour. Vous pouvez commencer par explorer l’est ou l’ouest de la carte. Si vous avez parlé avec les premiers PNJ vous saurez quoi y trouver. Vous pouvez faire la quête de votre choix, résoudre un problème tout de suite pour profiter d’une hypothétique récompense, ou le reporter à plus tard pour quand vous serez plus efficace pour y perdre au final moins de temps, d’énergie, et parfois d’intégrité physique. Vous n’êtes pas un surhomme. Du début à la fin vous restez un professionnel qui doit gérer des problèmes en ayant conscience de ses limites. Le jeu n’a d’ailleurs aucun vrai système de combat. En cas de conflit, vous décidez de comment aborder la situation et le jeu vous indique directement le résultat.

Par exemple, j'ai testé deux résolutions possibles à un problème simple : je dois abattre plusieurs ennemis en groupe pour libérer un passage. Si j’attaque de front je perds presque toute ma santé, toute mon énergie, et mon armure finit en lambeau. Si je pars dans un village voisin pour demander des conseils et que j’applique méthodiquement une compétence qu’on m’a apprise pour m’aider, je perd juste un petit peu d’énergie et c’est tout. J’ai appliqué la seconde solution, qui m’a offert une grosse économie de ressources et d’argent, mais m’a fait perdre pas mal de temps. Sachant que la limite de quarante jours fait que le temps est toujours précieux : dans un autre contexte j’aurais pu choisir de charger pour gagner du temps. Et des situations comme ça le jeu en regorge.

Il y a énormément de choses à faire pour gérer son périple pendant les quarante jours. Déjà il y a les quêtes, l’exploration et toutes les situations rencontrées qui vont en découler. Mais il y a aussi plusieurs jauges à gérer au quotidien : la santé, l’énergie, l’armure et l’apparence. La santé équivaut aux points de vie, se perd lors des combats ou d’efforts physiques intenses et se regagne si vous vous reposez dans une auberge en ayant bien mangé. L’énergie correspond à votre niveau de faim ; elle se remplit en mangeant et se perd avec le passage du temps ou lors d’un effort physique intense. L’armure correspond à l’état de cette dernière, meilleur il est et plus grandes sont les chances qu’elle dévie les coups et protège vos points de vie. L’apparence monte selon vos vêtements, votre état de propreté et influe sur l’attitude des PNJ quand vous leur parlez. Pour gérer ces jauges vous devrez manger régulièrement, vous laver quotidiennement (achetez du matériel de toilette, ça aide vraiment), entretenir votre équipement, vous reposer dans des abris adaptés.

Pour les quêtes sachez que le jeu ne vous mettra jamais la pression pour les finir. Celles qui sont limitées dans le temps sont assez généreuses en termes de délai, et la majorité vous laisse vous en occuper quand vous en voulez. De plus, il faut savoir qu’il y aura toujours trop de quêtes pour tout faire d’ici la fin des quarante jours. Roadwarden est clairement pensé pour que vous ne puissiez pas tout faire. Donc 1) il va falloir faire des choix ; 2) inutile de vous mettre la pression sur l’optimisation de vos trajets, vous êtes en voyage, profitez ; 3) vous aurez toujours des choses à faire, même en fin de partie.

La DA est un autre gros point fort du jeu. Cette interface textuelle avec au milieu le texte et vos options de choix, à droite le menu principal et à gauche une illustration en pixel art jaune-marron pour représenter le lieu où vous êtes fonctionne à merveille. On est vraiment dans une version haut de gamme des jeux d’aventure textuelle d’autrefois, avec tous les ajouts modernes qui permettent de garder le charme de ce type de jeu. Je trouve les illustrations toujours très belles et immersives, servies par une bande son qui remplit son office à merveille, une écriture de qualité, et une interface qui permet de toujours tout avoir à portée en deux clic maximum. Petit reproche sur la version console : naviguer avec les flèches dans une interface clairement pensée pour le PC peut parfois s’avérer compliqué. Heureusement que sur Switch l’écran tactile est utilisé pour les sélections.

Mais si l’interface sur console est un petit défaut, parlons du vrai défaut du jeu : sur Switch l’optimisation est une catastrophe. Le jeu rame parfois assez violemment. Et je rappelle qu’on parle d’un jeu sans aucune animation, où on attend juste que la page s’affiche et où on choisit une option proposée. Rien de plus. Et parfois j’essaie d’aller dans mon inventaire et je dois appuyer sur le bouton à plusieurs reprises car le jeu galère à afficher l’inventaire. En mode portable le jeu freeze régulièrement pendant presque une minute. Et ça devient vite crispant, surtout que jouer en docké réduit vraiment les problèmes techniques, mais ce jeu, comme tout jeu textuel, brille plus que jamais en portable. Visiter la péninsule dans son lit, sur son canapé ou à l’ombre dans son jardin sublime vraiment l’expérience, sauf quand Roadwarden nous donne des raisons de râler toutes les 5 minutes. Et vu les jeux que la console fait tourner sans problème, ce n’est clairement pas elle la coupable pour une fois. J’espère vraiment que le studio prépare un patch pour régler ces problèmes.

Mais malgré ça Roadwarden est incroyablement immersif. Dès le jeu chargé je replonge immédiatement dans cette aventure que je me crée sur mesure. Ici pas de grande quête, pas de sauvetage du monde. On est juste un homme comme un autre, avec un travail dangereux mais nécessaire, qui va explorer une simple péninsule et apprendre à connaître ses habitants, tout en gérant quotidiennement les dangers et les mystères de ces contrées sauvages. C’est un peu dingue à dire, mais c’est un jeu où le simple fait de dégager un chemin peut s’avérer satisfaisant, déjà car c’est notre travail, car c’est utile aux habitants du coin, et aussi car ça réduit notre temps de trajet sur cette portion de route (ce qui à long terme est très utile).

Il y a toujours des choses à découvrir, les PNJ sont nombreux et ont tous une histoire, des intérêts, et le tout est incroyablement cohérent. La péninsule a vécu avant votre arrivée, les événements passés ont façonné les gens et les routes différemment, et votre séjour ici sera un de ces événements qui laissent une trace, avant d’être oubliés avec le temps. Ce monde est incroyablement riche et chaque journée est l’occasion d’une petite aventure.

Il vous faudra environ 40 heures pour finir votre voyage, avant d’éventuellement partir sur un second voyage pour essayer de chercher ce que vous n’avez pas pu découvrir la première fois. Mais vous pouvez aussi choisir de jouer en difficile, avec un monde plus violent et une limite de 30 jours, ou jouer en facile qui fait carrément sauter la limite de temps (je vous déconseille cette option au moins pour la première partie : la limite de temps est vraiment un élément crucial de l’expérience). 

Même si les problèmes techniques sont frustrants, j'ai replongé avec plaisir dans Roadwarden à chaque session. C’est un voyage de quarante jours dans la vie et l’histoire d’une petite partie d’un monde de fantasy sombre. Comme dans tout voyage vous rencontrez des gens, vous apprenez à les connaître, vous découvrez cette région, sa géographie, son histoire, vous aidez les habitants car c’est votre travail. Et au final vous créez votre histoire, sans quête épique, sans grands retournements de situation. C’est une aventure à échelle humaine, et une des plus agréable à parcourir. Je vous recommande fortement Roadwarden sur Switch, même en supposant que ses problèmes techniques ne soient jamais résolus. Pour juste 10,99€ c’est un des meilleurs investissements que vous puissiez faire.

 

Vous aimerez ce jeu si :

  • vous aimez voyager
  • vous aimez les livres dont vous êtes le héros
  • Vous aimez être entièrement libres de vos choix et créer votre aventure de A à Z, sans jamais personne pour vous diriger ou vous juger

Vous n’aimerez pas ce jeu si :

  • pour vous les problèmes de performance sont rédhibitoires
  • vous n’aimez pas lire
  • vous ne maitrisez pas bien l’anglais

 

Test réalisé par Luciole