Mon interlocuteur, peut être pas intéressé mais poli, s'enquérait alors de
mes occupations ce à quoi je répondais par la stricte vérité : je travaille
dans le service marketing d'un éditeur de jeu vidéo. La lueur qui s'allume
alors dans ses yeux me rappelle celle qui illumine la pupille d'un prêtre à la
vue d'une vierge possédée. Cette fameuse lueur qui me dit que même assassiner
des bébés phoques à coups de stylos Bic serait moins diabolique que de
pratiquer mon activité professionnelle.

Même si un rire franc a immédiatement suivi, cette réaction spontanée est le
signe que l'idée selon laquelle les départements marketing des éditeurs de jeu
vidéo seraient constitués de VRP ne connaissant pas plus le jeu vidéo que
Nadine Morano et vendant les jeux comme on vendrait de la crème pour les
hémorroides, est encore largement répandue. Vous vous en doutez bien, je me
dois de me révolter contre cette idée insultante et erronée.

Même si mon exemple n'est pas représentatif de l'industrie dans son
ensemble, je puis vous assurer avec force et aplomb que l'on peut marier amour
du jeu vidéo et marketing. L'idée fondamentale du marketing n'est pas de
permettre à des Léa Passion Domptage de Champignonsde se vendre. L'idée fondamentale du marketing n'est pas de mentir sur la qualité
réelle d'un soft et de prendre les consommateurs pour des poules trisomiques. Le
mensonge même le plus subtil serait de toute façon relevé par la presse
spécialisée et par les premiers acheteurs et n'entraînerait qu'une publicité
négative pour le produit.

Non, l'idée fondamentale du marketing du jeu vidéo est de donner toutes ses
chances à un produit, de le faire connaître, de faire le lien entre l'équipe de
développement créatrice de l'œuvre ludique et les joueurs en quête d'expérience
audiovisuelle. Certains répondront que la nouvelle vague de jeux vidéo
indépendants ont connu un franc succès sans l'aide du marketing. Cette
assertion est fausse pour plusieurs raisons. D'abord parce que ces produits
sont le plus souvent disponibles sur le Xbox Live ou le Playstation Store qui
ne sont in-fine que des magasins virtuels, des purs lieux de marketing où se
rencontrent l'offre et la demande. Deuxièmement parce que ces jeux profitent de
ce qu'on pourrait appeler le marketing naturel, c'est-à-dire le
bouche-à-oreille, du support de la presse et de la visibilité des supports de
communication du studio de développement (site internet).

Mais cela n'est pas tout. Même si ce qui suit ne va peut-être pas paraître
très professionnel, il me faut le dire par souci de vérité et de démonstration.
Un chef de produit (vous savez le VRP inculte là) est toujours beaucoup plus enclin
à travailler sur la promotion d'un jeu s'il est impliqué émotionnellement dans
le succès critique du produit. L'existence de cette implication nécessite alors
deux choses: que le chef de produit aime le jeu qu'il promeut, et que donc par
conséquent il soit amateur de jeu vidéo. Vous le voyez, la conséquence est
double. Un, qu'un chef de produit sera moins efficace et motivé sur un mauvais
titre et que la communication en sera donc moins réussie. Deux (bravo à ceux
qui suivent), les éditeurs ont donc tout intérêt à recruter des passionnés de
jeu vidéo dans leur département marketing, car ils n'en seront que plus
objectifs et enthousiastes dans la communication de leurs jeux.

Cela ne veut bien sûr pas dire que vous verrez "Ce jeu est une
merde" sur une jaquette de si tôt, mais que la population des chefs de
produits est désormais composée en majorité de passionnées qui ont à cœur de
ravir les joueurs et de pousser l'industrie dans son ensemble vers le haut.

Vidéoludiquement,

Arthur

 

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