Huit
ans d'attente. Les fans se demandaient si un nouvel épisode
sortirait. Depuis l'apparition de son héros dans Super
Smash Bros. Braw
l
, on pouvait légitimement se demander siNintendo etCamelotallaient enfin déterrer l'un des RPGles plus rayonnants de la Game
Boy Advance
, voire l'un des plus rayonnants tout court, et lui
donner une digne suite. L'attente fut longue et douloureuse, la Game
Boy Advance a depuis fini sa vie sur le marché des consoles, mais
alors que la Nintendo
DS
s'apprête à céder sa place à une relève tout en
relief, les psynergies peuvent à nouveau chauffer : Golden
Sun
accueille à présent son troisième volet :Obscure Aurore.

Golden
Sun
est une série de RPG parue en 2002 en Europe.
Elle avait pour première particularité d'afficher des graphismes
d'une grande qualité pour une console telle que la Game Boy Advance,
notamment avec ses combats réalisés en 3D
isométrique
, donnant l'illusion d'une caméra tournant autour
des combattants en fonction de l'attaquant. La vue de terrain était
d'une grande finition, incitant les pixels de la Game Boy Advance à
rendre le maximum de détails sur chaque décor traversé.
L'histoire, qui savait alterner la plus légère des naïvetés et la
plus sombre des gravités, était séduisante. Les deux épisodes
alors sortis
, respectivement intitulés Le
Sceau Brisé
(『開かれし封印』 au
Japon, non traduit en Occident) et L'Âge
perdu
, se terminaient sur une fin ouverte qui laissait
présager une suite désormais devenue réalité :
Golden
Sun : Obscure Aurore
(『黄金の太陽:漆黒なる夜明け』).

L'histoire
se déroule dans le monde de Weyard
, un monde où la Terre est
plate et se termine par d'immenses chutes d'eau donnant sur l'infini.
Ce monde est depuis trente ans ressourcé par l'Alchimie, libérée
par les huit héros qui jadis allumèrent les quatre phares
élémentaires. Vénus, la terre, Mars, le feu, Jupiter, l'air, et
Mercure, l'eau, se sont unis pour former le Soleil d'Or, qui sauva
Weyard de l'érosion, et remit le pouvoir de l'Alchimie, auparavant
scellé, entre les mains des hommes. Le « phénomène du Soleil
d'Or », qui dénomme l'incident survenu à ce moment-là, est à
l'origine de pronfondes transformations sur le monde. Mais alors que
celui-ci put alors se développer et grandir, le revers de l'Alchimie
se matérialisa sous la forme de vortex de psynergie, qui
aspirent la force des éléments et constituent un danger pour
quiconque possède des pouvoirs élémentaires. Ces derniers
prolifèrent, et menacent un monde désormais dépendant de
l'Alchimie.
Matthew est le fils de Vlad, qui s'est installé
avec son ami Garet, et son fils Terry, à proximité du Mont
Alpha, lieu de l'apparition du Soleil d'Or, qui détruisit le village
de Val, laissant une zone dangereuse et inhabitable couverte de lave.
Vlad s'est donné pour mission de surveiller et de protéger le
temple de Sol, situé sur la montagne. Matthew et Terry sont,
comme leurs parents, des mystiques. Ils sont chacun dotés des
pouvoirs d'un élément, respectivement la terre et le feu, etpeuvent ainsi utiliser les psynergies, qui sont des pouvoirs
magiques
. Leurs parents leur en apprennent les rudiments pour
qu'ils puissent prendre la relève. Ils sont assistés par Kiara,
la fille d'Ivan
, qui est, comme son père, une mystique de
l'air
. Terry, d'une nature un peu têtue, ne peut s'empêcher de
jouer avec l'invention d'Ivan, qui permet de voler. Comme il n'est
pas doté des pouvoirs de l'air, il ne peut la contrôler et
l'endommage. Les trois adolescents doivent alors partir en voyage et
aller chercher une plume d'oiseau roc, afin de réparer l'appareil.Ils devront explorer un monde complètement métamorphosé par
l'Alchimie et découvrir ce qui se trame sur le continent d'Angara.

L'histoire
continue dignement les péripéties des deux premiers épisodes
,
apportant les réponses que les joueurs de la première heure
attendaient, mais soulevant aussi de nouvelles questions. Car il ne
faut pas le cacher : Obscure Aurore n'est pas
la fin de la série
Golden Sun, mais bien le
commencement de ce qui a les allures d'une trilogie. Seul le
continent d'Angara est exploré durant toute l'aventure, mais
l'ensemble demeure vaste
, et l'on peut comprendre que tout ce
nouveau monde de Weyard ne pouvait pas tenir sur une seule cartouche
Nintendo DS. L'aventure se déroule comme dans un RPG complet
classique, avec même un bateau et des îles à explorer aux
alentours du continent. Mais tous les éléments attendus ne sont pas
dévoilés, ce qui laisse le joueur sur sa faim malgré un ensemble
consistant. Sans oublier ces morceaux de carte du monde qui sont
juste là pour narguer le joueur ! De plus, l'histoire est
surtout tournée vers les néophytes
, qui ne connaissent rien des
premiers Golden Sun, ce qui fait que les connaisseurs se
demanderont souvent qui a couché avec qui, tandis que ceux qui
découvrent l'univers apprendront les origines du Soleil d'Or.
Cependant, de nouveaux éléments viennent se glisser, finissant par
mettre ces deux catégories sur un pied d'égalité : tous égaux
devant une fin en queue de poisson et quelque peu elliptique...Une encyclopédie est complétée au fur et à mesure pour que
les joueurs en sachent un maximum sur le monde de Weyard, et soient
moins confus face aux divers noms donnés durant les dialogues. Il ne
faut pas se laisser piéger par le style graphique léger, car
l'histoire est par moments sombre et pas toujours tendre avec ses
personnages, ce qui est d'ailleurs assez troublant.

Golden
Sun : Obscure Aurore
affiche des graphismes qui
savent une fois de plus tirer le meilleur parti des capacités de la
console.
La Nintendo DS n'est pas reconnue pour pouvoir rendre
une 3D ahurissante, et cela a tendance à se voir quand la caméra
est très proche, notamment les polygones et les pixels des textures.
Néanmoins, les décors sont faits pour être vus de dessus, et l'on
se rend compte à quel point Camelot a travaillé pour que chaque
environnement exploré ne ressemble pas au précédent
. Qui plus
est, les textures sont très détaillées, maquillant au mieux les
polygones. Elles sont aidées par un style en cell
shading
et en SD,
permettant au joueur de ne pas exiger du réalisme et d'accepter ce
qu'on peut lui offrir. Cependant, il est un peu compliqué d'avaler
que les jarres soient des cubes, mais pourquoi pas ! On remarque
que parfois, la finition est telle que certains lieux peuvent mettre
du temps à charger ! Par contre, la carte du monde est par
endroits un peu grossière
, mais cela peut s'expliquer par
l'immensité de la surface à afficher d'un seul bloc. Quoi qu'il en
soit, la 3D rend les scènes plus immersives et les dialogues plus
vivants.
En combat, les personnages sont montrés dans des
proportions plus humaines. Une chose frappe dès le départ :cette phase de jeu est filtrée par un flou
cinétique
. On ne sait pas si c'est pour rendre l'action plus
fluide en masquant une chute de rafraîchissement, ou pour rendre les
polygones moins visibles, mais cette idée louable aurait pu être
exécutée avec plus de retenue
, car il faut un certain temps
pour s'y adapter, d'autant plus que cela rend l'implication du joueur
un peu plus difficile. Pourtant, sur les combats plus longs, c'est
finalement une très bonne idée. Il faut par ailleurs saluer le
nouveau rendu des invocations, qui ne manquent pas d'impressionner
,
même si certaines d'entre elles semblaient avoir plus de punchsur Game Boy Advance.

Comme
sur les épisodes précédents, Sakuraba
Motoi
s'occupe des musiques, et les oreilles se réjouissent de
retrouver un Sakuraba que l'on avait un peu perdu de vue depuis
l'excellent Baten
Kaitos 2
. L'on retrouve des thèmes connus, mais aussi
beaucoup de nouveaux airs qui, même s'ils ne sont pas tous
formidables, savent être accrocheurs à leur manière, et l'on n'a
pas envie de couper le son.
Cependant, le principal thème de
combat, malgré des airs sympathiques, est handicapé par un
synthétiseur parmi les plus faibles que Sakuraba ait employés. Mais
on s'y fait. La bande son est variée, et c'est une aubaine pour un
jeu de cette envergure, d'autant plus que le musicien semble avoir
mis du cœur à l'ouvrage.

Le
système de jeu de Golden Sun : Obscure Aurore est le
même que dans les épisodes précédents.
Les personnages
bénéficient de psynergies en rapport avec les éléments qu'ils
représentent.
Elles sont toutes utilisables en combat, et
leur efficacité dépend de l'élément de l'ennemi. Mais
certaines d'entre elles sont aussi utilisables en terrain, et sont
indispensables pour résoudre les puzzles qui parsèment le jeu.
La psynergie « Bouger » permet par exemple de déplacer
des blocs afin de pouvoir sauter dessus, et passer d'une zone située
en hauteur à une autre. « Bourgeon » permet de faire
pousser du lierre, et ainsi d'escalader des parois. Cela peut donner
lieu à des puzzles intéressants, mais il est fort dommage que ces
derniers ne soient vraiment inspirés que vers la fin du jeu. L'on
peut attribuer cet écueil à un nombre de psynergies de terrain
relativement faible
, ce qui ne devait pas beaucoup exciter
l'imagination de développeurs qui avaient pourtant si bien fait
leurs preuves dans Golden Sun : L'Âge Perdu. L'on peut
espérer que ce soit simplement dû au fait qu'Obscure Auroreest un premier épisode, et que la difficulté des puzzles augmentera
par la suite, comme ce fut le cas auparavant.
Les combats,
quant à eux, se déclenchent aléatoirement et se déroulent au
tour par tour.
Les actions sont diverses et peuvent donner lieu à
des styles de combat différents d'un joueur à l'autre. L'on peut
attaquer physiquement ou avec des psynergies. De plus, les
personnages sont accompagnés de créatures appelées les djinns
,
cachées un peu partout dans Weyard. Ils ont chacun un nom et un
pouvoir qui leurs sont propres. Ils ont aussi la capacité
d'attribuer de nouvelles psynergies, ou d'en retirer, selon leur
élément et l'effectif desdits éléments sur chaque combattant. Ils
peuvent par ailleurs modifier leurs statistiques. Une fois
utilisés, ils sont mis en attente, et l'on peut alors invoquer.
La nature et la puissance des invocations dépend du nombre de djinns
d'un même élément mis en attente. Il y a donc diverses façons
d'affronter un ennemi, mais toutes ne sont pas forcément valables
selon le type d'ennemi affronté. Les combats peuvent s'avérer
vraiment addictifs, et l'on se dit parfois qu'il devrait y en avoir
plus souvent !

Le
maniement ravira autant les puristes de la croix directionnelle que
les adeptes du stylet.
Les premiers retrouveront le style des
précédents opus, tandis que les seconds guideront Matthew, à la
manière de
The
Legend of Zelda: Spirit Tracks
, en posant le stylet
sur la direction souhaitée
, et en « tapant » sur un
personnage ou un objet à proximité pour pouvoir interagir avec lui.
Les menus sont simples et intuitifs, et d'une ergonomie fascinante.Il est très difficile de trouver de vrais défauts aux deux
maniabilités
, tant Golden Sun : Obscure Auroreparvient à réussir avec brio ce que Dragon
Quest IX
avait complètement raté ! Mais il faut quand
même admettre que grimper à un arbre n'est pas toujours des plus
aisés.
Les deux écrans sont mis à profit. L'écran
inférieur sert à effectuer les actions, tandis que l'écran
supérieur donne des indications telles que les djinns qui sont en
attente, la carte du lieu exploré, ou les changements induits par
l'utilisation d'un objet, l'équipement ou l'assignation d'un djinn à
un personnage.
Golden Sun : Obscure Aurore fait aussi
partie de ces rares RPG dont les combats ne sont pas ralentis par
l'animation
, ce qui est une aubaine dans un RPG en 3D. En gardant
le stylet appuyé sur l'écran tactile, les actions défilent en
accéléré, et l'on peut passer les animations d'invocations en
tapant simplement sur l'écran.

La
durée de vie est plutôt honnête
, notamment quand on se donne
la peine de tout explorer, mais elle peut sembler un peu courte,
surtout quand on apprécie vraiment le jeu ! Mais la
rejouabilité est très bonne
, car on se relance dans l'aventure
avec enthousiasme, et le confort de jeu y est sûrement pour
beaucoup. Néanmoins, certaines erreurs de game designauraient pu être évitées, notamment le fait que certains lieux
deviennent inaccessibles à un certain stade
, et qu'il ne faut
donc pas oublier les djinns qui s'y cachent. Finalement,
l'ensemble laisse le joueur bien rassasié en attendant l'épisode
suivant.

Golden
Sun : Obscure Aurore
est loin de trahir la série. Une
histoire dans la continuité, des graphismes qui font honneur aux
capacités pourtant limitées de la Nintendo DS quant à la 3D, une
bande son accrocheuse, un système de jeu variant les possibilités
d'action, et surtout une maniabilité exemplaire qui est certainement
la meilleure que l'on puisse trouver dans un RPG sur cette console en
font une œuvre méritante. Si les défauts ne manquent pas,
notamment concernant la durée de vie moyenne, quelques éléments
graphiques légèrement taillés à la serpe, un flou cinétique en
combat quelque peu fortement dosé, et surtout des puzzles un peu
faibles pendant une bonne partie de l'aventure, l'on est une fois
de plus face à un RPG solide, consistant et vraiment agréable à
jouer
. Nous assistons sans nul doute au renouveau d'une série
que l'on croyait disparue, et qui dispose là de tous les éléments
pour devenir une référence future du RPG japonais, si cela n'était
pas déjà le cas avant. L'on attend la suite de pied ferme,
et l'on espère que si cela doit continuer sur Nintendo
3DS
, le temps de développement ne sera pas trop long. Mais si la
satisfaction doit rester intacte comme elle l'est ici, Camelot peut
prendre son temps... mais pas encore huit ans, quand même !