Il serait au moins 28 millions à consommer du jeux vidéo en France. Un chiffre qui inquiète et qui ne cesse de progresser depuis une quarantaine d'années que ces produits sont disponibles. Au début simplement réservés à quelques habitués qui se réunissaient dans les sombres ruelles du quartier de République dans la capitale, le phénomène s'est aujourd'hui étendu à tel point que l'on trouve ces produits dans les grandes surfaces les plus banales sans que l'État n'y fasse rien. L'un de ces addicts, appelés gamers, a décidé de se confier à nos micros et de parler avec franchise de ses pratiques obscures et de leurs conséquences qu'il a eu a subir avec l'achat récent de Batman Arkham City. Ceci est une enquête exclusive pour vous.

« Au tout début? Nan c'était pas très agréable. Enfin je planais un peu bien sûr...avec la cape...mais j'avais pas encore conscience de la jouissance que ça pouvait être. Et ouais j'ai du me taper et en chier pour que ça devienne bon, mais après...oh la vache le trip, tu peux plus t'empêcher, il te faut ta dose. »

Ce jeune homme qui témoigne avec courage, évoque pour nous son addiction vidéoludique, celle qui survient quand une nouvelle forme de jeu réussi sort et qui malheureusement parfois tourne...à l'overdose.

« RDR comme on dit entre nous. C'était de la bonne. J'étais tellement accro au GTAIV que quand j'ai appris que les mêmes nous en rebalançait un sur le marché, j'ai pas pu m'empêcher de courir chez mon vendeur pour qu'il m'en mette de côté. Une semaine avant c'était la misère. Je me shootais à des trucs pas assez fort genre Alan Wake. Mais je tenais pas avec ça. C'était fun sur le coup, mais au final ça me rendait encore plus malade. J'avais des tremblements, des angoisses, le cœur qui partait pour rien...et j'appelais tout le temps mon dealer pour savoir si la came était arrivée. Je crois que la seule chose qui m'a fait tenir, c'était le fix de Conviction que je me faisais avec mon pote Benbass...sans ça je me serais flingué »

Cette expérience qui date d'un an seulement, Seble a eu le temps de s'en remettre. Pourtant il a de nouveau sombré; et cette fois, les conséquences ont été plus dures. En cure de désintoxication depuis début 2011 et ce grâce à une pénurie de jeux de qualités, il s'est progressivement remis à consommer l'objet de son addiction, sans vraiment y prendre garde.

« Depuis l'année dernière, je me sentais un peu vide. Pas de quoi vraiment me faire voir les paradis artificiels comme disent les poètes. On pourrait croire que c'est triste d'être drogué comme ça, mais franchement c'est le pied quand on sait consommé comme il faut...parfois t'arrive même à te prendre des doses régulières sans que ça te fasse bad tripé. Genre RDR, je l'ai pris au moins à cinq ou six heures par jour pendant deux semaines, et après ça quotidiennement deux bonnes heures encore pendant un mois.

Mais là avec Batman AC, j'ai merdé. J'ai toujours dit que je toucherais pas au truc dur genre le WoW ou ces saloperies dont tu peux plus jamais décrocher. En plus j'avais pris mes précautions. J'avais repris doucement sans que mon entourage s'en rende compte avec L.A Noire; un produit assez excellent et vachement immersif, du genre à te faire voir des scènes de crimes partout quand tu marches dans la rue. Un peu après j'ai eu Alice...la vache, j'avais pas été aussi stone depuis bien longtemps; quand tu joues avec la Alice, tu vois la Lune qui fume et qui fait des aurores boréales... le trip trop hallucinogènes! Et ensuite il y a eu une grosse période de Deus Ex. C'était la folie ce truc là. Tout le monde se touchait dessus, mais à juste titre. C'est typiquement la dope avec laquelle tu te sens surpuissant, tu vois au travers des murs, tu sautes super haut...Je l'ai usée bien et j'ai fait tourné à un pote pour qu'il goute aussi. Le salaud est devenu meilleur que moi...1000G.

Avec Batman AC, le risque me paraissait minime. Je veux dire, tout le monde disait que ça allait être de la vraie bonne, peut-être la meilleure came de cette année, mais franchement après un bonne conso régulière les trois mois précédent, j'étais bien quoi et en plus j'avais fait du 100% sur le précédent. Du coup j'ai pris sans avoir peur et j'ai pas trop touché au début. Tu sais faut concilier avec le travail, la copine et les amis. Sinon ça commence à se voir et c'est pas bon quand les gens apprennent que tu joues...t'es catalogué direct! Là le problème c'est venu du W-E prolongé. J'ai pas cours le vendredi, donc je suis rentré le Jeudi, j'ai geeké comme un porc. Le lendemain et surlendemain, rebelotte. J'ai juste fait une coupure ciné, mais sinon j'étais grave dessus. Je vais taffé Dimanche matin et l'aprèm, la même. Le problème c'est que du coup, Lundi et Mardi, pas de cours et j'ai appris que Mercredi, j'en avais pas non plus...et là, j'ai complètement perdu le sens des réalités. »

C'est à ce moment qu'il aborde, avec une honte certaine dans les yeux, le moment où l'overdose est survenue.

« Ça a commencé avec le solo. Trop de trucs à faire, je me suis dispersé. Ça permet de tenir longtemps et de kiffer sans craquer. Faut déjà connaître les mondes ouverts pour les faire comme il faut. Tu picores une ou deux missions secondaires histoire de pas rusher et t'en laisses quelques unes pour la fin. Mais bon voilà, d'habitude, j'aurais eu la coupure des cours. Ce coup ci, j'ai pu enchainer la fin de l'histoire et les missions secondaires. Du coup je me suis soulé sur les trophées du Riddler...400 putain! Je les ais tous trouvé! Et j'étais encore pas satisfait...tout ça à cause de ses succès à la con! J'ai pas pu m'empêcher de commencer les défis de combats et de prédateurs dans la foulée. Au début c'était trop bon, mais rapidement j'ai pété un câble. Les défis tellement durs que tu recommences vingts fois parce qu'il te manque une médaille. Et ce niveau de merde en prédateur ou t'as je sais pas combien de mec à tuer et que tu peux seulement tourné autour de la zone de combat sans rentrer au risque de te faire descendre...

C'est là que je suis passé du fun absolu à la frustration de ouf, celle que j'avais seulement dans les jeux de plateformes où t'arrêtes pas de tomber dans le même trou mille fois. Et Catwoman cette connasse! Avec pas la moitié des coups de Batman!!! Elle peut même pas balancer de boule fumigène et elle met vingt ans à monter sur une gargouille, laissant bien le temps aux crétins dans la pièce pour te plomber le cul! »

Nous lui proposons alors une petite pause pour se calmer. Dix minutes plus tard, un chocolat chaud d'avaler, l'interview reprend.

« Quand j'ai atteint les 900G j'étais déjà trop dedans pour arrêter. Quand t'es à ce point sur le jeu, proche du 100%, tu peux pas juste te stopper. Alors c'est l'overdose, tu penses au jeu juste pour les deux dernières heures de frustration que t'as eu et pas pour les vingt cinq heures de jouissance absolue que t'as bien pu avoir avant...faut pas croire pour autant qu'on déteste ce qu'on fait. Ça fait partie du trip d'insulter la console, de perdre ses nerfs de temps à autre. Je pense que je vais continuer un peu. Histoire de faire au moins un succès de plus, et après j'arrête les conneries pour un moment...je le finirais plus tard »

La prise de conscience est donc réelle. Cependant, le gamer ne compte pas s'arrêter définitivement; et quand on évoque avec lui ses projets d'avenir, il pense déjà à un autre paradis artificiels.

« Je vais me prendre du Skyrim. Je suis assez impatient là. Ce sera nettement plus dur en terme d'addiction je pense, mais à coup sûr j'y jouerais sans overdose...je sais que je disais la même chose pour Batman, mais bon, c'est Elder Scrolls quoi! De toute façon, plus rien n'a d'importance, parce que la vraie bonne came, celle qui fera date elle a tout juste été annoncé. A côté de ça même Skyrim semble tenir du simple fix. Je tremble déjà... »